Hollywood à Vendargues : France Télévisions inaugure de nouveaux studios

Huit ans après le lancement de ses premiers studios à Vendargues pour Un si Grand Soleil, France Télévisions a doublé sa capacité de tournage en inaugurant V Studios, « l’un des plus grands pôles de production audiovisuelle en France ». Un mastodonte aux technologies de pointe qui pourra accueillir des longs métrages et des émissions en public. Une étape importante du spectaculaire essor des Industries culturelles et créatives dans la région.

«15 mois, c’est une prouesse. Quand on dit qu’on ne va pas vite dans le service public, hum, hum, hum, je rigole» : en pleine croisade des médias Bolloré contre l’audiovisuel public, en pleine crise budgétaire, l’inauguration du V Studio a redonné le sourire à la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte. 

30 millions d’euros

On sait peu que France Télévisions commercialise ses équipements à travers France.TV Studio, sa filiale commerciale. Un engagement de l’opérateur public qui suscite des réserves : « Est-ce le rôle de FTV de construire des studios surtout dans un climat de baisse budgétaire ? » commente un producteur montpelliérain. Avec ses 4 nouveaux studios sur 8000m2 s’ajoutant aux 5 existants déjà sur un site proche à Vendargues, elle est le premier opérateur à inaugurer une installation financée par le programme national France 2030 qui veut rattraper le retard français en offre de plateaux de tournage (*). 6 millions d’euros ont été reçus pour ce nouveau complexe audiovisuel qui en a coûté 30.

Vendarwood

L’euphorie des décideurs, le jour de l’inauguration, vient dire le caractère historique pour l’institution mais aussi pour la région, de cette étape. Le maire de Vendargues parle de «Vendarwood» mais ça sonne étrangement. On est encore loin d’Hollywood, le seul studio Universal s’étendant sur 160 hectares.

Dans cette zone de Vendargues, assez peu glamour, sur 2 hectares : d’imposants bâtiments blancs et à l’intérieur 4 immenses plateaux de tournage avec des hauteurs sous plafond de 10 mètres -et des murs penchés pour éviter l’effet cathédrale-, qui pourront accueillir des tournages de longs-métrages et aussi des émissions en public, ce que ne permettaient pas les premiers studios. Egalement des clips, des publicités, des jeux, et émissions de divertissements. 

Depuis 2018, date du lancement d’Un Si Grand Soleil, tout s’est aligné en accéléré avec les premiers studios de 16 000m2 dans des anciens entrepôts logistiques qui avaient regroupé tous les ateliers de décors de France Télévisions.

A Toulouse, les avions, à Montpellier, les ICC

Venu d’abord dans le Sud pour les décors naturels, le mastodonte du service public est devenu le pilier local d’un secteur en plein essor. «A Toulouse, ils font les avions, nous on fait les Industries culturelles et créatives» : la formule du maire de Montpellier, Michaël Delafosse, résume l’enjeu. Privé d’industries traditionnelles, la métropole opère un rattrapage spectaculaire avec les Industries culturelles et créatives, devenues l’un des secteurs les plus prospères de l’économie locale. Devançant, en termes de revenus, l’aéronautique ou l’automobile au plan national.

Avec la consécration comme « Jeu de l’année » aux Game Awards, les Oscars du jeu vidéo, de Clair Obscur : Expédition 33 de Sandfall Interactive et le succès planétaire de la publicité d’Intermarché avec le loup végétarien conçu par Illogic Studios, Montpellier est désormais une référence internationale dans ce secteur.

Avec Un si Grand Soleil, la ville est filmée sous tous les angles, en prime time, depuis 7 ans devant 3 millions de téléspectateurs quotidiens (sur France 3). Le phénomène a carrément impacté le tourisme avec des visites thématiques prises d’assaut comme ce fut le cas de Plus Belle La Vie à Marseille. La série emploie 2500 personnes sur une année, une main d’œuvre majoritairement locale..

Occitanie : leaders des tournages du petit écran  

L’Occitanie, elle, est devenue la première terre de tournage pour les fictions du petit écran devant la région Ile de France. 550 entreprises y travaillent dans l’audiovisuel et le cinéma, employant plus de 11500 salariés. 500 emplois directs vont être créés sur le nouveau «Vendargues 2». «La manière d’être accueillie ici a été un facteur très important» répète Laurence Schwob qu’on a vue inciter la directrice de la prestigieuse école de cinéma la Femis à ouvrir une antenne à Montpellier, lors d’un débat au dernier Cinemed (lors de l’inauguration, sur le tabouret, avec Delphine Ernotte, Michaël Delafosse et Claudie Faucon Méjean de la région Occitanie)).  

Des décors numériques

Agnès Varda, qui a tourné Sant toit ni loi à Vendargues est bien loin du cinéma qui y est fabriqué. Elle donne son nom au plus grand plateau de 800m2 : V Studios conçoit, sur d’immenses fonds verts, des décors virtuels numériques, à partir d’effets spéciaux en 3D incrustés en direct et non plus en post-production. Par exemple : le faux paysage d’une ville derrière une fenêtre. Dans Un Si Grand Soleil, il y a des scènes dans des décors entièrement truqués, jouées par les acteurs et actrices dans des studios vides, simulant un bureau d’avocats par exemple. Des innovations que l’on doit aux fameux Tontons Truqueurs. « Des plateaux de 800 m2, il en existe en Île-de-France, mais aussi modernes, aussi beaux, je ne sais pas, commente Laurence Schwob. Avec celui-ci, nous sommes dans les plus hauts standards existant aujourd’hui ».

Une ville de l’image

En auto-suffisance énergétique, les bâtiments sont équipés de panneaux photovoltaïques. Plusieurs centaines d’arbres seront plantés, les eaux de pluie récupérées pour l’arrosage des espaces verts. Nichoirs à oiseaux et gîtes pour insectes, pistes cyclables : le site a reçu une série de certifications écologiques. Et se propose comme une «ville de l’image» -avec, déjà, un terrain de beach-volley- qui agrègera des écoles, des sociétés de jeu vidéo, toute une filière. Un troisième bâtiment est déjà en projet. 

Trop de Hollywood à la française ?

Dans le cadre du plan France 2030, le gouvernement injecte 350 millions d’euros de subventions dans l’industrie cinématographique. La France est en retard : une vingtaine de studios existent pour une surface totale de 58 000 mètres carrés, mais la France reste loin derrière les studios britanniques et allemands qui disposent respectivement de 360 000 et 156 000 mètres carrés. Ce montant colossal a attisé la convoitise des promoteurs, des dirigeants de studios et surtout, de nombreux élus, chacun rêvant à son Hollywood.

Parmi les grands projets, le Studio 77 à Coulommiers en Seine-et-Marne où l’on a reconstitué Paris pour 80 millions d’euros. Egalement l’extension des incontournables studios de Bry-sur-Marne qui accueillaient déjà la moitié des tournages en France.

Il y a 11 projets en Occitanie dont le titanesque Pics Studio à Saint-Gély-du-Fesc, avec 10 studios dont 1 de 3 000 m², «le plus grand studio de cinéma en France». 100 millions d’euros de budget.

Si de nouveaux studios commencent à sortir de terre dans plusieurs villes, le plan d’Emmanuel Macron pour le secteur patine. Deux de ses lauréats ont jeté l’éponge et l’avenir de quatre projets reste incertain.

Photos : Guilhem Canal pour France Télévisions. 

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claude frigara
claude frigara
1 mois il y a

Industries oui, mais « culturelles et créatives » ? ! Beaucoup, tellement à dire qu’il vaut mieux le silence…

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