ARCHITECTURES ET CANICULES, 2
Seconde approche des solutions proposées par les architectes et ingénieurs pour mieux vivre en temps de canicule : Geckologis est une coopérative d’habitants-es qui se sont regroupés en 2016 pour construire onze logis à Sanilhac-Sagriè, près d’Uzès dans le Gard. Ossature en bois, béton de chanvre, toitures végétalisées et des panneaux solaires photovoltaïques : la performance énergétique va de pair avec une expérience concrète de la frugalité et de la gouvernance partagée.
Une élaboration poétique de l’habitat
Pour concevoir le projet, le collectif d’habitants-es a sollicité Yves Perret, un architecte qui prône une architecture écologique et frugale et travaille sur la transformation écologique.
Pour lui, l’architecture est véritablement un geste culturel avec des objectifs plus larges qu’améliorer les bilans carbones et les factures d’énergie, même si cela est nécessaire. Avec beaucoup d’humour (pas d’écologie triste !), il conjugue un travail d’imagination paysagère, architecturale et technique (principes conceptuels, matériaux et systèmes) et une élaboration poétique de l’habitat.
La construction répond à la qualification Bâtiments Durables Occitanie (BDO) et décline la base commune des habitats écologiques : une implantation choisie minutieusement pour valoriser le potentiel bioclimatique du site, des matériaux bio et géo sourcés pour minimiser l’impact sur les ressources et un respect de toutes les formes de biodiversité.
Le projet Geckologis concentre aussi de nombreuses innovations en matière de construction et d’attention portée au bien-être des habitants-es.
Il faut noter le respect attentif des ressources du site : le terrain est une chênaie entourée de garrigues, un seul chêne a dû être coupé pour réaliser le projet. Les murs et toitures des habitations sont en ossature bois avec une très forte isolation thermique biosourcée (37 cm). La Kasanou est en béton de chanvre. Les toitures sont végétalisées et des panneaux solaires photovoltaïques situés sur le bâtiment central produisent et injectent dans le réseau 3,5 fois les consommations énergétiques totales du site.
Des matériaux naturels ont également été choisis pour l’intérieur des habitats.

La dépense énergétique d’une villa
En équipe avec Robert Célaire, ingénieur en conception bioclimatique et environnementale, tout a été pensé pour économiser les ressources de la planète et ménager les dépenses des habitants, le coût énergétique annuel pour les onze habitations et la Kasanou est inférieur à la dépense d’une grosse villa !!
Une gestion optimisée de l’eau est permise par un système ingénieux ‘’d’évier à deux trous’’, un tuyau amène les eaux peu sales vers l’extérieur pour l’arrosage des plantes tandis que les eaux sales partent vers un traitement municipal écologique par phyto-épuration. Un système de gouttières en bois récupère et amène l’eau de pluie vers des gros tonneaux de stockage qui sont les seules ressources en eau pour l’arrosage des plantations.
La VMC, ventilation mécanique contrôlée a été remplacée par une VMC, ventilation manuelle citoyenne qui mise sur une aération des logements par ouverture d’ouvrants, par les habitants. Un capteur de qualité d’air qui mesure le taux de CO2 dans les pièces, les aide à définir les moments où il faut ouvrir (voyant rouge) ou fermer (voyant vert).
Construire, c’est écouter la matière,
la tisser de lumière, la faufiler de vent.
Ouvrage de mille gestes pour sourires d’habitants.
Ouvrage de mille peines pour fierté d’ouvriers.
Yves Perret, architecte

Le Kasanou, un espace commun
Autre économie très simple à concevoir, celle du cuivre (7 kg économisés sur l’ensemble du projet), les interrupteurs sont à l’ancienne : un fil au bout duquel pend une magnifique poire qui a été tournée à partir de bois de cade du site.
L’invention d’un nouveau mode de vie, au cœur d’un éco quartier
En complémentarité des logis individuels en bande, il existe dans l’ensemble des Geckologis des espaces de service (buanderie, atelier d’outillage…) et un grand espace collectif ‘’la Kasanou’’, espace d’accueil, d’ateliers ouverts au village, de culture etc…
Depuis près de 10 ans, les habitant-es partagent une même conscience de la responsabilité individuelle et collective, d’une solidarité de voisinage. La dynamique collective repose sur une gouvernance partagée, sur la coopération et sur la souveraineté individuelle.

Un apport initial entre 55 et 70 000€
Les onze logements sur un terrain de 4300m2 accueillent des familles avec des jeunes enfants et des adultes de tous âges. Les habitant-es ne sont pas propriétaires de leur logement, ils sont tenus d’avoir un apport initial en acquérant des parts sociales de plusieurs niveaux dans la coopérative (valeur plafonnée entre 55 000€ et 70 000€ selon la taille du logement) et paient une redevance mensuelle comprenant le loyer, les charges et une part épargne.
Un choix collectif a été fait de décliner la sobriété, à la fois la sobriété dimensionnelle au niveau de la taille des logis (50 à 90 m²) et celle d’usage ou la sobriété coopérative grâce aux équipements et espaces partagés.
Ces habitant-es sont des partageurs d’expérience : on est rapidement convaincu en visitant le lieu que l’ensemble est une réussite à la fois technique, esthétique et humaine.
Huit années de travail ont été nécessaires pour concevoir et réaliser ce projet collectif au service du vivre ensemble. Les solutions proposées par les architectes et ingénieurs peuvent sembler utopiques aujourd’hui mais l’amplification des canicules et la raréfaction des ressources les amènent à être les vrais pionniers de l’évidence écologique qui s’impose à la construction de demain.
Leur site, ici.