Pour une agence d’urbanisme métropolitaine

MUNICIPALES

La métropole montpelliéraine reste une des seules de France dépourvues d’agence d’urbanisme. Architecte, urbaniste, et président de la Maison de l’architecture Occitanie Méditerranée, Daniel Andersch invite à penser «un nouveau récit réconciliant la ville et les campagnes, l’urbain et le rural» en sortant de l’échelle communale au profit d’une vision métropolitaine et solidaire qui unit nos territoires plutôt que les fragmenter.

 

Il manque une échelle à cette campagne : l’urgence de l’horizon extra-métropolitain

Depuis des semaines, la campagne montpelliéraine s’épuise dans des controverses quotidiennes et des affrontements de personnes. Sécurité, transports, propreté : ces thématiques, certes importantes, sont surexploitées comme si nos vies s’arrêtaient aux murs de la ville. A croire qu’on habite dans une île ?

Cette surenchère de promesses locales ; à celle ou celui qui nettoiera le plus, qui facilitera les transports, opposant la voiture au vélo, qui rendra la ville plus sûre, en jouant sur les peurs et les divergences ou qui saura être le plus participatif … a un effet pervers, celui d’occulter une réalité majeure : nous n’allons pas élire seulement une équipe municipale, mais aussi l’exécutif d’une métropole !

Alors, pendant cette phase d’aveuglement, si la campagne reste «municipaliste», certains y ont peut-être un intérêt d’ailleurs, nos réalités quotidiennes, celles d’habitantes et habitants d’un grand bassin de vie, continuent à respirer bien au-delà.

La géographie ne retient pas les divisions administratives pour délimiter et expliquer les réalités régionales, comme indiqué ici. Et les flux domicile-travail, les continuités écologiques, les réseaux d’infrastructures, les logiques immobilières et les dynamiques économiques ignorent les frontières communales. Nous vivons une ère de l’inter-territorialité [2] : chaque organisation gestionnaire est insérée dans un écosystème plus vaste. Aucune commune n’agit seule. Elle est toujours inter-dépendante, et plus ou moins solidaire, d’une autre.

A ce titre, lors du mandat précédent, Montpellier Méditerranée Métropole, dont les leviers de compétences sont transversaux, a déjà engagé des transformations structurantes en faisant aboutir de nombreux plans essentiels sur l’urbanisme intercommunal et le climat, l’énergie et l’air, les mobilités et les nouveaux logements.

 

Voter les 15 et 22 mars prochains, c’est passer un cap supplémentaire et participer à la gouvernance du cadre de vie de 900 000 habitants répartis dans 161 communes de l’aire d’influence métropolitaine [3]. Ci dessus : la carte de l’Aire d’Attraction de la Ville, source INSEE.

Nous avons donc un chantier commun à mener, solidaire et libre. Tâchons de penser grand, penser paysages, sans limites, pour anticiper les risques, respecter le patrimoine, assurer une libre circulation, une santé environnementale et une souveraineté alimentaire.

Il est encore temps de changer de focale. J’appelle les candidats métropolitains, et au-delà, nos voisins des territoires partagés, à s’émanciper de leurs échelles communales en se positionnant sur l’avenir de notre amphithéâtre méditerranéen.

A y regarder de plus près, quelques actes volontaristes ont déjà montré le chemin, quand certains candidats ont tenté d’aborder des sujets géographiques communs, comme l’eau, les déchets ou la mobilité. Mais là encore face à ces perches tendues, les réactions ont été égoïstes, se recroquevillant sur elles-mêmes.

C’est en osant un nouveau récit réconciliant la ville et les campagnes, de l’urbain au rural, que se trouvera la vision spatiale solidaire qui unira nos territoires plutôt que de les fragmenter.

Pour ce faire, il existe des outils d’ingénierie publique d’architecture, d’urbanisme, de paysagisme et de patrimoine pour penser un territoire qui se transforme et produire une lecture commune d’anticipation et de coordination de l’action publique.

Pourtant, notre métropole reste une des seules de France dépourvues d’agence d’urbanisme. L’absence de cet outil analytique et prospectif peut finir par couter cher. Sans cela, les décisions risquent toujours d’apparaître dispersées, réactives, au cas par cas, chaque projet rattrapant le retard ou les erreurs inévitables du précédent.

Je soumets donc à tous les candidats une méthode de rassemblement de grande échelle en trois étapes clés, pour doter notre métropole de projets d’une « agence d’urbanisme, nouvelle génération ».

 

Acte 1 : Diagnostic partagé

Lancer immédiatement un diagnostic paysager et patrimonial extra-métropolitain de manière partagée, au sens le plus concret : Dans quel état est réellement notre territoire ? Quels sont ses potentiels ?

Objectif : produire un atlas cartographique du territoire élargi regroupant tous les documents locaux déjà élaborés : artificialisation des sols, friches, réserves foncières, bassins versants, vulnérabilités hydrauliques, continuités écologiques, patrimoine bâti et paysager, infrastructures structurantes, dynamiques économiques et démographiques.

Ce travail placerait justement la métropole dans l’amphithéâtre méditerranéen qui appartient à toutes et à tous pour structurer une lecture participative de son paysage et son histoire.

Sans diagnostic paysager et patrimonial partagé, nous débattons d’intentions. Avec lui, nous pouvons objectiver et aider à prendre les décisions qui reviennent aux élus que vous choisirez : où densifier, où renaturer, où restructurer, où préserver ?

C’est la première pierre d’une agence d’urbanisme : un diagnostic collectif pour comprendre le territoire avant d’accompagner sa transformation.

 

Acte 2 : Mission de conseil

Pour renforcer une mission indépendante de conseils à l’échelle de la métropole et des agglomérations voisines volontaires, il s’agira de nommer un binôme architecte- et paysagiste-conseils indépendants, inspiré du modèle des bouwmeesters belges.

Cet outil ne vise pas à remplacer l’autorité politique. Il constitue un dispositif d’aide à la décision et de médiation.

Rôle : éclairer les projets structurants, produire des avis publics argumentés et faciliter le dialogue entre élus, services, opérateurs, architectes, urbanistes, promoteurs et habitants.

Dans de nombreux territoires européens, ce type de dispositif a permis d’élever durablement la qualité architecturale et paysagère tout en apaisant les conflits autour des projets, comme le souligne le CNOA et l’UNSFA.

C’est la deuxième fonction d’une assistance mise à disposition de toutes et tous : garantir un regard indépendant et qualifié sur les transformations en cours.

 

Acte 3 : Une agence d’urbanisme, nouvelle génération !

Structurer progressivement un nouveau type d’agence d’urbanisme pluridisciplinaire, à partir de ces deux premiers actes, et en s’appuyant sur les initiatives déjà existantes à cette échelle en matière de développement économique et de culture, comme l’Agence des transitions ou M28, et en conviant de manière ouverte les urbanistes, architectes, paysagistes, économistes, ingénieurs, scientifiques, écologues, sociologues.

Une agence d’urbanisme, qu’il s’agira d’ailleurs de nommer de manière appropriée pour y introduire les notions de paysages, de territoires et de patrimoine, capable de travailler sans limite d’échelle administrative, à la bonne dimension des projets : bassin de vie, continuités écologiques, systèmes productifs, à l’écoute des territoires.

Mission : identifier les leviers d’action les plus efficaces et transversaux pour sortir d’une transition perpétuellement annoncée et entrer dans une phase d’expérimentation réelle sur tous les sujets d’actualités, à titre d’exemple : mobilisation coordonnée du foncier public, opérations pilotes de renaturation, équilibrage de l’effet métropolitain par des stratégies de rénovation urbaine et de réhabilitation du patrimoine bâti et des coopérations intercommunales sur les projets structurants.

Sans attendre, les deux premiers actes peuvent être lancés dès les 100 premiers jours du mandat. La suite viendra à l’heure du choix de la bonne échelle dans l’action publique.

Il reste quelques jours avant l’issue du scrutin. Ces derniers instants de campagne, et l’entre-deux tours, peuvent devenir le moment démonstrateur d’une culture de la coopération. N’hésitez pas à contribuer, amender ou réagir à cette tribune sur les réseaux en direct ou par mail à contact@lokko.fr

Qui voudra être au rendez-vous de la grande échelle, pour parler de notre écosystème si vaste, riche d’histoire, de paysages et de potentiels ?

 

Un grand territoire, comme le nôtre, mérite un débat à la hauteur de son histoire, et des responsabilités que nous avons envers son avenir : l’élan démocratique ne se décrète pas, il se dessine ensemble !

Photo de Montpellier prise depuis le collège des Ecossais. Portrait @Alexis Barbe. 

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