Longtemps considéré comme un art mineur, l’art textile est en plein boom. Marie Pourchot en est une des meilleures ambassadrices à Montpellier. Son exposition à Pierres-Vives «Home- Maison d’Exil et Récits de Femme» raconte l’exil à travers la broderie.
Une broderie ethnologique
Son Master en ethnologie n’est sans doute pas pour rien dans le regard de Marie Pourchot, sa sensibilité sur les communautés humaines. « Peintre à l’origine, je diversifie mes réflexions artistiques suite à un master en ethnologie. Attirée par les débats anthropologiques, l’art et l’artisanat, j’ai orienté mes réflexions et travaux vers un art mêlant art plastique/textile et anthropologie ». C’est lors d’un atelier à Strasbourg que Marie Pourchot va aborder la broderie qui deviendra son médium de prédilection.

Pour façonner ses œuvres, Marie Pourchot multiplie les techniques, intégrant notamment la linogravure grâce à des tampons qu’elle grave elle-même, ou l’ajout de peinture pour enrichir le message de la toile. Son processus créatif exige une grande minutie : chaque pièce naît d’un dessin préparatoire reporté sur du papier de soie, avant d’être brodé sur le tissu final. Dans le cadre de sa thématique «Home», elle a reproduit un plan vu du haut des immeubles la Paillade afin de créer un tampon. Selon les dimensions de l’œuvre, la réalisation a nécessité entre 2 semaines et 6 mois de travail.
L’odeur chez toi
La thématique Home est née d’une résidence dans le quartier de la Mosson durant laquelle l’artiste questionne les résidents sur des aspects «intangibles» de leur quotidien : «Quelles sont les odeurs, les couleurs ? L’objectif est de raconter la personne qui arrive dans un pays et de savoir comment elle vit, comment ça se passe».

Dans cette série de broderies, on retrouve la retranscription de ces témoignages. Un des exemples les plus marquants est celui de l’une de ses créations : Carné (photo). L’artiste s’est entretenu avec deux sœurs qui ont décrit leur habitat : «On aime la viande, chez nous, ça sent la viande». Marie Pourchot s’est prêtée elle-même à l’exercice en créer une oeuvre née de la perception qu’elle a de sa maison, de ses propres sens sur son «home».
« Habiter, habitat, habitant, habit, habitus… » L’exposition interroge la frontière qui sépare un lieu de vie d’un autre, d’une maison à l’autre, d’un pays à l’autre. La question de l’exil, social, politique, est au cœur de son travail.
Qu’est ce qu’on traverse ?
C’est dans ses plus grandes œuvres que le travail de Marie Pourchot est le plus engagé et défend une cause qui lui tient particulièrement à cœur avec «tous les questionnements autour de l’exil et du déplacement, des rencontres. Qu’est-ce qu’on prend, qu’est-ce qu’on garde ? Qu’est-ce qu’on traverse ?».

Parmi elles : A line, a dream, strait of Gibraltar (ci-dessus) dont l’inspiration remonte à un voyage au Maroc, il y a vingt-cinq ans, lorsque la brodeuse aperçoit de jeunes adolescents tentant de passer la frontière clandestinement, cachés sur les essieux des bus. Quelques années plus tard, dans un train, un jeune homme lui demande de s’installer à ses côtés afin de laisser croire qu’il appartient à sa famille pour franchir la frontière. Il lui raconte : «Je suis passé en me glissant sous les essieux d’un bus. J’ai eu de la chance, j’ai survécu, car la plupart meurent en s’endormant et en se faisant écraser».
En fil rouge : les femmes
«Une thématique très intuitive. La seule thématique pour laquelle je n’ai pas de démarche intellectuelle», confie-t-elle Dans ses oeuvres, Marie Pourchot explore les différents visages de la femme forte dans l’adversité, les guerrières de l’immigration. Une figure féminine de la tragédie, comme l’illustre la pièce Le rayon de soleil qui évoque l’envie de partir. Elle commente son oeuvre avec cette formule : «la mort et la presque mort parce qu’on peut voir les jambes de la femme qui bougent encore» (Le Rayon de soleil à la Une).
Plusieurs matériaux sont utilisés ici comme des perles et de l’encre pour parler de ces Dormeuses du Val, en référence à ce poème de Rimbaud, dont le dernier vers nous révèle que le soldat ne dort pas. Marie Pourchot nous transmet ce sentiment avec les traces rouges faites à l’encre sur la broderie.

En contraste avec la gravité des thème abordés, la couleur est généreuse, omniprésente : «J’aime les couleurs et définis mon travail de « maximaliste ». Cette saturation de couleurs et d’informations est mon moyen d’expression, elle me permet également d’établir un contact avec le contemplateur. L’excès de couleurs représente pour moi les méandres de la psychologie humaine, perçues, interprétables et interprétées de diverses façons». Mais, il faut voir aussi, son extraordinaire travail (hors expo) inspiré de Pierre Soulages, en noir et blanc.
«Home-Maison d’Exil et Récits de Femme» est à découvrir jusqu’au 18 avril au Domaine Départemental de Pierresvives. Photos Alain Scherer.
Marie Pourchot sur Instagram, ici.