LOKKO ACADÉMIE
800 étudiants sont aidés chaque semaine par Linkee-Entraide Étudiante à Montpellier. Présente dans plusieurs grandes villes françaises, l’association, qui milite pour le droit au repas, a développé un partenariat innovant avec les professionnels de l’alimentation souhaitant céder leurs invendus, mais la réduction drastique de la subvention de l’Etat empêche d’absorber toute la demande : 800 autres étudiants sont en liste d’attente.
Moins de 400€ par mois
Les distributions alimentaires apparaissent comme de plus en plus indispensables. Dans une enquête du journal Le Monde, plusieurs étudiants ont témoigné de la nécessité de ces distributions. «Je viens qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige», confie Eya, 20 ans. Un autre étudiant de Sciences Po explique que sans Linkee, il n’aurait pas pu continuer ses études.
Cette précarité étudiante est en constante augmentation. Selon l’étude «Avoir 20 ans en 2025», menée par l’association et la Fédération des Acteurs de la Solidarité, plus de la moitié des étudiants disposent de moins de 400 euros par mois. Parmi les bénéficiaires des distributions alimentaires, 97 % vivent sous le seuil de pauvreté, et 30 % exercent une activité rémunérée en parallèle de leurs études. Par ailleurs, 84 % des étudiants renoncent à des sorties ou activités par manque de moyens. Et d’après l’association locale 1 cabas pour 1 étudiant, en ce début d’année 2026, 23 200 étudiants vivent sous le seuil de pauvreté dans la métropole.
Fondateur et directeur national de Linkee-Entraide Étudiante, ancien directeur de cabinet de Christiane Taubira, Julien Meimon a expliqué sur France Inter que «la précarité étudiante, n’est pas un problème conjoncturel au Covid (moment de médiatisation accrue de cette précarité), mais un problème de fond». Elle est nourrie par la faiblesse des revenus étudiants, l’inflation, l’absence d’épargne ou de filet de sécurité, la crise du logement, des politiques publiques insuffisantes et un désengagement progressif de l’État.
Le gaspillage de plus en plus encadré
Implantée à Montpellier depuis 2023, Linkee tente de répondre au mieux à cette vulnérabilité étudiante. Grâce à une logistique professionnalisée, l’association est capable de récupérer tous types d’invendus, pour lutter contre le gaspillage alimentaire encadré par les lois Garot et Agec de 2016 et 2020, renforcées par une récente directive européenne, mais les sanctions pour manquement sont rares. Pour ce faire, elle négocie des conditions avec chaque partenaire en rétribution des frais logistiques déployés par sa flotte de camions et vélos-cargo pour récupérer les invendus (des actions déductible d’impôts pour les entreprises).
Les denrées collectées sont ensuite redistribuées lors de distributions gratuites, organisées localement en privilégiant des lieux facilement accessibles, comme des tiers-lieux ou cafés associatifs, en partenariat avec les universités, le CROUS, la CPAM et des associations locales.

Circuit court et bio
Concrètement, les colis distribués sont robustes (entre 5 et 8 kilos) et composés de fruits, légumes, viande, poisson et produits secs. Ils sont aussi constitués de produits frais, en dates-limites de consommation (DLC) courtes, qui constituent l’essentiel du gaspillage alimentaire en France. Ils sont majoritairement issus du circuit court, avec des produits de qualité et bio, pour permettre et garantir un maximum d’équilibre alimentaire pour les étudiants. Au-delà de l’alimentaire, les colis comprennent également des produits d’hygiène, permettant d’apporter une aide digne et complète aux bénéficiaires, et de lutter contre la précarité sanitaire.
Par ailleurs, Linkee s’appuie sur un réseau de plus de 15 000 bénévoles nationalement, souvent eux-mêmes étudiants bénéficiaires, favorisant ainsi une solidarité horizontale et non stigmatisante. L’équipe bénévole montpelliéraine est très dynamique, et fait de la bienveillance un mot d’ordre, sur les distributions. « L’engagement dans le bénévolat permet de rencontrer une grande communauté, de tout type d’âge et d’horizon et de créer toujours plus de liens sociaux » souligne Solenn Prat, directrice des opérations.
Le désengagement de l’Etat
Sous pression, Linkee est actuellement dans une situation critique. L’Etat n’a pas renouvelé l’une de ses subventions, qui représentait 40 % du budget de l’association. Cette perte fragilise la structure. Certaines distributions ont été gelées dans des campus d’Ile-de-France. A Montpellier, « le nombre d’étudiants bénéficiaires a été maintenu, mais le contexte financier ne permet pas d’absorber une nouvelle demande ». 500 autres étudiants attendent d’être de nouveaux bénéficiaires soit le double de la capacité actuelle.
Espérant une reconduction en 2026, Julien Meimon mène des négociations avec l’état dans ce but, mobilise les pouvoirs publics, en rencontrant les maires des 8 grandes villes universitaires desservies : Paris/Île-de-France, Lyon, Lille, Toulouse, Montpellier, Nantes, Bordeaux et, depuis octobre 2025, Marseille.
Informations pratiques
L’association propose des distributions alimentaires toute l’année sur la base d’un dossier individuel. Pour bénéficier d’un panier, les étudiants doivent créer un compte Linkee, s’inscrire à une distribution, compléter leur dossier et se présenter avec un justificatif de scolarité et un sac. Chaque étudiant peut s’inscrire à plusieurs distributions, dans la limite d’un panier par distribution.
Les distributions se tiennent : un lundi sur deux à 18h à la Maison des étudiants-Campus Richter (rue Vendémiaire) ; un lundi sur deux à 18h à la Maison des étudiants-Campus Triolet (Bâtiment 34, place Eugène Bataillon) et tous les mercredi à 18h30 à La Halle Tropisme (121 rue Fontcouverte).
Site de l’association Linkee Montpellier, ici.