Boualem Sansal ou « L’ami reperdu »

BLOG DES LECTRICES ET LECTEURS

Militante, écrivaine, intellectuelle montpelliéraine, Monique Sérot Chaïbi raconte pourquoi elle a pris ses distances avec l’écrivain algérien dont elle a été proche.

« On conviendra aisément qu’il importe, au plus haut point, de savoir si l’on est dupe de la morale », Emmanuel Levinas.

 

Petit rappel des faits Boualem Sansal, né en Kabylie, en 1944 ou 1945 (même sa date de naissance est incertaine) est une énigme.

J’avais écrit un article sur lui après son incarcération pour tenter de clarifier les faits. Je précisais que j’espérais qu’il serait vite libéré mais également qu’il n’était pas le héros que certains décrivaient.

Rencontré en 2012 à Montpellier au moment de la sortie de son roman « Le village de l’allemand », je m’étais attachée à cet homme à l’allure modeste et au contact chaleureux.

Au fil des ans ses écrits, ses déclarations et ses amitiés m’ont peu à peu éloignée de lui. Parfois les amis de mes amis m’en font un ennemi. Michel Onfray, Eric Zemmour entre autres…

C’est avec 2084, sorte d’écho prétentieux à 1984 (n’est pas Orwell qui veut!) que j’ai commencé à prendre mes distances. Discrètement car il est difficile d’attaquer en public quelqu’un pour qui on a éprouvé de l’affection. On a l’impression de trahir.

Mais où est la trahison ? Dans une amitié aveugle envers quelqu’un mu par la haine, ou en rompant les liens par respect pour soi-même ?

Quand j’ai écrit cet article pour LOKKO, mesuré à mon sens, j’ai dû essuyer nombre de reproches d’amis et de connaissances. Comment pouvais-je m’en prendre a un homme à qui on refusait le droit d’écrire ?

Pourtant, il suffisait de lire, en 2015, La chronique du blédard du journaliste Akram Belkaïd pour comprendre la dérive de l’écrivain algérien obsédé par l’islamisme eu point qu’il le confond aujourd’hui avec l’Islam, les musulmans et finalement l’ensemble des Algériens.

« Tu es antisémite » 

La rupture a eu lieu par courriel quand j’ai reproché à Boualem son soutien indéfectible au gouvernement israélien et aux malheureux otages du 7 octobre, sans qu’il ne prononce jamais un mot de compassion pour les civils gazaouis massacrés depuis.

Sa réponse ? : « Tu es antisémite« .

Depuis Boualem Sansal est sorti de prison et ce n’est plus sa personne qui me stupéfie, mais ce qu’il est devenu aux yeux d’une prétendue intelligentsia française.

Acclamé à sa sortie, reçu par le Président, devenu citoyen d’honneur de grandes villes françaises, élu à l’Académie Française, décoré du ruban rouge, l’homme trouve le moyen de trahir l’éditeur qui l’a soutenu tout au long de sa carrière d’écrivain mais aussi lors de son année de prison !

Tout à coup, certains s’avouent trahis, Eric Fottorino en tête.

Je remercie toutefois Boualem Sansal pour nous avoir permis d’y voir enfin clair sur l’empire Bolloré. Grâce à son subit changement d’éditeur, il a permis que celui-ci soit enfin ébranlé.

Et que ses fans se rassurent, ils pourront toujours trouver son dernier roman, au milieu de ses pairs, dans le Relay H de leur choix !

Monique Sérot Chaïbi est passionnée de littérature et engagée dans le milieu associatif. Elle a dirigé trois ouvrages collectifs en soutien à SOS Méditerranée « Au coeur de l’errance » et « Ce qu’il reste de nous » et un autre pour Gaza « Paroles pour une aux en terre de Palestine « . Elle a publié dans la revue « Étoiles d’encre » et, dans le cadre d’un projet avec la Tunisie écrit une pièce de théâtre.

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