Le gai danser de Benjamin Millepied en hommage à Barbara

En première mondiale à Montpellier, le chorégraphe-star Benjamin Millepied, ancien directeur de l’Opéra de Paris, a rendu hommage à Barbara avec une troupe d’excellence qui a célébré la face solaire de la dame en noir. 

De Göttingen, Dis, quand reviendras-tu ? et Nantes, des chansons moins connues : Benjamin Millepied fait danser le mythe dans Du bout des lèvres, enchaînant les numéros comme un récital. Un spectacle co-accueilli par l’Opéra Orchestre de Montpellier et l’Agora de la danse. 

Avec Barbara, qui a bercé son enfance, et après son idole Jeff Buckley, il s’est fait «un cadeau» a-t-il confié à La Croix, le soir de la première. Pour évoquer cette idole de son enfance, il a choisi de travailler sur la structure qui parcourt un riche répertoire lui donnant une énergie «circulaire» : la valse. Privilégiant du coup les couples glorieux, valsant merveilleusement, aux vertiges existentiels de la dame en noir, qu’on entr’aperçoit avec Florence Clerc, ancienne danseuse étoile sous le règne de Rudolf Noureev, qui vient nous dire autre chose (photo ci-dessous) avec une belle Solitude. Les duos dominent dans ce tour de chant suscitant des applaudissements nourris à chaque fin.

Qui applaudit-on ? Barbara ou la danse et l’écriture élégante de Benjamin Millepied ? La chorégraphie de l’ancien principal danseur du New York City Ballet n’est pas de celle qui explore démesurément l’intériorité des interprètes. Les danseurs et danseuses bondissent avec une légèreté surnaturelle, et semblent parler davantage que la chanteuse elle-même. Mais certaines compositions sont de véritables bijoux, comme Une petite cantate  par la soliste Emma Spinosi dans un raffinement décalé qui a impressionné (photo de Une).

Quelques séquences approchent d’une incarnation, mais, paradoxalement, les élégants costumes de Gauchère, la scénographie en vaporeux rideaux blancs, ou les lumières vives de Lucy Carter paraissent prendre le contre-pied de l’univers de la grande dame de la chanson qui, dans une vidéo au début du spectacle, nous apprend qu’elle aurait été putain si elle n’avait pas été chanteuse.

Une version champagne pour Barbara qui buvait le whisky pur, dans laquelle il était inimaginable que figure ce visiteur du soir qu’elle appelait l’Aigle noir, comme autre mot de l’inceste. Toutefois, cette excellence française qu’incarne Benjamin Millepied accompagnée par les plus prestigieuses marques (Chanel, Van Cleef & Arpels), et cette traversée toute en grâce, produisent le même effet que le film Juste une illusion de Toledano et Nakache, vu la veille. Des supports mémoriels, bienfaisants, heureux, de ce que l’on perçoit comme des âges d’or, à l’abri de la fureur et de la vulgarité du monde.

 

Du bout des lèvres, à voir  au Festival de Carcassonne le dimanche 5 juillet, ensuite à Paris, du 9 novembre 2026 au 22 novembre, aux Folies Bergère.

Photos © Maria-Helena Buckley

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