Ecrivaine, et metteuse en scène vivant à Sète, et maîtresse de conférences à l’université de Toulouse 2, Lydie Parisse publie chez Domens SX ultima 22 pour 4 acteurs : une dystopie aquatique riche en sens et en sons, récemment mise en scène à la Baignoire.
Cela démarre par un incendie de livre par la Horde, ce qui nous rappelle immédiatement Fahrenheit 451, le roman d’anticipation dystopique de Ray Bradbury et la Horde du Contrevent d’Alain Damasio. Dans SX ultima 22, d’étranges personnages habitent une cité sous-marine, cent mille lieux sous la mer. Rêvant du jour où ils pourront enfin faire leur «Grande Sortie».
Ils ont un passé dans l’ancien temps, consultant en boites de croquettes ou autres conseiller en bien-être comme un certain bien nommé Jonas, des humains sous le joug d’un système de survie autoritaire qui s’est mis en place, produit d’un matriarcat trempé dans l’acier… Le goût pour les mystiques de Lydie Parisse s’exprime dans les prénoms, ainsi La Présidente de la commission 22 de Tentative de Ressuscitation globale, s’appelle Hildegard (comme Hildgarde Behrens).
C’est de l’anticipation avec l’humour en option.

Une comédie subaquatique
«J’ai choisi d’adopter le ton du burlesque, d’où le fait qu’il s’agit là d’une «comédie subaquatique». Le texte s’adresse aux générations futures, dans une énergie, non pas de déploration mais de joie, de recul intérieur, de résistance. Les gens imaginent plus facilement la fin du monde que la fin du capitalisme. C’est pourtant un défi auquel il est urgent de se confronter, au moins en imagination : c’est ce défi que SX Ultima 22 aimerait relever, modifiant la focale sur notre réalité actuelle pour poser des sondes à l’intérieur d’un sous-marin du futur» commente Lydie Parisse.
Ils sont bien barrés ces héros absurdes dont on ne donnerait pas cher dans un tel contexte (joués par Ludivine Bluche, Roxane Borgna, Nicolas Ehrsam et Yves Goumelon). De travaux de création d’un nouveau monde en enquêtes de satisfaction, cette communauté perpétue l’aliénation, et évidemment sa contamination du langage, du monde d’avant en tentant de lancer un concept porteur : l’âme.

Mais ils vont rester sourds aux avertissements de la seule voix encore humaine, portée impeccablement par Yves Gourmelon, ancien chef de la résistance à l’époque qui les invite à ne pas répéter les même erreurs. «Comment se souvenir d’un paradis perdu quand c’était un enfer ?». Tandis que la sensuelle Roxane Borgna jouant La Majore, impose un caprice de mariage bioclimatique, petit coup de griffe à l’éco-féminisme.
Quand le sous-marin sombre, c’est une humanité qui se perd. Un aller simple vers le fond ? Sans solution ?
La représentation de cet SX ultima 22, entre lecture et mise en scène, dans l’étroit espace scénique de La Baignoire, ne paraît pas donner la pleine mesure du texte malgré la qualité des acteurs et actrices. Mais son potentiel sonore, et cette langue de très belle facture, font une matière idéale pour une fiction radiophonique.
En savoir +, ici. Photos Sabine Chalaguier.