A la Fenêtre et à la médiathèque Emile Zola, Graphims prends corps

 

A La Fenêtre, jusqu’au 29 août et à la médiathèque Emile Zola jusqu’au 13 juin, le festival Graphims, né du fécond compagnonnage des médiathèques et du centre d’art, démontre la diversité et la créativité du design graphique et tend à enraciner ici cette forme culturelle.

 

«Le corps proteste, manifeste, résiste. Il structure l’expérience. Il est à la fois sujet, outil et mesure, et se place au cœur de toute communication visuelle, de toute perception, de toute émotion.»  

Les co-commissaires du festival Graphims présentent ainsi l’édition 2026. Gaëlle Maury, l’âme battante du centre d’art La Fenêtre, et David Jonathan Benrubi, le directeur du réseau des 17 médiathèques et de la culture scientifique de la Métropole, font, une nouvelle fois, œuvre commune. La voie, bien tracée, du fonctionnaire territorial et les chemins de traverse empruntés par l’exploratrice du numérique pour l’imprimé et les écrans se sont croisés, à la faveur de leur même passion pour les arts graphiques et de leur semblable goût pour la transmission.

Rapports entre graphisme et corps

Cet engagement anime la petite association et la grosse structure publique. «Le désir de montrer, de partager, d’accueillir» résumait Gaëlle Maury sur Divergence FM. «Une certaine communauté d’objectifs entre la lecture publique et le design graphique», confirme David Jonathan Benrubi. «C’est une discipline visuelle. Elle fait appel au regard et à l’intelligence, à l’émotion et au langage».

Cette année, Graphims montre les rapports entre le graphisme et le corps. Banale, répétitive est la place du corps dans les images sur les murs et dans les écrans. Le mérite de Graphims est de réactiver le regard. Ainsi, La Gauchère montre le travail de Marion Cachon sur la main gauche, la place donnée aux gauchères et aux gauchers dans la vie quotidienne et la calligraphie (La Fenêtre, dans l’aile droite de l’Opéra Comédie, jusqu’au 29 août).

Roman Cieslewicz, la résistance polonaise

Cette recherche figure parmi les Beaux Restes, fragments de cinq expositions pour «activer les souvenirs et les traces matérielles et mentales.» A La Fenêtre, une sélection de sérigraphies et d’affiches originales de Roman Cieslewicz complète plusieurs de ses travaux qui figurent dans l’exposition Dix sections, installée dans l’autre principal lieu de Graphisms, la médiathèque Emile Zola, à Antigone.

Roman Cieslewicz (1930-1996) est ainsi par deux fois mis à l’honneur (ci-dessus). Comme Henryk Tomaszewsk, il a fait partie de la foisonnante école polonaise qui, face au réalisme d’inspiration soviétique, a utilisé l’affiche comme support de résistance politique et esthétique. Puis, à Paris, il a été un acteur majeur de l’histoire du graphisme européen. Avec les symboles du pouvoir, le corps humain était un de ses matériaux préférés. Ses sérigraphies, ses affiches et aussi ses couvertures de la collection 10-18 sont un des points saillants des Dix sections (jusqu’au 13 juin). Leur puissance d’expression en fait une des clés de découverte ou de redécouverte du design graphique, cette «discipline riche d’un incroyable potentiel», comme le dit Gaëlle Maury.

En montrant les usages de dix morceaux du corps –pied, jambes, orteils, bouche, visage ou main-, ces dissections traduisent la diversité des registres et des sources d’inspiration. Ce parcours démontre avec finesse que le cheminement esthétique garde le cap du message, d’intérêt général, généralement culturel ou politique.

Pour Amnesty International, Cieslewicz a conçu deux poings, serrés l’un contre l’autre, qui brisent les barreaux de la prison. Une affiche des Verts est, sur fond noir, un poing dans un gant de caoutchouc bleu, serré sur le mot d’ordre «Boycott Total» avec la grande économie de moyens d’Alain Le Quernec.

Même simplicité et même force de l’affiche de Fred Garcia Sanchez, Woman Life Freedom (ci-dessus) : le visage blanc de l’iranienne Mahsa Jina Amini, assassinée par la police des mœurs, et sa chevelure noire librement et largement éployée sur un aplat rouge sang. Le collectif Grapus, héritier des graphistes polonais, choisit de montrer, dans un vigoureux appel à la paix, une Terre qui s’ouvre comme une gueule dont l’énorme langue crache tanks et bombardiers.

Baptiste Plantin, lui, met le puissant potentiel visuel du design graphique au service de Festini (photo), rendez-vous, à Fontevraud, de la culture du vin, avec un nez qui occupe toute la hauteur de l’affiche. Avec ce seul appendice, tout est dit.

Le spectacle, tout particulièrement le théâtre, offre un vaste espace d’expression et d’interprétation. Pour Le Neveu de Ramus, Grapus installe un cœur rouge, marqué de trainées de couleur et surmonté de toute une tuyauterie d’où fuse une poussière noire. En 1985, pour le premier festival Radio France Occitanie, Cieslewicz enchâsse un cor d’harmonie autour du pavillon d’une oreille, image à la pénétrante étrangeté. Le crâne d’Hamlet s’impose, bien sûr, pour symboliser la pièce. Mais Michel Bathory le transfigure en objet contemporain, en le couronnant d’un écheveau de mouvements de lumière.

L’écho d’une époque

Choisis subjectivement, ce ne sont là qu’aperçus des réalisations d’une quarantaine de graphistes et d’ateliers, pendant une cinquantaine d’années. Ce parcours permet de saisir les affiches au premier coup d’œil, dans l’immédiate et spontanée compréhension de ce qu’elles disent. Un second regard, moins rapide, conduit à déceler ce qu’elles révèlent : l’écho d’une époque, l’expression d’une société, une œuvre.

Avec cette 3ème édition le festival Graphims… prend corps. Il a consolidé son réseau de partenaires, notamment avec Le Signe, centre national du graphisme, basé à Chaumont (Haute Marne) et avec La Contemporaine, installée à Nanterre, musée, bibliothèque et centre d’archives Deux structures qui permettent de puiser dans un énorme patrimoine international de plusieurs dizaines de milliers d’affiches.

Peu à peu, La Fenêtre enracine, à Montpellier, la culture du graphisme, de manière plus visible depuis son déménagement de la rue Frédéric Peysson à la place de la Comédie, de façon régulière avec ces activités, expositions, animations et ateliers, en particulier en milieu scolaire.

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