Comment vivrons-nous demain avec les canicules, 3 ?
Les premiers articles de cette série ont mis en avant la construction de bâtiments neufs. Ce troisième volet concerne la rénovation de l’école Joseph Delteil à Grabels qui accueille 390 élèves dans 17 classes. Il s’agissait d’un bâtiment des années 1990, une passoire thermique très énergivore. Les principes qui ont guidé ce travail ont été à nouveau la frugalité et la recherche de solutions durables. L’architecte qui a conçu le projet de rénovation est Vinicius Raducanu, installé à Lattes.
Ce projet est le seul lauréat en Occitanie du palmarès bi-annuel « le OFF du Développement durable » qui met en lumière les réalisations les plus écoresponsables et novatrices dans le domaine du bâtiment.
Notre enfance a été bercée par l’histoire des 3 petits cochons qui vante la brique comme seule construction solide pouvant résister aux attaques du loup, contrairement aux maisons en bois et en paille, détruites au premier souffle !
Resterons-nous encore longtemps avec ces images figées ? Aujourd’hui, la paille et le bois sont largement réhabilités. Aussi, nous allons vous conter ici l’histoire d’une école qui a fait de la paille et du bois ses matériaux principaux pour une rénovation réussie, rendant les enfants et les adultes un peu plus heureux.

Ce projet marqué par l’innovation avait une valeur d’exemple pour René Revol, maire de la commune de Grabels à cette période, à l’origine du projet. Il s’agissait de montrer à d’autres collectivités, comme aux habitants de Grabels, que la rénovation énergétique procure un confort thermique qui nous est aujourd’hui nécessaire, avec l’augmentation toujours plus forte des canicules. C’est aussi un enjeu économique à plus long terme, avec la contribution à une filière locale de production de la paille de construction.
La paille, un matériau économique et isolant
La paille utilisée pour créer une isolation biosourcée est de la paille de blé, qui régule l’humidité et se trouve être très perméable à la vapeur d’eau. C’est aussi un matériau économique, le prix de la botte de paille étant compris entre 5€ et 7€. Dans le cas de cette école, elle a été comprimée dans des caissons préfabriqués, protégés par du placoplâtre, sans interactions avec l’électricité et ajoutés aux murs extérieurs. La technique d’ajout d’isolation thermique par l’extérieur en paille bio sur des murs déjà existants est innovante et peu courante.

Un caisson de paille exposé au sein de l’école
Des tourelles qui captent l’air frais la nuit
Des tours à vent ont été installées dans les pièces, elles captent l’air frais la nuit et le restituent le jour. Elles ont aussi la fonction de ventiler les lieux, de changer l’air. Un capteur de CO2 permet l’évacuation de l’air au-dessus d’un certain seuil. Ce système se met en marche en fonction du taux de CO2 et de la température de l’air.
Une désartificialisation des sols
Il s’agit, comme tout projet en milieu urbain, de diminuer la température et d’absorber l’eau des pluies. Le sol a une forte inertie thermique et un pouvoir thermo régulateur. ‘’Nous avons rendu l’eau à la terre’’ explique l’archittecte Vinicius Raducanu. Pour cela, les sols ont été végétalisés en partie, huit cent plants ont été intégrés, des pergolas ont été installées au sud, devant les classes, cela associé à une déconnection des eaux pluviales du réseau d’assainissement.

Une analyse pédologique et des spécialistes botaniques ont aidé à retrouver un sol fertile. Ainsi, des grandes fosses interconnectées, en terre de site amendée par les pierres, captent désormais les pluies pour alimenter en eau les nouveaux arbres.
Les espaces extérieurs sont plus agréables à vivre. Un bardage bois installé sur une partie des murs extérieurs permet de diviser le niveau du bruit par deux dans les cours. Ainsi les enfants sont plus calmes et respectueux, chacun peut investir une partie de ces espaces et mieux se détendre.

L’économie circulaire comme principe
Tout a été fait pour éviter de jeter et de gâcher, par exemple le système d’éclairage des salles est plutôt vintage, il n’a pas été changé car il fonctionne et rappelle l’histoire du lieu. Les dalles au sol, retirées, ont été recyclées.
Un coût de 5 millions d’euros
Ainsi, on est au cœur d’une philosophie, celle de la préservation de la planète et du mieux-être des usagers. Le coût de cette rénovation qui s’est étalée sur 16 mois est de 5.3M€, dont 2.2M€ de subventions extérieures à la commune. Certains ont trouvé ce budget trop important, mais ne doit-on pas considérer que c’est au prix de telles rénovations ou constructions (voir l’article sur l’école Hypatie à Montpellier) que les bâtiments seront vivables dans un avenir qui se rapproche de plus en plus ?

L’avis des enfants
On le redit : les architectes et ingénieurs qui œuvrent dans cette mouvance, bannissent la climatisation qui participe au réchauffement climatique, l’artificialisation des sols et préconisent à la fois l’utilisation de matériaux biosourcés, le rafraichissement naturel des espaces mais aussi l’adhésion et la concertation avec les usagers ou les habitants. Dans ce cas, par exemple, un concours de dessins a permis de prendre en compte les idées des enfants pour la réalisation du mobilier, des concertations avec les parents et les enseignants ont été menées.

Il serait trop long de décrire les autres mécanismes qui rendent cette école pilote : les panneaux solaires et l’autoconsommation collective des bâtiments publics, le volet insertion par l’économique des personnes éloignées de l’emploi…etc.
On revient à la question de l’habitabilité de nos territoires dans un avenir proche. Les solutions sont bien évidemment à rechercher du coté des techniques de construction qui s’améliorent régulièrement (ici, l’utilisation de la paille en isolation), de l’implantation des bâtiments et des constructions et enfin du comportement de chacune et chacun, avec une vertu d’exemple pour les bâtiments publics.
Ces conditions vont nous permettre de mieux vivre, en résistant plus facilement aux canicules. On peut saluer le travail des élu-es, architectes, ingénieurs et usagers qui avancent ensemble dans cette dynamique..
ARCHICITY | La Maison de l’architecture Occitanie Méditerranée organise une visite de cette école, le samedi 6 juin à 10h, avec Vinicius Raducanu, architecte, cofondateur & associé du GIE L’ATELIER MEDITERRANEEN CONCEPTEURS ASSOCIES et Cécile Mermier, paysagiste-conceptrice en présence des élus et techniciens de la ville de Grabels.