La star suisse a convaincu dans un exercice très périlleux de concert théâtralisé dans l’amphi d’O. Ni un concert solo ni une pièce de théâtre, une forme hybride signée François Gremaud.
Duran deux soirs, les 2 et 3 juin, le domaine d’O, hier soir s’est situé au confluent du Larzac et de la Suisse : toute la bande d’amis du Caylar où réside une partie de l’année Sophie Calle, prestigieuse artiste, «une bonne amie», est venu soutenir l’ancien voisin camarguais (Eicher a vécu 12 ans à Aigues-Mortes), pour ce spectacle co-écrit avec François Gremaud, et programmé par Eric Bart, deux compatriotes suisses.
Il y avait une belle promesse sur le papier : que François Gremaud, l’adaptateur drôlatique de Carmen et Gisèle, s’occupe de mettre en scène un concert du so romantique gitan suisse, aux délicates chansons d’amour. Tout le monde connaît : Pas d’ami comme toi (non non non), Tu ne me dois rien ou Déjeuner en paix, devenue un classique de la chanson francophone. Signées quand même Philippe Djian. Les Inrocks ont salué récemment «les douze pépites de notre chercheur d’or suisse préféré» dans son dernier album Poussière d’or.
C’est une mise en danger pour moi
Avant qu’il n’entre en scène, une bio défile sur un grand écran précisant qu’il était nul en maths et collectionneur de toupies. Le ton est donné. François Gremaud va déployer une mise en scène facétieuse qui vient déstabiliser la vedette, le mettre à nu. De fait, bien qu’ayant joué 80 fois ce Seul en scène, il paraît déstabilisé. Ce qu’il confirme à LOKKO, une fois le concert fini : «C’est une mise en danger pour moi. Je suis sur cette scène comme un animal traqué».
«Vous êtes bizarre au théâtre». C’est vite évident. Eicher n’est pas tout à fait chez lui devant ce public «joliment habillé». Et il a très mal pris le cri puissant d’un amateur rigide pour demander aux fans qui se croyaient dans un concert, d’arrêter de filmer, dans un saisissant télescopage de publics.
Deux blocs de scène détachables incarnent l’Eicher électronique des débuts, des boîtes à rythme, de la new wave, des synthés, et l’Eicher pianiste plus tard, de cour à jardin. Au milieu, un espace immaculé ou le musicien a peu de place avec sa guitare sèche. Très diférent du concert donné le mois dernier au studio 104, accompagné de l’Orchestre Philharmonique de Radio France. En bon joueur et traqueur d’inédit, le rockeur populaire y déploie une maturité docile et chatoyante malgré le côté casse-gueule de l’exercice.
Il vante le savoir de sa mère en plantes aromatiques, montre les photos sepia de son enfance, se sert une verveine surgie d’une enceinte-frigo («je vieillis»), parle de ses disques préférés dont il montre les pochettes collector : Lou Reed, Patti Smith, Bob Dylan.
Le concert est travaillé dans le sens de la conférence théâtrale mais avec des vrais moments de musique. La scène où la star durable, aux millions d’albums vendus, joue avec l’accordéon de son père, en mode automatique, est une des belles trouvailles de ce spectacle qui invente quasiment un genre. On se plaît à imaginer tel ou telle artiste à cette sauce musico-biographique.
Photo Tabea-Huberli