De la chanson à l’électro : la mue de Colin Vincent

Lors du dernier festival Cœur de Ville en Lumières à Montpellier, seul face à ses machines, le musicien Colin Vincent métamorphosait la cour de l’Hôtel Saint-Côme en un instrument organique. La captation vidéo de cette performance vient d’être publiée sur YouTube, accompagnant la sortie de La Forêt Électrique, son second EP sous l’entité CLN. Un projet d’ambient texturale et immersive.

En février 2025, nous rencontrions Colin Vincent pour LOKKO à l’occasion de la sortie du projet MUET. L’ancien chanteur de Volin nous confiait alors son immersion croissante dans l’univers des synthétiseurs modulaires. Si un premier opus du genre, sous l’avatar CLN, avait déjà vu le jour en 2022, ce second EP, La Forêt Électrique, marque une étape spectaculaire dans son affranchissement du format «chanson».

«C’est un pas de côté qui me fait du bien», nous explique-t-il. «Le travail du son me passionne, il y a tellement à explorer… La diversité de ce qu’on peut trouver dans les musiques électroniques me fascine, le terrain d’exploration est ouvert et chacun peut y forger son identité.»

Pour comprendre la performance de Colin, il faut s’arrêter sur son instrument : le synthétiseur modulaire. Contrairement à un clavier classique, il n’y a ici aucun son pré-enregistré. L’artiste assemble des modules indépendants (oscillateurs, filtres, séquenceurs) qu’il relie physiquement par des câbles de patch. Une véritable sculpture de l’électricité où l’on manipule des tensions pour créer des textures sonores uniques, souvent imprévisibles.

C’est ainsi qu’au fil de l’EP, un discret clapotis, mis en boucle, se métamorphose lentement en une rythmique envoûtante, nous ouvrant grand les portes de l’imaginaire pour nous installer au centre de la clairière de cette dite forêt.

Si l’on connaissait jusqu’ici l’évidente filiation de l’artiste avec la mélancolie habitée et le clair-obscur électronique d’un Thom Yorke, son univers dévoile aujourd’hui des racines encore plus profondes. Une récente reprise du titre Opening sur sa chaîne YouTube a vendu la mèche : Colin Vincent est un fanatique absolu de Philip Glass. De l’américain, il retient cette science des motifs répétitifs et des structures hypnotiques, qu’il transpose à merveille dans le langage des flux électriques.

Cette transe géométrique prend d’ailleurs tout son sens à l’écran. Là où sa consœur Hélène Vogelsinger -figure française du modulaire contemporain- choisit d’ancrer ses prestations dans le mysticisme de châteaux en ruine ou de grands espaces abandonnés, CLN prend le contre-pied. En investissant la cour de la CCI -ancien Collège Royal de Chirurgie-, il investit un décor patrimonial à la fois brut, historique et clinique, qui résonne en parfaite symbiose avec sa musique, quelque part entre la rigueur de la science et l’émotion organique. 

C’est cette «matière vivante» qui a servi de socle à la création visuelle. Pour cette performance à l’Hôtel Saint-Côme, Colin a travaillé en véritable binôme avec Thomas Bringuier (ID Scène), responsable du mapping, avec un objectif clair : une synchronisation organique.

«Le point de départ était cette envie de synchronicité entre son et lumière, en faisant dialoguer musique et intentions graphiques», précise Colin. Si la structure globale était posée, le live gardait une part de liberté indispensable : «Nous avons tenu à préserver une part d’improvisation afin de se connecter à l’instant, d’autant plus qu’il y avait tout de même 12 représentations par soir !»

Malgré le cadre institutionnel et la distance imposée par l’architecture de la cour, le public a massivement répondu présent à cette proposition immersive. «C’était grisant de jouer dans de telles conditions, dans un lieu chargé d’une telle aura», confie le musicien.

Si Colin n’a pas encore foulé les pavés de la Fête des Lumières à Lyon -où on l’imagine déjà briller-, cette première à Montpellier pose les bases d’un projet qui ne demande qu’à voyager, porté par les textures envoûtantes de son nouvel EP.

À DÉCOUVRIR :

Colin Vincent joue ce mardi 9 juin à 21h30 au «Cabaret Dézindé» du Salon des indépendants, 4 rue Lunaret, à Montpellier.

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