Impunité des violences sexuelles : la révolte des victimes

«Venez avec vos histoires sur des pancartes» : deuxième lundi de mobilisation, le 15 juin, devant le tribunal judiciaire de Montpellier, en réponse à un appel à manifestation national, contre les défaillances institutionnelles face aux violences sexuelles envers les femmes et les enfants après la mort de Lyhanna. 500 personnes se sont rassemblées à l’initiative des Tricoteuses hystériques pour témoigner d’histoires terribles.

Un lundi caniculaire devant le tribunal judicaire de Montpellier, celui dans lequel des femmes peuvent passer en comparution immédiate, attendre leur avocat dans une geôle, parce qu’une procureure a gobé le récit savamment préparé par un conjoint auteur de violences physiques et sexuelles, qui a renversé la vapeur en préparant un dossier contre sa victime, au cas où elle aurait le courage de le quitter. Des histoires qu’ont eu à connaître et vivre les militantes des Tricoteuses hystériques, à l’initiative de ce rassemblement.

Ou encore ce juge qui peut décider, comme une participante l’a raconté au micro, qu’elle devra faire l’effort de s’entendre avec un père incestueux, pour l’éducation de leurs jumelles, violées par ce dernier. Un témoignage entendu ce lundi.

Ce pourrait être un roman kafkaïen ou une dystopie sur grand écran ; c’est pourtant la simple réalité. Ce pourrait être un acte isolé, une exception, quelque chose qui relève de l’inédit, mais c’est une chaîne de solidarité au cœur de la justice des professionnels, qui couvrent leurs erreurs, qui ne contredisent jamais leurs pairs, leurs collègues, leurs camarades, esprit de corps et de caste obligent. Aucun mea culpa, jamais de regret, tandis que l’avancement immuable des carrières, se soigne, le mieux possible.

Lyhanna, «l’injustice de trop»

Devant les grilles du palais, beaucoup de femmes, jeunes femmes mais aussi des dizaines d’hommes, venus écouter et dire l’injustice qui se propage de façon irréversible, finit par ôter la vie. Le sens de l’honneur et l’intégrité physique sont là livrés à tous ceux qui ont été signalés et jamais condamnés. Comme Jérôme Barella, pourtant signalés à des multiples reprises et que «la justice aura laisser tuer» Lyhanna, collégienne de 11 ans, un jour de juin 2026, à l’heure des smartphones, des podcasts, de la sophistication numérique qui permet de recouper des données capitales.

C’est à peine croyable. Ce n’est pas l’affaire de trop, mais celle qui fait tout s’embraser au moment où tous les combustibles ont été laissés au beau milieu d’un paysage judiciaire chaotique en matière de violences faites aux femmes et aux enfants. Les études statistiques, celles qui mettent en exergue les mécanismes de prédation, elles aussi laissées là, à hauteur de celles et ceux qui s’indignent d’un tel mépris de la vie aujourd’hui.

Menés à Montpellier par les Tricoteuses Hystériques, les rassemblements citoyens se succèdent depuis deux lundis devant le tribunal judicaire, comme dans de très nombreuses villes de France. Après la journée de travail, sous les yeux des forces de l’ordre stationnées le long de l’enceinte du Peyrou, on y entend des femmes raconter l’abominable, la faillite d’un système qui ne protège pas les enfants.

La « victimisation secondaire »

Vigdis Morisse-Herrera, présidente fondatrice de l’association a rappelé les dommages que cause «la victimisation secondaire», c’est-à-dire les violences supplémentaires constituées par les professionnels de la justice lorsque leur subjectivité ne fait l’objet d’aucun contrôle, d’aucun garde-fou (relire son ITV dans LOKKO)..

Dans ce contexte, il arrive que soit consigné par une OPJ, sans sourciller, qu’un agresseur puisse avoir «posé les mains autour du cou» d’une femme parce qu’elle était «hystérique» ou qu’au lieu d’écouter une jeune fille tout juste violée, venue déposer plainte, on lui reproche de s’être rendue en discothèque. Ces récits sont faits au micro, ou tout bas dans l’assistance. Tous font froid dans le dos.

Des victimes qui n’ont d’autre choix que de militer, pour empêcher.

 

Prochain rendez-vous, le lundi 22 juin dès 18h, place Pierre Flotte à Montpellier, à l’initiative des Tricoteuses hystériques. Photos des Tricoteuses hystériques et du collectif All également présent.

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