Au festival de Radio-France, Marianne Crebassa comme dans un rêve

La montpelliéraine Marianne Crebassa est aujourd’hui considérée comme l’une des héritières de la grande tradition française des mezzo-sopranos, dans la lignée de Régine Crespin, Susan Graham ou Anne Sofie von Otter. Aussi à l’aide dans l’opéra que dans la mélodie française, la diva discrète a ébloui dans un récital amoureux sur mesure.

 

L’histoire a souvent été racontée. Née à Béziers en 1986 et élevée à Agde, Marianne Crebassa doit le début de sa carrière à une audition improvisée au Conservatoire de Montpellier en 2007. Venue accompagner une amie, elle décide de chanter à son tour, sans enthousiasme particulier. Parmi les membres du jury figure René Koering, fondateur du Festival Radio France, qui tombe de sa chaise. Une voix en or sort de la bouche de cette jeune fille en jean. Tout en poursuivant des études en musicologie à l’université Paul-Valéry, elle fait ses premières scènes à l’opéra de Montpellier. En 2010, pour le Festival Radio France, elle bluffe public et professionnels dans Wuthering Heights de Bernard Herrmann, où son interprétation sensible d’Isabel Linton, alternant chant et piano, marque les esprits. Elle a 24 ans.

La suite est fulgurante : l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris qui lui ouvre les portes d’une carrière internationale. En quelques années, Marianne Crebassa s’impose sur les plus grandes scènes : l’Opéra national de Paris, la Scala de Milan, le Festival de Salzbourg, le Metropolitan Opera de New York, les opéras de Vienne et de Berlin, le Lyric Opera of Chicago, l’Opéra Comique, la Philharmonie de Paris, ou encore le Pierre Boulez Saal de Berlin. Au fil de sa carrière, elle a été dirigée par quelques-uns des plus grands chefs : Marc Minkowski, son mentor artistique, Daniel Barenboim, Gustavo Dudamel, Esa-Pekka Salonen et Daniele Gatti. En 2017, elle est sacrée artiste lyrique de l’année aux Victoires de la musique classique.

Marianne Crebassa garde la tête froide. Elle proclame ne pas être «carriériste», est rare sur les réseaux sociaux, protège sa vie privée, une part de mystère, négocie une carrière prudente et graduée, prend le temps de faire un enfant.

On l’a vu lors du concert montpelliérain : une simplicité sans fausse note pour la quadragénaire épanouie dans un récital brillant avec son vieux complice, le pianiste, Alphonse Cemin réunissant L’Amour et la vie d’une femme de Robert Schumann, et des mélodies de Fauré, Duparc et Manuel de Falla.

Un genre où elle excelle, qui occupe une place essentielle dans son parcours, le lied et la mélodie étant investis comme espace privilégié d’exploration intérieure, où l’interprète est en première ligne.

Dans une robe framboise, elle parvient à enchanter dans un cycle de Schumann, où l’on aime en roulant les R, dans un registre amoureux furieusement naïf, assez éloigné des sensibilités contemporaines. Les mélodies de Fauré apportent ensuite une lumière plus délicate, avant l’élan lyrique de Duparc. Avec Manuel de Falla, elle fait écho à ses racines familiales espagnoles, sa famille maternelle étant originaire d’Alicante et de Valence.

Voix ample et veloutée, nuances riches, diction exemplaire, gestes déliés, élégance de la présence scénique : une douce hypnose a saisi le public de la salle Pasteur du Corum. «Les mezzo-sopranos sont les plus grandes chanteuses. Elles ne forcent jamais la voix, elles ne chantent pas, elles enfantent» me souffle ma voisine, se risquant à parler malgré la raideur d’un public de puristes que le moindre bruit pendant le concert énerve.

Merci à Marianne Crebassa de nous avoir modifiés intérieurement le temps d’un rêve climatisé, et redonné des forces pour affronter les calamités climatiques et politiques.

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1 Commentaire
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Micha Cotte
1 mois il y a

PARFAIT . Merci pour la citation jaillissant dans ce moment d’extase !

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