C’est l’un des grands événements de cette édition du Festival Radio France : les virtuoses américains de Snarky Puppy investissent l’Amphithéâtre d’O ce 13 juillet pour leur unique date dans le Sud de la France. Mené par le bassiste et compositeur Michael League, le collectif qui a révolutionné le jazz-funk mondial s’apprête à livrer une véritable messe du groove.
Moment gravé à jamais dans ma mémoire de mélomane : le 7 mai 2015, au concert de Snarky Puppy et du Metropole Orkest à l’Olympia, entendre Shofukan entonnée par plus de deux mille spectateurs. Mémorable à plus d’un titre.
Primo : faire chanter à l’unisson le thème d’une musique entièrement instrumentale relève d’une rareté absolue, qui plus est quand celle-ci est estampillée jazz et magnifiée par une formation symphonique.
Deuxio : loin des clichés d’une musique académique réservée aux initiés d’un autre âge, le jazz s’offrait ici une seconde jeunesse, porté par une foule de trentenaires en transe transformant le temple du music-hall en un dancefloor bouillonnant. Enfin, pour ma part, c’était la seule et unique fois que je mettais les pieds dans cette salle mythique. Depuis, je ne suis pas retourné dans la capitale, privilégiant mon épicurisme de proximité.

Le tube Shofukan
Shofukan, c’est l’un des gros tubes qui a lancé Snarky Puppy sur la scène internationale (après des années à jouer devant un public d’initiés) grâce à l’une de leurs captations live en studio -avec auditoire casqué- qui comptabilise, douze ans après sa parution en 2014, plus de 14 millions de vues. Une formule qui fera leur marque de fabrique : un line-up ne lésinant jamais sur le nombre de musiciens, une fusion amalgamant autant le rock progressif, le funk et le gospel que les musiques électroniques, des modulations métriques complexes et des solos à couper le souffle.
Quand je les ai vus cette première fois (puis revus au Théâtre de la Mer par la suite), leur album Sylva, enregistré avec les Hollandais du Metropole Orkest, sortait quelques jours plus tard sur le légendaire label Impulse!. Une œuvre magistrale qui leur vaudra, en 2016, le Grammy du «Meilleur album instrumental contemporain». Depuis, ils en comptent trois autres à leur actif, confirmant une hégénomie indiscutable, et le collectif n’a cessé de faire évoluer son architecture sonore.
Leur dernier album en date, l’onirique et cinématographique Somni, signe leurs retrouvailles avec les Hollandais du Metropole Orkest. Ces derniers ne seront pas de la partie ce 13 juillet au Domaine d’O, mais la formule resserrée autour des piliers de Snarky Puppy viendra quoi qu’il arrive enflammer la scène pour le défendre comme il se doit.

La tête pensante Michael League
Avec, au cœur de cette formidable machine à groove, la tête pensante : Michael League. Bassiste hors pair, compositeur boulimique et leader d’une bienveillance rare, League possède ce génie unique de faire sonner un big band moderne comme un combo de club, transformant chaque individualité virtuose en un rouage d’une intelligence collective absolue. Un sorcier du son, de liberté et de métissages qui a fini par quitter son sous-sol de Brooklyn pour ouvrir son propre studio d’enregistrement non loin d’ici : en Catalogne, à Els Prats de Rei pour être précis. Un village de cinq cents âmes qui, nul doute, le laisse rêveur –Somni désignant « rêve » en catalan.
Ce concert au Festival Radio France revêt un caractère exceptionnel puisqu’il s’agit de leur seule date française en dehors de Paris dans le cadre de leur tournée européenne. Et leur première à Montpellier.
Sans surprise, le concert à l’Amphithéâtre d’O affiche complet. Pour les retardataires qui auraient manqué le coche, un petit espoir subsiste : le site officiel du Festival propose une plateforme sécurisée permettant de racheter une place en cas de désistement. Restez aux aguets, le jeu en vaut largement la chandelle.
Nouveau Festival Radio France Occitanie Montpellier jusqu'au 18 juillet, ici.