Diana Krall, Samara Joy, Cécile McLorin Salvant, Eliane Elias, Selah Sue… À Jazz à Sète, cinq des six grandes soirées de l’édition 2026 sont portées par une artiste féminine. Cette affiche raconte une mutation profonde du jazz où les femmes ont investi tous les territoires de la création. Elles ne sont plus seulement de grandes voix : elles écrivent, composent, dirigent leurs formations, produisent leurs albums et imposent des univers artistiques singuliers.
Les femmes ont leur place dans l’histoire du jazz. Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Nina Simone, puis plus près de nous Dee Dee Bridgewater, Cassandra Wilson ou Dianne Reeves ont façonné l’identité même du jazz. Pourtant, pendant longtemps, leur rôle est resté associé à celui d’interprètes. Les postes de compositeur, d’arrangeur, de chef d’orchestre, de producteur ou de leader d’ensemble demeuraient, dans leur immense majorité, occupés par des hommes. Cette répartition n’a jamais été absolue -des pionnières ont toujours existé-, mais elle a durablement façonné l’image du jazz.
Depuis une vingtaine d’années, ce paysage s’est profondément recomposé. Une nouvelle génération de musiciennes occupe désormais toute la chaîne de création. Elles dirigent leurs groupes, composent leurs répertoires, produisent leurs albums, conçoivent leurs projets artistiques et explorent des territoires esthétiques où les frontières entre jazz, musique classique, soul, musiques du monde ou électro deviennent de plus en plus poreuses.
La programmation de Jazz à Sète en est une illustration.
À elle seule, Diana Krall (photo à la UNE) symbolise cette évolution. Pianiste autant que chanteuse, elle a démontré qu’une musicienne pouvait conquérir un immense public sans renoncer à l’exigence du jazz. Son élégance pianistique, son sens du silence et son phrasé d’une rare économie ont profondément influencé plusieurs générations d’artistes. Plus qu’une star, elle est devenue une référence (le 18 juillet).

Samara Joy (ci-dessus) incarne l’avenir. À peine trentenaire, plusieurs fois récompensée aux Grammy Awards, elle reprend l’héritage des grandes voix américaines avec une maturité musicale exceptionnelle. Son aisance dans l’improvisation et son intelligence harmonique annoncent une nouvelle génération de chanteuses qui revendiquent autant l’excellence musicale que la liberté créative ((le 16 juillet).

Avec Cécile McLorin Salvant, le concert devient une véritable œuvre dramatique. Franco-Américaine, elle mêle théâtre, littérature, recherche historique et création contemporaine dans des spectacles où chaque chanson participe d’un récit. Elle ne se contente pas d’interpréter le répertoire : elle le réinvente (le 20 juillet).

Eliane Elias poursuit depuis plusieurs décennies un dialogue fécond entre le Brésil et le jazz américain. Pianiste virtuose, compositrice et chanteuse, elle a construit une œuvre d’une grande sophistication harmonique où l’influence de la bossa nova nourrit un langage profondément personnel. Son parcours rappelle que les plus grandes pianistes de jazz occupent aujourd’hui une place centrale sur la scène internationale (le 21 juillet).

La présence de Selah Sue montre, elle aussi, combien le jazz contemporain s’est ouvert. Venue de la soul et du rhythm’n’blues, elle apporte une liberté d’écriture et une intensité scénique qui élargissent naturellement le territoire du festival. Les frontières stylistiques s’effacent au profit de personnalités artistiques fortes (le 17 juillet).

À côté de ces vedettes internationales, Jazz à Sète met également en lumière des musiciennes qui incarnent l’avenir du jazz européen. Flûtiste et compositrice, Ludivine Issambourg participe activement au renouveau du jazz français en modernisant le jazz-funk des années 70, hérité de pionnières telles que Bobbi Humphrey. Son parcours rappelle que les femmes occupent désormais des instruments masculins en inventant de nouvelles esthétiques (le 21 juillet.

Même constat avec la montpelliéraine Naïma Girou, contrebassiste, chanteuse et compositrice, qui dirige son propre quartet. Elle représente une génération qui considère comme une évidence le fait d’être à la fois instrumentiste, autrice et cheffe de projet. Lors d’un concert à l’auditorium de Lyon, Ibrahim Maalouf qui l’a engagée pour sa grande tournée-hommage à Oum Khaltoum, avait confié à LOKKO avoir été séduit par ce profil rare de chanteuse et contrebassiste, qui donne «un son de contrebassse très doux et chantant, un jeu mélodique, à l’inverse souvent des contrebassistes, plus percussifs» (en première partie de Selah Sue, le 17 juillet).
Jazz à Sète, du 15 au 21 juillet.
Crédits photos © GDP, AB+DM, Ebru Yildiz, Bob Wolfenson, RamyMoharamFouad, AnaisArmelleGuiraud.