Sur la scène du Mama Stock #9 au parc Montcalm, le vendredi 28 août, le quintette montpelliérain Dizzy Sounds a rallumé la mèche avec un set généreux et punchy. Entre jazz néo-soul, envolées vintage et hip-hop incisif, retour avec Raphaël Pastor, leader et compositeur du groupe, sur l’alchimie singulière de ce projet indépendant.
Il est 18h et des brouettes quand le public retrouve enfin des têtes bien connues de celles et ceux qui suivent le groove local. Malgré un concert estival annulé en Côte-d’Or pour cause de risques d’incendie, Dizzy Sounds n’a rien perdu de sa superbe. Durant un set dense d’une heure et demie fort de 16 titres, les compos s’enchaînent sur scène avec une fluidité millimétrée. Ils en avaient d’ailleurs encore sous la semelle et auraient bien poussé le plaisir un titre de plus sans ce retard au démarrage. «On était sereins et confiants, confie Raphaël Pastor. On s’est vraiment donné la liberté de s’amuser.»
La fusion des univers
Loin du cliché du groupe de studio aseptisé, Dizzy Sounds est une affaire de passionnés hyperactifs. Ingénieur en mécanique le jour et seul non-intermittent de la bande, Raphaël compose l’essentiel du répertoire. Mais ne cherchez pas ici une simple réplique des rares formations hip-hop à live band (The Roots en tête) : Dizzy Sounds refuse le copier-coller et façonne sa propre identité en faisant s’entrechoquer les bagages très divers de ses membres.

Formé auprès d’Emmanuel Beer, le claviériste injecte dans le projet un cocktail détonant : la rondeur du Fender Rhodes des grandes heures du jazz-funk croise les envolées psychédéliques de synthétiseurs vintage inspirés du rock prog des 70’s (Genesis au premier plan, «période Peter Gabriel !», insiste-t-il avec le sourire), le tout irrigué par la nouvelle scène jazz et la néo-soul (Yussef Kamaal, Hiatus Kaiyote, Robert Glasper).
Preuve de cette capacité à fusionner les univers : la seule reprise de leur répertoire, Cannon Ball de Weather Report, dans laquelle ils s’amusent à intégrer des éléments de l’hymne Alright de Kendrick Lamar -un mashup habile plus qu’une simple cover. «On n’a jamais cherché à entrer dans une case précise, explique Raphaël. Le hip-hop et le jazz sont nos socles, mais ce qui nous anime, c’est d’amener nos morceaux là où le public ne s’y attend pas.» Cette dynamique est propulsée par une section rythmique en béton -Émile Seidel à la basse et Chrys Razafimahefa à la batterie (qui accompagne par ailleurs la star sétoise Demi Portion sur scène) associée au saxophone de Toussaint Guerre.

Le supplément d’âme ? L’arrivée au micro de Loïs Hammel. Formé au JAM, le MC apporte une aisance mélodique et un flow tout en nuances. «Dès le départ, on cherchait ce mouton à cinq pattes capable de chanter, de scatter et de suivre nos grooves bizarres».
Une observation sociale mordante
Côté plumes et thèmes, le groupe navigue entre observation sociale mordante et ancrage urbain. Le single Spam en livre une illustration saisissante, épinglant avec ironie la surinformation et les sollicitations numériques et administratives du quotidien. Mais la poésie de Bigloo sait aussi se faire plus intime et territoriale lorsqu’il balance quelques rimes en occitan ou évoque son quartier de cœur, Figuerolles, entre souvenirs de rue, chaleur populaire et tranches de vie montpelliéraines.
Le clip de SPAM réalisé par Sandro Pinto.
Le son de l’oreille interne
De cette synergie est né l’EP Doctor Rabbit, enregistré au Mirador Sound Studio à Corconne. Derrière le titre et la pochette surréaliste -qui arbore un lapin humanisé façon Lewis Carroll- se cache une anecdote improbable : «En cherchant le nom du groupe, je suis tombé sur un article scientifique d’un certain Dr Rabbit sur le « Dizzy Sound » -un phénomène où l’oreille interne perd l’équilibre à cause de certaines fréquences. On en a fait le fil conducteur du disque.»
Né peu avant le Covid entre les murs du feu ODB (ce mythique Ol’ Dirty Bar de la rue des Écoles Laïques qui a connu tant de jams endiablées), lancé à ses débuts au sein du collectif aujourd’hui disparu Sauce Maison, puis façonné lors de sessions intimistes au Salon des Indépendants, Dizzy Sounds -à l’instar du Groupe de l’Empereur- incarne à merveille cette scène locale interconnectée. Malgré l’éparpillement géographique récent de ses membres entre Paris et Grenoble, la complicité reste intacte. Une formation soudée, précieuse pour le paysage musical indépendant montpelliérain.
Photos du groupe ©Loan Musco, photos du concert ©S Gallon.
Super sound ! Où est-ce que c’est possible de acheter leur EP Docter Rabbit ?
Avanti !
stan