Carbonne, « le petit gars de Montpellier » à l’Olympia

“C’est le concert de ma vie”. Virilité douce, rap hispanique, racines revendiquées : le montpelliérain a été propulsé au sommet en 2024 avec Imagine, un tube qui dépasse aujourd’hui 170 millions d’écoutes sur Spotify, auxquelles s’ajoutent des millions de vues sur les réseaux sociaux et YouTube. Deux ans plus tard, Pierrot Carbonne a changé de dimension : avant une date très attendue au Rockstore le 25 septembre, il investit l’Olympia le 12 septembre. Pour parachever sa transformation de phénomène viral en artiste.

Avant les millions de vues, il y a Pierrot, un Montpelliérain qui grandit dans un environnement où la musique et la création occupent une place importante. Sa mère le met à la batterie dès l’âge de 4 ans. Son oncle Julien Carbonne, batteur et percussionniste, devient son premier professeur de batterie.

Cette famille d’artistes brille aussi dans les arts plastiques. Le père Benjamin Carbonne et son autre oncle Stéphane Carbonne, développent depuis plusieurs années un travail mêlant peinture, sculpture, poésie et performance.

L’enfant de la balle commence à écrire à l’âge de 13 ans. Il utilise l’argent de la bourse étudiante à l’université Paul-Valéry -où il a passé une licence économie et social- pour acheter un premier micro, une carte son et un ordinateur.

Lorsque Imagine arrive, Carbonne possède déjà une pratique de la scène, une communauté et plusieurs années de travail derrière lui. Ses premiers freestyles -des courtes vidéos de rap sur les réseaux- remontent à 2018. En 2019, il participe à l’influente émission Planète Rap, sur Skyrock. En 2021, il sort son premier EP intitulé Aux Aurores, comprenant six titres.

Dévoilé le 3 avril 2024 sur TikTok, Imagine va tout emporter. En l’espace de quelques jours, l’extrait génère 25 millions de vues sur Instagram et TikTok. Précédée d’un énorme buzz sur les réseaux sociaux, la sortie du single, le 3 mai, fait des scores stratosphériques. Imagine prend directement la tête des meilleurs démarrages sur Spotify, Deezer et Apple Music, générant des millions d’écoutes en quelques heures à peine. Même folie sur Youtube. “C’est le peuple qui a choisi ce son” dira-t-il dans une formule immodeste.  

L’été 2024, il fait la première partie de Bigflo & Oli, au Stadium de Toulouse puis aux arènes de Nîmes, après avoir remporté en 2023 le tremplin du Rose Festival qu’organise les deux frères à Toulouse. Dont il aime le côté “100% Occitanie”.

La machine à gagner est lancée. Les textes sont accessibles, très visuels, et empruntent à la conversation quotidienne. Quelques mots suffisent à installer un décor et une histoire : «Elle m’dit “Imagine Madère sous les parasols” mais là j’m’imagine la perdre, j’deviens parano».

Derrière l’image solaire des vacances affleure la peur de perdre l’autre, une virilité douce à rebours des canons masculins du rap. Cette fragilité traverse d’ailleurs l’écriture de ce fan absolu de Diam’s. Dans Valhalla, on n’est pas loin du blues.

“C’est samedi soir, à force de boire
J’ai cette voix dans ma tête qui m’dit « frérot, va la voir »
Elle m’regarde et j’ai du mal à croire qu’elle veuille de moi
Des nuages dans la pièce j’me sens comme au Valhalla
”

Après Imagine, Carbonne continue à préciser son univers. Les chiffres montrent que le succès ne s’est pas limité à un seul morceau. Début septembre 2026, derrière Imagine, plusieurs titres dépassent désormais les dix millions sur Spotify : Valhalla totalise 19,4 millions d’écoutes, entre autres.

Cette longue traîne est peut-être le meilleur indicateur de sa transformation. L’enjeu est limpide en effet : comment transformer les millions d’écoutes en public réel ? La réponse ne tarde pas à suivre. Carbonne part en tournée et travaille une nouvelle dimension, plus incarnée, de son succès. Deux concerts à La Cigale, à Paris, en avril 2025, affichent complet. Le cap du phénomène numérique au spectacle vivant est franchi.

Le très avisé Carbonne garde les pieds sur terre. Il accentue la revendication de ses origines. «Je ne savais pas trop choisir comme blaze, mais Carbonne ça sonne».

«Quand tu m’écoutes, tu écoutes la vie d’un petit gars de Montpellier, qui trace sa route» : il est “important de cliper à la maison” confie-t-il à Brut. Dans ses clips, on reconnaît des lieux connus de la région de Sète, notamment Le château Girard à Mèze. Dans le reportage de Brut, on le voit sur le bateau de «tonton» dans une balade sur l’étang de Thau. Un “Tonton” qui a rejoint le groupe et fêté ses 50 ans de scène devant des milliers de fans du neveu prodigieux. Le frère fait le merchandising. «La musique est un truc familial» aime-t-il préciser. On voit ses filleuls sur les photos, l’accordéon de sa mère, la mobylette du copain.

Carbonne cartonne avec ce qui n’est plus tout à fait du rap. Comme le souligne Maxime Echenne, le critique musical de LOKKO : “Oxmo Puccino disait que le rap n’existait plus. Carbonne en est une bonne illustration. La manière de scander est là mais sa musique est le fruit d’un métissage plus proche de la pop actuelle”.

Le 12 septembre, le montpelliérain fait son baptême du feu dans la salle mythique de la chanson française.

Photo de UNE @yde.rz

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