Le tube des Rita Mitsouko Marcia Baïla rendait hommage à une amie emportée par un cancer foudroyant, tout comme son compagnon Fred Chichin. Elle-même a disparu brutalement, à l’âge de 68 ans, dans la nuit du 14 septembre 2026. Retour sur une artiste majeure de la chanson française.
Vingt ans l’an prochain que Fred Chichin a déserté le plancher des vaches à l’âge de 53 ans. Son double, son complice et père de ses trois enfants, la comédienne Ginger Roman vue au cinéma, Simone Ringer, graphiste et chanteuse et Raoul Chichin, guitariste, leurs deux derniers enfants ayant formé le combo Minuit.
La vidéo tourne en boucle depuis hier : de Ringer, on se souvient de l’effrontée et libre artiste qui n’avait pas eu peur de se mettre à dos une star de la chanson française comme Serge Gainsbourg. Cette fameuse séquence à la TV date de 1986. Gainsbourg en roue libre, injurieux, évoque son passé d’actrice porno : « Arrêtez de me faire la morale, alors que vous, vous êtes le dégueulasse type. On ne comprend même pas ce que vous dites quand vous parlez ». Cet incident d’anthologie ne l’empêchera pas de reprendre, en 2004, Le velours des vierges du même Gainsbourg.

Même liberté avec Macron qui cherche à l’embrasser et qu’elle repousse, le 8 mars 2024, après avoir chanté une Marseillaise féminisée à l’occasion de la cérémonie de constitutionnalisation de l’IVG (photo). D’autres ont cru bon de rappeler qu’en 2007, elle affirmait vouloir soutenir Nicolas Sarkozy.
La déferlante Rita Mitsouko
C’est en 1980 qu’est apparu pour la première fois le nom Rita Mitsouko. Rita comme Hayworth, icône sur grand écran des années 40. Mitsouko : mot japonais signifiant le secret. Et aussi le parfum de Guerlain. Ou selon les sources, en référence à Rita Renoir, célèbre strip-teaseuse des années 50-60, vedette du Crazy Horse Saloon. Ce couple de punks à la française va tout déchirer.

Un nom et aussi un disque, le premier du groupe, sorti en 1984 : Rita Mitsouko. D’entrée de jeu cet album fait sensation. Sa chanson Marcia Baïla se classant à la seconde place du Top 50 de l’époque. Cette oraison funèbre d’une amie, la danseuse argentine Maricia Moretto, partie trop vite –«C’est le cancer qui t’a pris sous son bras»-, cartonne en boîte de nuit après de multiples passages radiophoniques. Et particulièrement dans les radios dites libres à l’époque en pleine explosion.
Les Rita furent une des toutes premières signatures du label anglais Virgin qui se lançait alors en France. Album suivant à peine deux années plus tard avec No Comprendo avec pas moins de trois tubes au compteur. Les histoires de (finissent mal en général), Andy (dis-moi oui) et C’est comme ça. Sur sa page Instagram, l’artiste Benjamin Biolay a dit de No Comprendo : «Plus rien ne fut comme avant pour la musique française après cet album».
Suivront ensuite cinq autres albums -dont Système D enregistré en 1992 au Maroc à Essaouira toujours avec la complicité du grand producteur Tony Visconti connu pour son travail de longue haleine aux côtés de David Bowie. Plus trois autres CD enregistrés en public.

La douleur du père « dans le sang »
L’année suivant le décès de son compagnon, on la voit investir la scène de la Cigale parisienne pour un concert-tournée intitulé : Catherine Ringer chante Les Rita Mitsouko. Elle continue seule dans le souvenir de l’homme de sa vie dont elle fête l’anniversaire sur les réseaux chaque année. Spectacle qu’elle redonnera 12 ans plus tard à la Philarmonie de Paris.
Entre temps, il y aura eu l’album : Ring & Roll en 2011 et une tournée avec un arrêt à Montpellier au Rockstore, le 11 octobre. Répondant ainsi à l’invitation de la 16ème édition des Internationales de la Guitare. Suivra Chroniques & Fantaisies en 2017 avec une pochette où figurent des reproductions du père de la chanteuse, Sam Ringer, d’origine juive polonaise, rescapé des camps de concentration. Elle a souvent dit qu’elle avait la douleur de son père «dans le sang».

Sa dernière apparition sur scène à Montpellier remonte à janvier 2024 où elle avait déclamé, longue natte sur l’épaule, et robe rouge, dans un fascinant solo (restitué par LOKKO) L’érotisme de vivre de Alice Mendelson, une amie de son père.
Une ambassadrice de la chanson française
Catherine Ringer était aussi une ambassadrice incomparable du répertoire de la chanson contemporaine. Elle l’a encore rappelé dans une somptueuse reprise de Je reviens te chercher de Bécaud lors de la cérémonie des Césars 2021. On lui doit des tas de reprises : Le vent de Brassens, Faut qu’ça saigne de Boris Vian où elle est en compagnie de Archie Shepp, Ferré & Caussimon (Monsieur William) Charles Trenet (Où sont-ils donc ?). Mais aussi Paris s’éveille (Jacques Lanzman-Jacques Dutronc), Ma Gueule (Johnny Hallyday. Les Rita avaient même été invités par le «boss» en juin 2000 lors de son concert à la Tour Eiffel. Tout aussi convaincant : sa version de Pars figurant sur l’album No man’s Land de Jacques Higelin de 1978, lors du concert suivant les obsèques de ce dernier en 2018 au Cirque d’Hiver.
Ringer avait quelque chose de Piaf, qui aurait été visité par Nina Hagen et auquel Willy DeVille aurait offert certaines musiques, Iggy Pop (avec qui elle a chanté) une énergie rock et Ima Sumac pour la coloration latine. Avec aussi une pincée de Grace Jones comme dans sa reprise de Libertango, le tout sous la bénédiction de Prince.

« Elle a un caractère spécial Catherine »
Le journaliste montpelliérain Stan Cuesta est le seul à avoir rédigé une bio sur elle (et sur son groupe) s’étalant sur 215 pages. Avec de fort belles et assez rares illustrations. Sorti en 2019, aux éditions Hoëbeke dans la collection Les indociles, c’est un ouvrage complet et formidable. Dont la préface a été signée de Alfredo Arias qui avait écrit pour elle la comédie musicale Concha Bonita.
«Je la connaissais personnellement, avait-il alors confié à LOKKO. Je l’ai vu débuter. On est presque de la même génération. J’ai vu les Rita Mitsouko plein de fois sur scène. Je ne l’ai pas fait avec elle car elle ne veut pas du tout s’engager dans ce genre de choses. Elle a un caractère très spécial, Catherine. Elle m’a dit : «Je ne vous aiderai pas mais je ne vous mettrai pas de bâtons dans les roues» . Je lui offert le livre. Sa réponse : «merci, je ne le lirai pas. J’ai trop peur de m’énerver !» . Mais son entourage, ses amis, son fils l’ont eu et ils me disent tous qu’elle leur a demandé : «alors, comment c’est ?».
Une photo avec Sarkozy, où ça ? ?
« La plus grande s’en est allée »… ? La hiérarchisation est affaire de subjectivité.