Fehti Tabet : « Notre centre culturel à la Mosson a été conçu à l’image des instituts français à l’étranger »

L’association Musique sans Frontières est installée à la Mosson depuis plus de vingt ans. Fehti Tabet, son initiateur, joueur de Oud, formé à l’Ecole de musique arabo-andalouse d’Oran, croit fermement dans le pouvoir de la culture même si la baisse des subventions menace l’existence de cet opérateur historique. ITV LOKKO dans les nouveaux locaux de l’association, situés au Grand Mail, dans un ancien commissariat, à l’occasion du Marché des arts qui se déroule ce samedi 19 septembre.

 LOKKO : L’association Musique sans Frontières est présente à la Mosson depuis de nombreuses années, quel regard portes tu sur le quartier ?

FEHTI TABET : Malgré les efforts de la municipalité, on observe des formes de communautarisme. Il y a des communautés repliées sur elles-mêmes, on y pratique sa langue, sa culture et ses traditions, les commerces n’y échappent pas. Cette ghettoïsation est accentuée par l’absence d’habitants du centre-ville et des villages alentours, ils ne viennent pas sur le quartier par peur de l’autre. Ainsi les préjugés et les idées préconçues poursuivent leur chemin, les gens ne se connaissent pas.

Qu’est-ce que la culture peut apporter dans ce contexte ?

La Culture instaure des ponts entre les communautés, entre les personnes quelles que soit leur culture d’origine, leur religion, mais aussi entre nous et les habitants du quartier. On peut facilement les côtoyer. On reçoit des personnes de tous les âges, par exemple avec les studios d’enregistrement on attire les jeunes, ils rencontrent des artistes et les familles viennent.

Avec les artistes que nous accueillons dans les studios de répétitions, nous instaurons un échange : ils utilisent nos locaux mais en échange ils s’engagent à faire des concerts pédagogiques en lien avec la Maison Pour Tous (sur la photo avec son directeur Willem Falbaire) et à ouvrir leurs répétitions aux habitants du quartier.

Nous sommes installés depuis quelques mois au Grand Mail, dans cet ancien commissariat qui nous est loué, où nous allons pouvoir organiser l’accueil et les résidences d’artistes issus de différentes cultures, toujours dans cet esprit d’ouverture et de transmission.

La dimension internationale est l’ADN de Musique sans Frontière. Comment le quartier en profite-t-il ?

L’international nous a amené à opérer un recul, à découvrir la tolérance, le respect de l’autre.  Cela nous a ouvert les yeux, nous avons découvert des pays dont les habitants sont démunis, nous avons pris conscience de notre situation de privilégiés, on a alors initié un partenariat avec l’Unicef et Médecins sans frontières.  On a créé des écoles, toujours en activité, des écoles de musique, des hôpitaux ; nous avons envoyé des livres et des instruments de musique en Afrique Australe, au Maghreb. On a ouvert des lieux, des antennes en Afrique, notre action s’est particulièrement centrée sur le Sénégal.

On s’est alors posé la question, pourquoi ne pas faire la même chose à la Mosson, quartier que l’on connaissait depuis de longues années. On a connu les grands parents, les parents, les enfants et maintenant les petits enfants, plusieurs générations d’habitants ! Nous avons voulu ouvrir un centre culturel à l’image des instituts et alliances français à l’étranger ; en 2006 le Centre Culturel International Musique sans Frontières a été inauguré à la Mosson.

Des artistes de différentes cultures et origines venaient en résidence, ils profitaient des salles de répétition, étaient hébergés sur place ; Ies concerts, les soirées festives, les ateliers et concerts pédagogiques permettaient aux habitants de profiter de ces dynamiques. Toutes ces actions visent à renforcer la cohésion sociale et l’accès à la culture.

Quelles difficultés rencontres tu aujourd’hui ? Connais-tu une forme d’épuisement comme de nombreux opérateurs associatifs ?

On est freiné dans ce que l’on fait car on est tributaire des financements et des partenariats. Après le Forum des Arts au parc Sophie Desmaret, on a traversé une situation financière difficile, on s’est senti abandonnés et cela nous amené à stopper nos activités durant une année.

L’équipe dirigeante de Musique sans Frontières est bénévole depuis le début, nous sommes musiciens et avons vécu de nos tournées avec entre 60 et 70 concerts par an (à ses côtés : Frédéric Tari et Sega Seck notamment). Cela nous a permis de financer en partie la structure et même par moments de salarier des personnes. On a réalisé un travail sans relâche et on nous demande régulièrement d’intervenir sur le quartier mais aujourd’hui les subventions ont baissé et certaines collectivités comme le Conseil Départemental ou le Conseil Régional ne suivent plus.

On se donne un temps limité pour décider de la suite, si nous n’obtenons pas de subventions pour 2027, on sera obligés d’arrêter nos activités (ici, une réunion de préparation du Marché des arts du 19 septembre).

LOKKO : Pourquoi organiser le marché des arts qui se déroulera samedi et quels ont été les choix artistiques ?

Il s’agit de rassembler des artistes de qualité sur le grand mail en faisant le pari que le public du centre-ville et des communes alentours partagera ce moment avec les habitant-es de la Mosson. C’est un vrai challenge de faire venir les gens au cœur du Grand Mail qui a besoin de vivre des événements rassembleurs, cela a été possible grâce au partenariat avec la fondation Altemed, la Maison pour Tous Louis Feuillade et des associations locales. L’objectif est aussi de faire venir des personnes qui n’ont pas accès à la culture et de permettre leur rencontre avec les artistes qui viennent de différents horizons artistiques.

Comme sur une place de village, des artistes plasticiens, céramistes, sculpteurs, luthier…vont occuper l’espace public et s’installer durant cette journée sur le grand mail de la Paillade. Ils vont pouvoir aussi vendre leurs productions, d’où l’appellation de marché.

Des concerts de musique du monde ponctueront la journée avec notamment une fanfare la Batucanfare, du jazz avec le Fabulous Barnum Trio et Gnawa Familia (photo), pour se retrouver ensemble dans des moments festifs.

Samedi 19 septembre de 10h à 22h, 1er Marché des Arts du Monde – en partenariat avec la Fondation Altemed. Parvis du Forum des Arts du Monde – Musique Sans Frontières. Rens ici.

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