Jean Moulin, le mythe résistant

LOKKO poursuit cette série historique, en collaboration avec les éditions Papillon rouge, en reprenant des extraits du livre de Raymond Alcovère : « Ces héraultais qui ont fait l’histoire ». Cette semaine, le résistant Jean Moulin dont la photographie ci-dessus prise à l’Esplanade a fait le tour du monde.

Jean Moulin était un jeune homme plutôt insouciant, plein d’humour et attiré par les arts. Ses qualités intellectuelles, la rigueur qu’il emploiera à les développer, son courage et les événements historiques vont faire de lui un héros hors du commun.
Sa vie commence paisiblement : il naît le 20 juin 1899 à Béziers. Son père, qui comptera beaucoup pour lui, est professeur d’histoire, républicain, franc-maçon, président de la section locale de la Ligue des droits de l’homme et conseiller radical-socialiste de l’Hérault.
Jean est un enfant rêveur, assez taquin et doué pour le dessin : il caricature ses enseignants et fait l’admiration des ses camarades. « Intelligent, fera un excellent élève quand il se décidera à travailler » écrivent ses professeurs. Il s’inscrit à la faculté de droit de Montpellier. Mais la famille n’est pas riche, il doit travailler pour payer ses études ; grâce aux relations de son père, il entre comme attaché au cabinet du préfet de l’Hérault, en septembre 1917.
Il est mobilisé en avril 1918 mais la guerre se termine sans qu’il ait participé au combat. Il reprend études et travail. La préfectorale semble lui convenir ; il s’y mêle politique, connaissance du tissu local et sens relationnel. Il est promu chef-adjoint de cabinet dès fin 1920. Son ascension se poursuit : en 1925, il devient le plus jeune sous-préfet de France. Tout en continuant à dessiner (aquarelles, caricatures, affiches), sous le pseudo de Romanin ; il illustre notamment un recueil du poète Tristan Corbière.
L’année suivante, il épouse Marguerite Cerruty, mais cette parisienne s’ennuie à Chambéry où il a été nommé ; ils divorcent deux ans plus tard. En 1932, sa carrière prend un nouveau tournant. Il n’a jamais caché son intérêt pour la politique ni ses idées de gauche. Il est nommé chef-adjoint de cabinet du ministre Pierre Cot aux Affaires Étrangères. Puis le voilà chef de cabinet en 1936 du même Pierre Cot, cette fois ministre de l’Air sous le Front Populaire. À ce titre, il fait ses débuts dans l’action clandestine – conformément à la politique de Léon Blum – en livrant avions et pilotes aux républicains espagnols.
En janvier 37, il est promu préfet, le plus jeune de France. Côtoyant toujours les milieux artistiques, il noue une amitié amoureuse durable avec une peintre de deux ans son aînée, Antoinette Sachs. Il propose le mariage à Antoinette qui, soucieuse de sa liberté, refuse. Mais l’Histoire s’accélère. En 1940, c’est l’Exode. Préfet de l’Eure-et-Loir, il fait tout son possible pour protéger les populations qui déferlent dans son département. Le 17 juin, il est arrêté par les allemands qui le somment de signer un document accusant à tort les troupes sénégalaises de l’armée française de massacres de femmes et enfants. Il refuse, les allemands le passent à tabac. Enfermé, craignant de finir par céder sous les coups de ses bourreaux, il se tranche la gorge avec des morceaux de verre. Découvert à l’aube baignant dans son sang, il est sauvé de justesse et gardera une cicatrice qu’il cachera sous un foulard. Il retrouve son poste, mais pas pour longtemps. Le gouvernement de Vichy le révoque le 2 novembre. Rien ne le retient plus maintenant.
Décidé à entrer pour de bon dans la clandestinité, il quitte Chartres le 15 novembre. « Fort de la certitude que les patriotes français doivent s’unir et obtenir une aide extérieure pour mener à bien leur combat », il estime que ses compétences trouveront leur utilisation dans le rôle d’agent de liaison entre la France captive et la France libre. Il s’installe d’abord dans la maison familiale de Saint-Andiol puis à Marseille. De là, il se déplace dans plusieurs villes du Midi, multipliant les contacts, rencontrant les mouvements de résistance de la Zone libre, parmi lesquels Henri Frenay, fondateur d’un des mouvements les plus structurés, le Mouvement de Libération nationale. Et tout cela avec l’aide d’Antoinette Sachs, entrée elle aussi dans l’action clandestine. En septembre 1941, il part pour Lisbonne. Churchill tente de le recruter pour organiser l’action subversive en Europe. Pierre Cot, lui, le presse de le rejoindre aux États-Unis, mais Jean Moulin décide de rejoindre De Gaulle pour lui faire état des mouvements de résistance. C’est une aubaine pour le Général, car les compétences administratives manquent cruellement dans son entourage. Tout de suite, ils sont sur la même longueur d’onde. À tel point que Moulin est envoyé en mission pour unifier sur le territoire français les mouvements de résistance et construire une armée secrète sous les ordres du général. Avant de partir, il suit à Londres un entraînement pour apprendre à sauter en parachute, tirer au pistolet et se servir d’un poignard. Il est parachuté dans les Alpilles dans la nuit du 1er janvier 1942, et il va, en dix-huit mois, accomplir sa mission. Une vie de dangers, de qui-vive et d’affrontements souvent rudes. Les mouvements de résistance sont politisés bien évidemment, il n’est pas facile de leur demander allégeance à de Gaulle.
Jean Moulin est tour à tour « Max » ou « Rex », quand il ne s’appelle pas « Jacques Martel », directeur d’une galerie d’art à Nice. C’est seulement au printemps 1943 que Jean Moulin recueille le fruit de ses efforts. Il parvient à se faire admettre comme chef du Conseil National de la Résistance, lequel réunit les dirigeants de tous les groupes de la résistance française. Mais la pression nazie est terrible. Depuis l’occupation de la zone sud, en novembre 1942, la police allemande et ses auxiliaires français ont dangereusement étendu leur emprise. L’étau se resserre sur le mystérieux Max. Son meilleur allié, le général Delestraint, patron de l’Armée secrète, est arrêté. Une réunion est organisée en urgence pour prendre des mesures conservatoires.
Le rendez-vous est fixé à Caluire, près de Lyon, le 21 juin 1943. Et c’est le drame : les allemands font irruption et arrêtent tout le monde, sauf René Hardy qui parvient à s’échapper. Sauvagement torturé par Klaus Barbie, Jean Moulin ne parlera pas. Il meurt des suites de ses tortures, probablement le 8 juillet lors de son transfert en train en Allemagne. Ses cendres « présumées », car son corps n’a jamais été identifié avec certitude, seront transférées au Panthéon le 19 décembre 1964. André Malraux y prononcera un discours qui restera à jamais gravé dans nos mémoires comme le destin et le courage extraordinaires de Jean Moulin.

« Ces Héraultais qui ont fait l’Histoire », Raymond Alcovère, Papillon Rouge Editeur, 264p., 19,90€, www.papillon-rouge.com

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