Don Juan punk au Printemps des Comédiens

Première française pour le Don Juan de l’allemand Frank Castorf qui nous gratifie au théâtre Jean-Claude Carrière d’une vision psychédélique de ce Molière, joyeuse, enthousiasmante, lubrique, sex and rock’n rolleuse.

2 juin 2019, Printemps des comédiens 2019, Montpellier Don Juan, Molière, Frank Castorf, Residenztheater, Munich, rétrospectivement, Don Juan nous fait prendre des vessies pour des lanternes, moi qui ai bien connu Tirso de Molina, ce madrilène du dix septième qui inventa le personnage que Poquelin aménagea à sa sauce en lui changeant Don en Dom, c’est bien connu, on repart souvent des sources antérieures, on n’invente rien, disait ma grand-mère, paix à ses cendres, le petit gars du faubourg Saint-Honoré n’avait que huit ans quand Tirso fît naître le pourfendeur de la morale, le grand amateur de plaisirs, le menteur, le parjure, le séducteur, le quasi athée, on connaît tout ça depuis que le monde est monde, en bref, ma p’tite dame, un Juan en avance sur son temps, des vessies pour des lanternes, écrivais-je, puisqu’il métabolise son existence en trompant son monde, se gourrait-il d’ailleurs lui-même sur l’illusion du plaisir et du désenchantement, passons, et allons à l’essentiel, Frank Castorf se saisit du libidineux espagnol, lui fait essayer tant de costumes extraordinaires, au propre comme au figuré, première fois de ma vie que j’entends Juan et Sganarelle s’exprimer en allemand, évidemment je me méfie toujours, vous connaissez le topo, « Deutschland über alles », etc…, d’ordinaire quand j’entends l’allemand je sors mon revolver, des fois que, on ne se méfie jamais assez, n’est ce pas, vous me suivez, je vais faire court, on n’a pas que ça à faire, Castorf qui usa ses fonds de culotte à la Volksbühne urt, on n’a pas que ça à faire, Castorf qui usa ses fonds de culotte à la Volksbühne am-Rosa-Luxemburg Platz de Berlin pendant 25 ans, belle référence, maintenant réduit au rôle de quasi sans domicile fixe du théâtre, nous gratifie d’une vision psychédélique, joyeuse, enthousiasmante, lubrique, sex and rock’n rolleuse, arrêtez tout ce que vous faites et foncez voir, je ne sais où à présent, puisque hier et avant-hier au Printemps des Comédiens c’était la première en France, j’espère aller à la dernière à Pékin, hein, pourquoi pas, ou au Texas, ah, ah, histoire de voir dans quel état les acteurs de la troupe permanente du théâtre de Munich ramasseront les miettes de leurs corps, de leurs voix, de leurs sexes, une fois la tournée épuisée, cas de le dire, tant ils exultent, suent, crachent, pustulent, merdent, chantent, baisent (on le devine), changent de peau, de couleurs, de costumes, de lunettes, ah Elvire, ah Commandeur, ah Pierrot, ah Peste, ah les boucs, ah les néons de cabaret, ah les jambes sulfureuses, ah les sexes qu’on devinera (mais qu’on ne verra pas) dressés pour les premiers et les derniers outrages, au secours Castorf, berce nous encore de tes visions dantesques du théâtre, au secours Varela, que ce Dieu mécréant te donne l’énergie de nous proposer de si tentaculaires épreuves où l’émotion la vivance la magnificence de nos existences terrestres ressortent tourneboulées par la magie de ces instants extraordinaires, de ces artistes iconoclastes qui nous ramènent à l’essentiel, j’y viens, j’y arrive enfin, à l’os de l’humanité, débarrassée des oripeaux religieux, moraux, et nous montrent une voie désenchantée, certes, mais tellement belle.