FANNY BANNES, UNE STYLISTE ÉTHIQUE

Depuis 2008, Fanny Bannes et son atelier Tiket créent et produisent des collections de vêtements s’ancrant dans la mode éthique. Fanny Bannes a à cœur de pousser vers une consommation plus propre, de meilleure qualité, donc moins fréquente. Installé en plein centre de Montpellier, l’atelier Tiket conçoit des lignes de vêtements au maximum made in France, avec du coton certifié bio GOTS. Rencontre.

D’où vient votre engagement écologique ?

J’ai l’impression qu’on naît avec. Dès l’enfance, j’ai toujours été touchée par l’écologie, pourtant c’était une autre époque ! Ce n’était pas un sujet dont on pouvait parler quotidiennement comme aujourd’hui. Je pense que ça provient d’un côté empathique et sensible, qui font qu’on est affecté par toute forme d’abus, de souffrance, ou d’injustice. C’est un tout. Quand je suis entrée dans le métier, c’était une évidence que je n’allais pas pouvoir travailler pour des multinationales. Savoir comment les vêtements étaient faits, dans quelles conditions, avec quelle marge honteuse… Ce n’était pas possible pour moi.

Quand vous créez, comment ressentez-vous ces engagements écologiques ?

C’est d’abord une stimulation qui donne de l’énergie, même si ces valeurs apportent évidemment un lot de contraintes. Mais quand on est dans des métiers créatifs, on apprend que la contrainte est souvent source de créativité. Il faut essayer de s’en servir pour rebondir, essayer d’avoir d’autres idées, et ne pas aller directement à ce à quoi on a accès facilement, mais dans des matières qui ne sont pas très propres. On ne peut pas utiliser certaines matières parce que c’est du polyester par exemple, donc du plastique et du pétrole… C’est simplement interdit. On utilise des matières qui sont issues de la nature. L’idée est d’arriver à une matière qui a pollué le moins possible, qui a utilisé le moins d’eau possible, qui a détérioré le moins possible, et qui peut revenir à la nature sans la contraindre… Si on parvient à ce cercle-là, ce serait magnifique !

Mais il ne faut pas idéaliser le bio. Je pense qu’on a encore beaucoup de progrès à faire. Par exemple, le coton utilise beaucoup d’eau, et c’est une ressource de plus en plus rare. Si c’est de l’eau qu’on met sur des terres déjà impactées par d’autres produits, c’est une eau qui va être impactée par des résidus antérieurs. Ce sont beaucoup de détails qui pourraient être aussi pris en compte pour avancer. Par exemple, je vais de plus en plus vers tout ce qui est accessoire du vêtement, et on y trouve beaucoup de plastique : dans les zips, sur les boutons… On essaye de n’utiliser que des boutons en bois. Mais malheureusement, on n’a pas encore de fil 100% coton bio qui soit assez résistant pour prétendre à un vêtement qui dure, ce qui est très important. Donc on est encore dans des mélanges polyester. On est dépendant de ces facteurs-là, c’est tout une société qui doit travailler pour changer.

Autre exemple, quand on arrivera à avoir de beaux tissus en bambou, on ira encore plus vers des vêtements qui seront durables. Le bambou pousse spontanément dans des zones humides, dont en Europe, et on n’a pas besoin de l’arroser. Alors que le coton demande pas mal d’entretien, et ne poussera jamais en Europe. Le lin est aussi très intéressant, tout comme le coton recyclé. On voit plein de pistes à explorer ! J’aimerais beaucoup, en tout cas pour les jeans, pouvoir travailler avec les fabricants français qui commencent à annoncer ces gammes plus écologiques. Mais pour qu’une collaboration se mette en place, c’est long…

Comment choisissez-vous les producteurs avec lesquels vous travaillez ?

Qualité, provenance, proximité. Pour moi, la qualité signifie du bio GOTS (1), un tissu qui dure, etc. Le certificat GOTS est un certificat très draconien. Que ce soit sur le côté raisonné de l’utilisation des ressources, ou sur le côté humain, ou encore sur le traitement des eaux, les produits que l’on peut utiliser pour la teinture ou l’anoblissement : tout est pris en compte. Dans l’absolu, j’aimerais travailler avec des gens qui ont des procédés de teinture naturelle. Arriver à avoir des produits beaux, modernes, et en même temps avec des techniques artisanales… Utiliser la nature avec ce qu’elle nous offre !

Un autre objectif que je porte est de développer mes propres imprimés inspirés du Japon. Le Japon a toujours été une ligne de la marque, mais faire venir des tissus de l’autre bout du monde va à l’encontre de tout le reste ! Ils ont des qualités de tissu et d’imprimé qui sont tellement spécifiques à leur pays… Alors pour l’instant je les garde, en attentant que mon fabricant et fournisseur français de tissus mette en place un système d’impression à la demande de textiles en France, certifiés GOTS.

Fanny Bannes - 2

Depuis quelques années, le mouvement de l’upcycling (2) arrive dans la mode durable. C’est une technique qui vous intéresse ?

Je trouve ça génial les jeunes qui arrivent avec cette énergie-là. Ils sont fabuleux. Le problème est que l’upcycling restera toujours dans un mode très artisanal. Ça paraît compliqué d’avoir une démarche plus structurée, mais j’aimerais creuser. Par exemple, on a tous chez nous des draps de lin de nos grand-mères, de nos arrière-grand-mères, qu’on garde sentimentalement mais dont on ne sait pas quoi faire, et qu’on n’utilise plus du tout. On trouve des tonnes de matières dans nos armoires, qu’on peut réutiliser à une échelle plus importante que de l’upcycling d’objets individuels. Après, le problème devient le temps. Comment prendre le temps de développer ça ? Mais c’est passionnant toutes ces idées à développer !

Dernière question… Quelle est la décomposition de vos prix ?

La moitié du prix du produit paye la production, donc la main d’œuvre sur place. Ensuite, 25% du prix sert à acheter les tissus. Puis, les 25% restants couvrent les charges fixes (loyer, crédit-bail, etc), ainsi que les salaires annexes (la vendeuse et la communication). Il faut aussi compter tout ce qui est rémunération de développement, c’est-à-dire la styliste et la modéliste. Honnêtement, ça fait tout le prix du produit ! J’aimerais pouvoir dégager une marge d’investissement, mais on croule sous les charges… L’année dernière, on n’a pas été rentable, parce que c’est compliqué d’intégrer tous ces coûts sur des petites séries, des toutes petites productions, avec des tissus qui sont chers.

1. Délivrée par ECOCERT, le référentiel GOTS prend en compte tout le cycle de vie du produit, couvrant : l’éco-conception, l’intégrité et la traçabilité des matières premières, le respect de l’environnement, la santé du consommateur, et les critères sociaux. Ce référentiel a établi 2 niveaux de certification, les « textiles biologiques » (95% des fibres issues de l’agriculture biologique), et les « textiles à base de fibres biologiques » (70% des fibres issues de l’agriculture biologique).

2. L’upcycling, ou « surcyclage » en français, permet de donner une nouvelle vie aux vêtements et tissus usagés, en les transformant en pièces neuves. Comme le dit l’Express, l’idée n’est pas de faire du neuf avec du vieux, mais de faire du beau avec du vieux ! Pour en savoir plus : https://www.lexpress.fr/styles/mode/comment-l-upcycling-mode-redonne-vie-aux-vieux-vetements_1878176.html

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