« Casse-têtes » : LA chanson contre les dictatures

Une chanson géniale signée Gébé (1929-2004) pour les paroles  -le dessinateur membre de la joyeuse équipe de « Charlie Hebdo », canal historique- mise en musique par  le compositeur Philippe Gérard (1924-2014).

Dans cette chanson composée pour Yves Montand (1921-1991) -plus exactement à sa demande car au départ Gébé ne pensait commettre qu’un article- sont renvoyées dos à dos à la fois les dictatures du moment. Nous sommes en fin de décennie des années 70. Montand a joué il y a peu dans le film de Costa-Gavras  « L’Aveu » d’après Arthur London (photo du haut) et commence à prendre une irréversible distance avec le grand pays « frère » (photo 3) et avec les camarades du parti dont son propre frère mais aussi avec les nombreuses dictatures sud américaines : Brésil, Uruguay, Chili, Argentine, Bolivie + une mention sur les bébés phoques de Brigitte Bardot !

Gilles Caron, le Printemps de Prague, Août 1969.

« Ils m’ont tapé sur la tête
Je ne me rappelle plus pourquoi
Ni même si ça m’a fait mal
Parce que j’en suis mort
Qu’est-ce que j’étais, déjà?
Travailleur immigré, philosophe,
Résistant caché, dissident notoire
Ou bien animal à fourrure ?
Je m’appelais comment, déjà ?
José, Abdel, Argentino,
Arabica, Jan Patocka
Ou bien alors bébé phoque? ».

Les tempos de la complainte sont en mode tango façon Astor Piazzola qui vient de révolutionner le blues argentin popularisé par Carlos Gardel au début du XXème siècle.

Des membres de la présidence Allende pendant le coup d’état de Pinochet au chili en septembre 1973.

« M’a-t-on assommé pour mes idées
Ou pour faire de moi un manteau,
Pour de l’argent ou la couleur de ma peau ?
J’ai un bout d’os dans la mémoireQuand leurs pieds chaussés m’ont cerné
Étais-je allongé dans des draps
Ou bien couché sur la banquise
Ou est-ce que je sortais d’un café ?Je suis mort dans la rue de l’Ouest »
Sur la glace du Nord ou chez les flics de l’Est
Ou dans la Pampa des casquettes
A coups de triques noires »

La chanson se concluant de superbe façon :

« Est-ce que je rêve de vengeance,
De têtes policières éclatées,
De tête de chasseurs sanglantes,
De têtes de racistes en purée ?

Ou bien est-ce que je vois des têtes
Émerveillées d’elles-mêmes
Émerveillées de leur dedans
Et se découvrant nouveau monde ?
Je suis mort, répondez pour moi !
Je m’appelais Jan Patocka
Argentin et bébé phoque arabe
Maintenant… Ça me revient ! »

Gébé démontrant qu’il est avant tout comme ses copains de « Charlie » -François Cavanna et Cabu en tête- un pacifiste convaincu.

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