Les sites de rencontres : plus jamais ça !

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Qu’ont en commun une nuit de camping sauvage au Québec, un hammam à Istanbul, le trajet Montpellier-Toulouse en moto ou une visite chez l’esthéticienne? Ce sont des expériences vécues. Ou plutôt : subies. Avec beaucoup de mauvaise foi et -c’est du moins l’idée- une bonne dose d’humour noir. Neuf expériences du quotidien réunies sous le titre « Plus jamais ça ! ». Des textes inédits de Marie Urdiales pour démarrer l’année avec humour ! Après l’escalade du pic Saint-Loup et la méditation, les sites de rencontre…

 

 

Tout commence quand tout est fini : un matin, alors que vous ne l’avez pas vraiment senti venir (mais comme ça s’énerve trop pour un rien, un mec!) vous voilà célibataire. Oups ! Mais comment on fait déjà ? Ben justement : vous ne savez plus, et tout bien considéré, vous n’avez pas très envie de savoir, non plus. Mais bon : comme on vous a toujours seriné que vous étiez une grande fille raisonnable, vous essayez. Une semaine, deux semaines… Et puis ça commence à vous déprimer, vous trouvez que ce putain de destin ne fait pas son boulot (c’est vrai quoi ! C’est VRAIMENT si difficile à trouver des mecs bien ? Alors pourquoi toutes les autres elles en ont un mais pas vous? On peut savoir ?!) comme vous n’avez pas très envie que la situation s’éternise, vous suivez la tendance, et par un beau matin d’humeur de merde, vous vous inscrivez sur un site de rencontres.

Jour J : l’inscription

A en croire les articles et témoignages sur le sujet, les sites de rencontres sont à l’amour ce que la mondialisation est au commerce : l’ouverture d’un champ de possibles sans frontières et sans limites, où, via un investissement de base et un bon petit coup de pub préalable, tout devient possible ou presque. Si l’on en croit ce qu’on lit ici et là, grâce à la précision des questionnaires, la facilité d’utilisation, et l’incroyable puissance d’un algorithme tenu secret, rencontrer l’âme sœur est désormais presque un droit inaliénable pour qui accepte les règles du jeu, remplit bien toutes les petites cases, et s’acquitte d’un montant, variable selon la durée pour laquelle vous souscrivez un abonnement. Qu’on puisse s’abonner un an (un an ! Vous qui pensez régler le problème en deux semaines maxi) et que vous ne connaissiez personne, je dis bien personne, ayant rencontré le Grand Amour sur Internet, déterminée comme vous l’êtes à prouver à ce con qui vient de vous larguer que vous n’avez même pas mal, tout ça, vous vous en foutez à un point… ! C’est comme ça : il y a des gens qu’un optimisme démesuré rend un peu cons, et vous en faites partie.

Hargneuse et combative, il faut bien le dire, vous attaquez par la première phase de l’inscription : le questionnaire.

Vous n’êtes pas juste blonde

Au début, c’est assez drôle, un questionnaire de site de rencontres. C’est drôle parce que c’est facile. Pfffff ! Votre taille, la couleur de vos yeux et la longueur de vos cheveux. Vous maîtrisez l’info sur le bout des doigts, même si vous trouvez que ça manque un peu de nuances parce que vous, vous n’êtes pas juste blonde, vous êtes « blond cendré méché de doré naturel », et vu ce que ça vous coûte tous les mois pour le rester, vous trouvez ça un peu dommage de ne pas pouvoir l’évoquer. Idem pour la coiffure : c’est forcément un mec qui a conçu la chose, parce qu’une femme, elle, ne se serait JAMAIS contentée de demander si vos cheveux sont mi-longs, si en vérité, ils sont en carré effilé spécialement conçu pour obtenir un effet dit « coiffé-décoiffé ». Mais bon : ce ne sont que détails, et vous n’allez pas commencer à râler à peine arrivée à la troisième question quand même ! Après tout, si ça vous amuse, vous pourrez toujours donner un cours de coiffure accéléré à l’homme de votre vie, celui que vous allez rencontrer dès que vous aurez finalisé votre inscription.

A la question numéro 6, ce manque flagrant de précision vous agace quand même sérieusement. C’est que la question numéro 6 concerne votre silhouette. Or l’Humain en général et la Femme en particulier à tendance à ne pas se percevoir tel/le qu’il/elle est vraiment. En plus vous vous êtes à la fois sportive et ronde, enfin mince avec des rondeurs, et même si vous, vous vous percevez comme une femme « féminine », vous n’êtes pas tout à fait sûre que ce critère soit défini de la même manière par ceux qui vont lire votre profil. Si ça inclut le port quotidien de talons aiguilles par exemple, il y en a qui vont être déçus. Hélas ! Aucune sous-case ne vous permet de fournir des explications et autres précisions de définitions, de sorte que vous commencez à douter de l’efficacité des algorithmes si déjà, les paradigmes sont faussés.

Vous n’êtes pas encore à la fin du premier questionnaire que déjà, vous les lui brisez menues, au Cupidon numérique, à râler comme ça.

On peut aimer la viande mais manger du tofu !

Et on ne peut pas dire que ça s’arrange quand le Gémeaux ascendant Scorpion que vous êtes doit tenter de faire rentrer tous ses charmants et soi-disant ingérables paradoxes dans des cases qui conviennent toutes… tout comme leur contraire, aussi. Parce que, oui : on peut être aussi bien « plutôt cérébrale » que parfaitement hystérique (ce qui n’est pas dans la liste, ceci-dit) peut-être pas au même moment mais dans le même corps : si. De même qu’on peut aimer la viande mais manger du tofu, adorer le ciné d’auteurs nébuleux autant que les blockbusters américains, être à la fois extrêmement timide et incroyablement bavarde (c’est même psychologiquement explicable) s’éclater à danser mais seulement seule chez soi, aimer les enfants mais ne pas en avoir… Or là, il faut choisir entre « ça me correspond » ou « ça ne me correspond pas », l’option « ça dépend des jours » n’existe même pas. C’est clair, c’est pas une nana qui a imaginé ce questionnaire. Une femme aurait forcément pensé à introduire un ratio « hormones x par signe astral / par patrimoine génétique en chieuserie + contenu total des glandes lacrymales ». Mais là, imaginé par un mec, ce questionnaire manque redoutablement de précision.

Vraiment motivée, vous passez un temps considérable à vous triturer les neurones pour vous faire rentrer au mieux dans les cases. A la fois un peu niaise et passablement butée, vous avez décidé d’aborder cette histoire, et les histoires possibles qui en découleront peut-être, en toute franchise et honnêteté. Déjà parce que c’est votre nature, pauvre cloche (c’est d’ailleurs un peu pour ça que vous en êtes là d’ailleurs) et puis si c’est pour mentir aux hommes avant même de les avoir rencontrés, à quoi bon. Vous donnez donc votre âge véritable, et choisissez une photo récente. Y’a pas à dire : malgré une certaine expérience de la vie, vous êtes décidément d’une candeur sans nom.

Mais bon : après tout, c’est votre première mise en ligne, on vous pardonne.

Une autre heure de concentration extrême, et votre auto-portrait, deuxième partie de l’inscription, est prêt.

Décrivez-vous en quelques mots

Je ne crois pas trop aux portraits 🙂 Les mots, c’est comme les photos, on peut mentir facilement, avec. Mais je veux bien faire un effort. Je suis terriblement indépendante, redoutablement franche, et naturellement fidèle quand je suis bien avec quelqu’un. Je déteste me prendre la tête pour des futilités. Je ris beaucoup, j’adore faire des desserts, je suis à la fois sociable et solitaire, bavarde et à l’écoute. J’aime faire plaisir.
J’ai envie d’une relation vivante, dans laquelle chacun respecte
l’autonomie de l’autre. Avec un homme bien dans sa tête, patient et faisant preuve d’une bonne dose d’humour !
Dépressifs s’abstenir, je ne suis pas thérapeute !

Décrivez vos loisirs: que faites-vous de vos soirées, de vos week-ends ?

A vrai dire ça dépend. Je prévoie rarement à l’avance. C’est varié et spontané. Je n’ai pas de télé en tout cas!

Quelles sont les vacances que vous préférez ?

Là aussi, ça dépend. Je peux rester des heures à lézarder sur une plage avec un livre ou partir à la découverte d’un pays. Je suis curieuse de tout.

Si vous ne deviez garder qu’un seul objet avec vous, lequel serait-ce?

Les clés de chez moi.

Quel est le livre qui vous a le plus touché(e) ? Pourquoi ?

Voilà bien une question à laquelle il est impossible de répondre!

Décrivez votre profession : que faites-vous ? Êtes-vous votre propre patron ? Quels sont vos horaires de travail ?

Je suis journaliste et auteur. Écrire est ce que j’ai toujours voulu faire.

Comme votre ego n’a pas encore été entaché par votre récente séparation – après tout, s’il vous a larguée, c’est parce qu’il est con et pas parce que vous êtes chiante – vous relisez votre auto-portrait avec une auto-satisfaction non dissimulée. Nan mais c’est dingue d’être aussi spirituelle quand même !

Par un souci du détail qui vous honore (même s’il fait le désespoir de tous vos amis), vous notez aussi que vous recherchez « un homme qui mange de tout ». Faut dire que les gens qui chipotent dans leur assiette vous coupent l’appétit.

Deuxième questionnaire : on vous demande de répondre aux questions concernant les hommes que vous aimeriez rencontrer. Autant le dire tout de suite : l’option Prince n’est pas dans les cases. Comme dit votre copine Alex, celui-là, on ne le trouve qu’au rayon biscuits. Du coup, vous décidez de faire sobre, pour laisser le plus de chances possible à un large éventail de mâles virils et sensuels qui bientôt se bousculeront sur votre écran. Faut dire aussi que votre seul vrai fantasme, c’est la taille. Mais non andouille ! Pas celle-là ! Disons que vous, vous n’êtes pas sortie avec un homme plus grand que vous depuis… une éternité ! Alors le « à partir de 180 cm » est un peu votre étalon de base. Pour le reste, vous vous en foutez un peu. Non fumeur et sportif, ce serait bien, plutôt brun aux yeux bruns (jamais flashé sur des blonds, c’est comme ça) et une fourchette d’âge. Vous venez d’avoir 48 ans, de 44 à 52 ans paraît tout à fait raisonnable. Mais sinon…

Pas de radins, pas de racistes

… Sinon, autant vous savez ce que vous ne voulez pas (à savoir des trucs d’une banalité sans nom, pas de radin, ni de raciste, etc etc etc) autant cocher des croix vous donne l’impression d’exclure toute autre possibilité. Et cette idée ne va pas vous lâcher. Il faut dire que si vous aviez tenté de faire rentrer les histoires qui ont compté dans votre vie dans ces toutes petites cases, aucun des hommes avec qui vous avez fait un bout de chemin n’aurait eu la moindre chance. Ce qui eut été quand même rudement dommage, même pour le dernier. Vous, vous avez envie de découvertes, de surprises, d’inattendu… Or chaque case cochée referme une porte. Et paradoxalement, les sites de rencontres laissent planer l’idée que la perfection est au bout du clavier, si tant est qu’on a bien rempli les questionnaires. Sauf que vous, la perfection, non seulement vous n’y croyez pas, mais ça vous ferait presque peur, peut-être parce que quelque part, vous savez que vous ne seriez pas à la hauteur.

Pour finir, vous sortez la CB, payez le montant demandé pour un mois, et attendez que le destin vienne frapper à votre messagerie.

J + 1 : C’est quoi l’problème ?

Au début, vous trouvez ça plutôt divertissant. Voire même excitant, ces messages qui vous disent qu’on a (au choix) regardé votre portrait/flashé votre portrait/ou même écrit à votre portrait. Il y a un petit quelque chose, comme un frémissement annonciateur de jolis petits flirts qui ont l’air de vouloir se mettre en place. Sauf que oui mais non.

Vous commencez à perdre pied parce que de parfaits inconnus ne vous écrivent pas

Parce que s’il est vrai que les hommes peuvent visiter votre « profil » et que beaucoup le font, en réalité, très peu vous écrivent. C’est presque blessant, d’autant que vous avez mis une belle photo de votre bouille souriante. Alors bien sûr, vous, vous faites quoi ? Vous commencez à vous poser des questions. Normal. Et si logique ! Vous, presque quinqua, bien dans votre peau, bien dans votre job, bien dans votre vie d’une manière générale, cette saloperie de célibat mise à part, vous commencez à perdre pied parce que de parfaits inconnus ne vous écrivent pas. Confortablement installée à l’abri de votre écran comme d’autres, en d’autres temps, étaient alanguies sur leur divan, vous vous attendiez à ce que des foules de prétendants viennent se jeter à vos pieds en vous suppliant de leur accorder un regard. Comme quoi les histoires de princesses, ça peut être très néfaste pour le développement du sens des réalités, dans une vie de femme. Surtout quand la princesse en question est entourée d’une somme innommable d’autres princesses planquées derrière leur clavier. Pour les princes, ça devient franchement un vrai taf, de répondre à toutes, et sans se faire jeter en plus! Sérieux : les dragons à côté, c’est de la gnognotte. La mondialisation on vous dit : l’offre, la demande, et la libre concurrence. Vous voilà lâchée sur le marché. Un marché dont les stocks sont pleins.

Vous commencez à douter de tout mais surtout de vous. C’est quoi qui cloche ? Le poids ? Oui, bon, vous pesez 70 kg, mais vous mesurez un mètre 77 et… STOP ! Faux raisonnement ! Ici, tout le monde s’en tape que le muscle pèse plus lourd que le gras. Tout ce que les mecs voient, c’est que vous pesez plus de 50 kg. Ce qui vous rend suspecte aux yeux de 76 % d’entre eux.

Et puis de toute façon c’est peut-être autre chose, mais quoi ? Les visites s’accumulent, les messages, non. Scotchée à votre écran, observant les mouvements sur votre profil, vous savez que tout le monde peut voir que vous êtes connectée, et que personne n’en profite. Vous êtes vraiment vexée.

Oh ! Ça mord ! Un certain Jaqueson79 vient de visiter votre profil. Et n’écrit pas. Bon, il a 65 ans, alors c’est pas très grave. Il est hors limite d’âge, de toute façon. Tout comme Rabbit, 29 ans, à qui vous conseillez vivement d’aller faire un tour sur un autre site, où il aura plus de chance de trouver ce qu’il cherche, à savoir des Milfs qui sortent les menottes et donnent des fessées. Oui, parfaitement, votre premier échange écrit avec un homme sur ce site consiste à expliquer à un gamin où aller se faire fesser.

Vous plaisez surtout aux vignerons dépressifs

L’heure tourne, vous vous faites un jambon-beurre pour surtout ne rien rater. Rapidement, vous êtes en mesure de faire une sorte de statistique : visiblement, vous plaisez surtout aux vignerons dépressifs de plus de 65 ans.

En tout cas vous découvrez le plaisir douteux d’être le « flash » d’une dizaine de messieurs bedonnants à l’air triste, qui ont dépassé de quelques lustres la tranche d’âge indiquée, tous ou presque photographiés sur des canapés aux couleurs de dépression chronique, dans des chemises dont les motifs bigarrés ne parviennent pas à atténuer l’impression de profond désespoir que ces hommes dégagent. Pour ne rien arranger, leur profil ne correspond en rien aux (rares) critères que vous avez pu donner, vous. Visiblement, il y a des hommes qui guettent les nouvelles inscrites, et les « flashent » quoi qu’il arrive. Est-ce que quelqu’un leur a dit que ce n’était PAS un jeu vidéo ? Hey ! Les gars ! L’idée, c’est pas de marquer des points là !

Ceci-dit, alors que vous vous faites un troisième café pour vous calmer, vous êtes à deux doigts de penser que c’est presque mieux quand ils n’écrivent pas. Parce que le moins qu’on puisse dire, c’est que certains ne sont pas allés bien loin dans l’exploration de notre belle langue. Entre la farandole des « lol » et autres « mdr », les conjugaisons pour le moins téméraires, et les fautes d’orthographe (jusqu’à preuve du contraire, « tu baises » ne s’écrit toujours pas avec un z) très peu de mecs sont manifestement capables d’aligner trois phrases cohérentes. Mais elle fait quoi l’école publique bordel ? A moins qu’ils n’écrivent à d’autres ? Oui mais à qui ?! Vous êtes pourtant si ravissante avec votre franchise et votre portrait tiré au photomaton du coin !

Alors que le soir arrive, vous décidez de sortir de votre torpeur observatrice et d’aller voir quelques messieurs. C’est vrai ! Après tout, vous êtes une femme émancipée et autonome, non ? Alors vous n’allez pas rester assise sur votre joli cul à attendre que les hommes viennent vous cueillir. Oui, on sait, c’était un peu l’idée. Sauf que là, perdue dans la grande vase virtuelle, la marguerite, elle va finir par s’effeuiller toute seule si elle continue comme ça.

Je ne suis pas Brad Pitt

Direction les auto-portraits. C’est moche, mais la plupart sont d’un ennui ! On a beau savoir que l’exercice n’est pas simple (se décrire en quelques phrases) on a beau savoir qu’écrire, pour nous, c’est notre gagne-pain donc normal qu’on s’en sorte mieux que d’autres, on ne peut pas s’empêcher d’être déçue. C’est vrai : à l’heure qu’il est, vous vous sentez comme ces gosses qui font des crises de nerfs parce qu’ils n’ont pas trouvé le cadeau qu’ils espéraient sous le sapin. Vous vous envoyez des octets de portraits, pas un ne vous fait le plus petit effet. Même Barnaby discutant avec Derrick vous semble plus spirituel.

Oh ! Une lueur dans votre océan de déception ! Un certain Jean a pondu une tartine. Hélas ! Il a dû redoubler la première année de l’école du rire, c’est pas possible.

Je ne suis pas Brad Pitts (sic) mais de toute façon, il est déjà avec Angelina Jolie, je ne suis pas Superman mais il est toujours occupé à sauver le monde…

C’est qui qui pleurnichait il y deux minutes parce qu’on ne lui écrivait pas ? Et c’est qui qui pleure maintenant parce qu’on lui écrit ? Jamais contente ! Une vraie gonzesse !

Comme ce n’est que le premier jour, votre patience est encore intacte. Vous dites le plus gentiment possible au monsieur que, désolée, mais non. Hélas ! Votre tact et votre délicatesse naturelle n’ont pas l’air d’avoir le même effet ici que dans la vraie vie, et le « ni Pitt ni Superman » le prend très très mal. Comment vous pouvez prétendre ça avant même de l’avoir rencontré? Mais relis-toi ! T’es pas drôle! Pas méchante, vous préférez lui dire que vous attendez le message qui vous fera vibrer, il vous dit que ça n’existe pas. On ne sait pas s’il pensait vous convaincre d’accepter un café avec cet argument, mais étrangement, ça ne marche pas.

Peu avant d’aller vous coucher, seule, vous décidez de faire une dernière tentative en tant que femme libre et autonome : vous prenez une initiative. Vous profitez du fait que pour garder les troupes motivées, le site envoie des portraits de célibataires à découvrir. Vous flashez sur l’un d’eux. Normal : il s’agit d’un mec super mignon, intéressant, un profil à la fois drôle et désabusé, comme un petit air de chieur entre les lignes, bonne taille, bonne tranche d’âge, bref: tout ce que vous aimez ! Un miracle algorithmique ? Vous, de nature plutôt optimisme, vous lui écrivez. Plutôt bien, pensez-vous. Jusqu’au moment où il consulte votre profil et… ne répond même pas! Lui qui a écrit qu’il voulait « un tsunami amoureux », vous êtes à deux doigts de lui dire que vous êtes une une vraie catastrophe naturelle pour le convaincre tellement vous étiez persuadée que c’était jouable ! Finalement, vous laissez tomber l’idée. Et vous allez vous coucher. Seule, donc. Et en larmes.

J + 48 : Alerte « ego en berne »

L’œil rouge et la mine blafarde, vous allumez votre ordi le lendemain en espérant que la nuit aura porté conseil à cet imbécile qui est forcément abonné à ce site lui aussi, et qui n’a juste pas eu encore l’occasion de tomber sur votre portrait. Mais faut croire qu’il a été retenu quelque part.

Une vingtaine de mecs environ vous ont flashée, pas un ne vous attire. Le site promet que « les gens n’attendent que vous », mais ça n’a pas l’air d’être valable pour vous, justement. Vous qui pensiez n’avoir que peu d’exigences. Ça donnerait quoi si en plus, vous aviez d’autres critères que l’âge et la couleur de cheveux ? Et la taille, oui, on sait. Ceci-dit, votre dernier mec faisait deux têtes de moins, ce qui témoigne d’une certaine souplesse, non ?

Quant au choc des photos… Entre celui qui se photographie en maillot devant une paillote, cocktail à la main, celui qui a (mal) retiré son ex de son bras, et tous ceux -nombreux !- qui regardent l’objectif avec l’air de vouloir fondre en larmes… Mais quand on vous dit qu’il faut « changer votre regard » ! Comment ça c’est pas possible ?

Un mec a choisi comme pseudo « Transaction sécurisée »

Euh… y’a un rapport avec les MST ?

Un mec de 72 ans (72 ! A un an près c’est l’âge qu’aurait votre père s’il était encore en vie!) vous a écrit. Il commence son mail par « charmante et délicate femme ». Dix contre un qu’il va rapidement comprendre ce que veut dire votre « je suis redoutablement franche ».

Vous vous surprenez à deux doigts mordre de rage dans le jogging informe qui vient souligner votre féminité. Vaguement, vous sentez quelque chose qui ne vous ressemble pas monter en vous. Une sorte de cruauté, à peine perceptible encore, mais bien réelle. Vous qui êtes la douceur incarnée derrière votre grande gueule, vous avez l’impression que vous êtes en train de muter en bouledogue. Ce dont ne va pas tarder à s’apercevoir cet homme qui s’accroche. Félicitations, votre profil « femme qui écrit » l’attire, or hélas ! Vous ne partagez pas son attirance. Et c’est peu dire. Faut dire qu’en quelques lignes, il réussit à vous donner envie de vous inscrire à l’intégral des retransmissions de curling tellement il vous ennuie. Vous lui dites très gentiment que vous n’êtes pas celle qu’il recherche mais le voilà qui revient à la charge. On pourrait pourtant croire que c’est aussi précis que délicat comme formule pour dire que c’est niet ! Ben non. Faut croire que ce n’est pas assez clair. En tout cas « on » vous explique avec moult grands mots que son intérêt pour l’art, son plaisir de la lecture, son métier de directeur de cabinet qui l’amène à côtoyer des journalistes… Vous baillez. Sans parlez du fait qu’il cherche une femme romantique, alors que vous dites très clairement dans votre profil que vous ne l’êtes pas. Vous vous fendez d’une fin de non-recevoir un peu plus ferme cette fois, et recevez en retour une petite diatribe aussi pathétique que pompeuse. Mais où Diable certains vont-ils chercher un tel ego ?!

Oups ! C’est quoi ça ? Eh oui ! Surpriiiiiise ! Vous voici ce matin dans la Ponte du Jour, une des inventions cocasses du site: tous les jours, six photos d’inscrits sont proposées aux célibataires en recherche. C’est un peu comme le principe des œufs, sauf que là, ce sont direct les poules dans la boite en carton virtuelle. Un nouveau vigneron à la retraite vous a choisie dans sa boite à œufs, vous faites votre première crise d’asthme depuis cinq ans.

Soudain, vous vous découvrez cynique, tandis que vous effectuez un tri sauvage. Vous écartez d’un clic rageur des hommes qui sont certainement des mecs bien. Sauf que vous, vous n’avez pas pris un abonnement pour rencontrer des mecs bien. Vous, vous avez pris un abonnement pour rencontrer la perle rare, l’élu, l’être unique, celui que vous auriez dû rencontrer il y a longtemps déjà, sauf que pour une raison qui doit avoir trait à votre karma, vous l’avez raté. Vous ne savez pas pourquoi, vous n’avez aucune idée de l’endroit où ça coince niveau karmique, mais pour l’instant, vous êtes surtout prise dans une sorte de frénésie malsaine qui veut que ça aille vite parce que, en plus, il est mais alors hors de question que vous signiez pour un deuxième mois. Du coup, vous êtes devenu, en moins de 24 h, quelqu’un que vous n’étiez pas hier encore : quelqu’un qui s’arrête aux apparences.

« On » vous demande de répondre à des questions. « On » va bientôt le regretter. Mais qui Diable vous a dit qu’il fallait être imbuvable pour séduire ? Même les vignerons vont finir par en avoir marre, si vous continuez comme ça ! En condensé, votre portrait en 10 questions donne à peu près ça :

Je n’aime pas : la musique latino, le karaoké, les comédies romantiques, les danseurs de salsa, les réveillons du Nouvel an, les soirées entre couples. Je n’ai pas l’intention de me marier avant mon 70ème anniversaire, je refuse de porter des talons s’il y a des pavés, je n’ai aucune vocation d’infirmière, et des fois, je reste chez moi en pyjama, je regarde des conneries en replay en mangeant des M & M et en buvant du « cava » espagnol. Je parle quatre langues, j’ai niqué mon siphon toute seule comme une grande, je ne demande pas la permission de faire ce que j’ai envie de faire, je claque trop de fric mais c’est le mien. J’ai fait mon testament, laissé des instructions si jamais je devais tomber dans le coma, pris une assurance décès pour que personne n’ait à payer pour m’incinérer. A part ça j’aime aussi beaucoup rire.

Comment ça, personne ne vous recontacte ?

Un homme dit dans son profil qu’il est gentil sans alcool. Ça veut dire quoi ça ?! Que c’est comme une sorte de Gremlin qu’il ne faut pas faire boire après minuit ? Vous en tout cas, minuit ou pas, vous allez vous couchez après une bonne cuite solitaire, en pleine frustration. Visiblement, personne ne veut jouer avec vous.

J + 3 : Princesse (F)Rigide

C’est la première fois de votre vie que vous tentez de lier connaissance avec autrui via l’écran, et déjà vous avez l’impression d’avoir perdu tous vos repères. En plein désespoir, vous en parlez à un ami, et lui envoyez votre portrait pour qu’il vous donne son avis de mec. Qui ne tarde pas à arriver.

– C’est clair que faut pas t’étonner ! s’exclame-t-il.

– Qu’est-ce que j’ai fait encore, soupirez-vous.

– Eh bien disons que c’est la façon dont tu te décris. Terriblement indépendante et redoutablement franche, c’est pas super bandant, comme description.

– Oui mais en même temps, c’est comme ça !

– Je sais ! Mais tu n’es pas obligée de le dire en intro. Garde juste le côté « j’aime faire plaisir », c’est mieux, pour attirer le chaland. Et puis aussi…

– Quoi encore ?

– C’est cette histoire de clés. Dire que tu y es si attachée, ça fait un peu (le prends pas mal hein) un peu psychorigide.

« Psychorigide » ! Vous ! C’est un comble quand même !

Vous ne le prenez pas mal, mais vous lui raccrochez quand même au nez.

Il faut bien le dire, entre votre perception de vous-même et celle que les autres ont manifestement de vous, il semblerait qu’un monde, que dis-je, que des univers tout entiers, des gouffres même, se soient ouverts. Parce que vous, vous savez que vous êtes aussi drôle et tendre, en plus d’être franche et hystérique. Mais eux, visiblement, ce n’est pas ce qu’ils voient. Sauf les hommes qui sont déjà tellement désespérés qu’ils sont prêts à se ruer sur tout, même sur la première psychopathe venue.

Le site essaye de vous fourguer une option encore plus payante, mais vous n’êtes pas encore assez désespérée.

Bref échange avec G qui dit être photographe. Histoire d’amorcer la conversation, vous lui demandez s’il connaît les Rencontres d’Arles, une des grandes manifestations photographiques de la région, il répond « oui », vous balancez que vous appréciez la précision de ses mots, et hop ! Exit G. Pourtant, vous aviez collé un putain de smiley. Mais visiblement, même les Smileys ne peuvent rien contre votre légendaire rigidité. Parce que pas plus tard que le matin, vous vous êtes faite méchamment rembarrer par un mec avec lequel vous aviez tenté une approche humoristique, histoire de casser votre profil d’emmerdeuse féministe. Le monsieur n’a mais alors pas du tout apprécié ! Tiens, G est revenu, il photographie des mariages. Ça vous déprime et pourtant, il a l’air sympa. Vous avez échangé trois messages et déjà vous ne savez plus quoi lui dire.

Un petit questionnaire impromptu proposé par le site vous permet de méditer sur des questions cruciales, telles que : La compagnie d’une Femme est-elle essentielle à l’épanouissement de l’Homme ?

Pour certains, « pratiquer un sport de combat » est une qualité requise, chez une femme.

Certains veulent une « femme qui s’intéresse à ce qu’il font » mais ne disent pas ce qu’ils font.

Vous avez la visite d’un homme qui dit sur son profil être rigoureux dans ce qu’il fait, et quelque part, ça vous fait un peu peur. En même temps, c’est ballot, il est mignon, physiquement. Mais bon, de toute façon, vous êtes trop grande et trop lourde, pour lui.

Vous faites connaissance avec T. Physiquement, vous ne lui plaisez pas. En même temps, on ne peut pas plaire à tout le monde, et vu que sur le site, vous ne plaisez à personne de toutes façons… Pourquoi pas ne pas plaire à T. Vous prendrez quand même un café, le lendemain, et vous apprendrez que pour les hommes, ce n’est pas forcément plus drôle. Entre les femmes qui trichent sur leur âge, celles qui mettent des photos d’il y a 15 ans, celles qui cherchent plus une source de revenus potentiels que le grand amour… T est un mec adorable, mais qui est depuis si longtemps sur le site qu’il ne sait même plus comment s’y prendre pour rencontrer des femmes autrement, dans la vraie vie. Vous concluez un pacte : vous lui présenterez vos copines célibataires, il vous apprendra à faire du kite. Autant le dire tout de suite, dès la première tentative, vous – et vos copines célibataires – constaterez qu’il ne sait plus du tout comment gérer une rencontre hors site.

Un agriculteur maniaque et Poisson

Nouvelle visite: un agriculteur maniaque et Poisson. Lui, c’est clair qu’il cumule. Ah oui : parce que l’astrologie, vous, vous y croyez sans y croire. Enfin, comme toutes les femmes. Du coup, vous ne tenez pas à rencontrer un Poisson, pas plus qu’un Capricorne. Question d’expérience : vos parents sont respectivement Poisson et Capricorne, vous savez ce que ça donne, avec les Gémeaux. Or vous venez de voir UN profil sympa (UN!) mais c’est un Capricorne, et cette façon de sélectionner des gens sur des critères aussi cons commence sérieusement à vous affliger. Aussi bien l’Homme de votre vie ne voudra pas de vous parce que vous êtes Gémeaux.

Vous décidez que la prochaine fois, vous investirez dans un tube de crème anti-celulite. C’est moins cher, et tout aussi inutile que ce site.

Un homme se décrit comme étant « simple et gentil ». Vous n’en feriez qu’une bouchée, le pauvre.

Je suis désolée, mais je ne pense pas être celle que vous recherchez, lui dites-vous gentiment.

Peutêtre que vous vous sousestimer (sic!) répond-il.

Non, vous ne croyez pas, non.

Rien à faire, aujourd’hui, les hommes vous fatiguent…

J + 4 : La tête de Toto

Un « homme de culture » répond au doux pseudo de « Toto »…  Il y a aussi Reloup34, ou encore Mojito30…

Il y a un nombre impressionnant d’homme « gentils et attentionnés »…

Cherche femme sérieuse… Ben voyons, c’est tout vous ça.

Peperoni a l’air sympa mais il n’a que 32 ans…

Vous repensez à votre dernière relation. Si vous aviez lu dans une annonce « homme niveau scolaire bac pro, 1.59 m, jamais sorti de France sauf pour aller en Espagne d’où est originaire sa famille, amateur d’escalade, de développement personnel, d’adrénaline et de vitesse » le tout avec quelques jolies fautes d’orthographe (pas une spécialité andalouse, l’orthographe) vous n’auriez jamais, mais alors jamais répondu. Et vous seriez passée à côté de trois ans d’une jolie histoire. Oui mais là, du coup, on fait quoi, hein ? Vous n’allez tout de même pas répondre à ceux qui ne collent pas du tout avec vos envies ?

Pervez, 48, Paris, est « trop contente de la semaine prochaine d’un coup ». Heu… C’est un code?

Il y a plein d’hommes « qu’on dit » ceci, cela… Vous, on vous dit chieuse et pénible, mais vous n’êtes pas sûre que ça aide, de l’écrire.

Vous allez faire un tour sur les inscrits du jour, et il semble que la tristesse règne dans la France entière. Les Français sont simples, doux, travailleurs, généreux, attentionnés, et seuls. En même temps, peut-être que s’ils étaient plus drôles, ils seraient moins seuls. Mais ce n’est qu’une hypothèse. En attendant, les pseudos n’ont d’égal que les noms des bleds qui existent dans ce pays peuplé de solitude.

Plus ça va, plus vous vivez ce site comme de l’abatage

Il y a une forme de cynisme qui vous débecte profondément, dans la sélection de ceux que vous laissez passer une étape, ou pas. C’est du supermarché des sentiments, et beaucoup de solitudes, mal vécues. Et de l’arnaque, du moins c’est ce que vous vous dites: il faut payer en plus pour avoir accès à d’autres profils qui soi-disant correspondent super bien. Le choix des options en supplément dépasse celui des mecs qui pourraient faire l’affaire. Largement.

Tiens ! Si, celui-là, voyons voir. Il s’exprime super bien. Drôle, de la répartie, un peu provoc. Mais un mytho de première. Y’a pas à dire mais mentir, c’est un métier, et lui, visiblement, il débute sur la scène. Vous allez faire joujou avec son ego pendant trois quatre jours, puis y mettre fin parce que vous ne le sentez pas. Et en plus il ne vous amuse plus. Vous aurez droit à un message haineux et agressif, et à un appel raccroché à trois heures du mat’.

Plus de nouvelles du photographe. En revanche, chat sympa avec un restaurateur qui cherche plutôt du sexe que de l’amour, enfin, si on suppose que les « rencontres sensuelles » c’est pas exactement des soirées opéra. Mais il a l’air sympa, et au point où vous en êtes. Si vous pouviez rentabiliser au moins un minimum… Vous discutez un peu, même de façon que votre grand-mère aurait qualifiée d’osée, et alors que vous ne vous y attendez pas, il vous envoie une photo de son sexe en pleine éjaculation, avec un sens du timing pour le moins bluffant. Ah oui : le même jour, vous recevrez aussi la photo d’un sexe féminin épilé, cadeau de P qui l’avait lui-même reçue de M.

Vous vous désinscrivez du site à J + 6, et tant pis pour votre investissement. C’est comme ça, à 47 ans vous allez devoir vous faire une raison : dans la mesure où vous n’êtes absolument pas adaptée aux nouvelles lois des relations homme-femmes, vous finirez au milieu de toutes ces dames vieillissantes qui portent des chaussures aussi confortables que moches, et se cuitent tous les jours au bar du coin. Seules…

 

Photo de Jasmine Carter provenant de Pexels

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