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Dominique Dolmieu : « Les auteurs ukrainiens sont bienvenus chez nous dans le Larzac »

Installé dans le nord de l’Hérault, L’Espace d’un instant est la principale maison d’édition en France de littérature d’Europe centrale, en particulier ukrainienne. Son directeur Dominique Dolmieu organise ce mardi 8 mars aux 13 Vents, une soirée de soutien à l’Ukraine à travers sa littérature.

 

LOKKO : Les auteurs que vous publiez ont été la cible particulière de la dérive paranoïaque de Poutine. Ils n’ont cessé de dénoncer le régime de la terreur.  

DOMINIQUE DOLMIEU : Le théâtre emblématique de cette lutte, c’est naturellement le Teatr.doc de Moscou qui a remis le théâtre documentaire sur le devant de la scène qui a conquis l’Europe entière, et dont nous avons publié plusieurs textes. Effectivement ses auteurs ont été, sont persécutés en permanence, perquisitionnés, forcés à déménager, etc. Avec la nouvelle loi qui vient de passer, tous ces gens vont terminer en prison s’ils ne se taisent pas.

« Les directeurs du Théâtre.doc, Elena Gremina et Mikhaïl Ougarov, sont décédés en 2018, à cinquante-six ans, à quelques semaines d’intervalle… Dans ces conditions, ça fait toujours un peu louche… »

Nous avons publié deux de leurs textes, « Une heure et dix-huit minutes », qui raconte l’agonie en prison de l’avocat Sergueï Magnitsky, et « Septembre.doc », un verbatim construit immédiatement après le massacre de l’école de Beslan en 2004. Nous venons aussi de publier « Les Voisins » de Sergueï Guindilis : construction de témoignages recueillis suite aux graves violences policières en 2020 en Biélorussie. Comme le raconte Benoît Vitkine dans la préface, il a fallu s’y reprendre à plusieurs fois pour arriver à terminer la première du spectacle. Au Teatr.doc, la police est intervenue en demandant l’évacuation, pour cause d’alerte à la bombe. Et le public a éclaté de rire ! Ça dit tout. Et puis tous les auteurs ne sont pas à Moscou, notamment le tchétchène Moussa Akhmadov, qui raconte la déportation de l’ensemble des peuples musulmans du Caucase nord et de Crimée par Staline, ou le balkar Mouradine Olmez, qui détaille le procès qui ne s’est jamais tenu pour juger les crimes de l’Union soviétique, en mélangeant les témoignages réels des survivants avec des échanges au sein d’un tribunal imaginaire (Dominique Delmieu, en photo, ci-dessous).

 

Depuis sa « révolution orange » de 2004, la démocratie ukrainienne est devenue le repoussoir absolu du Kremlin. Ses évolutions sont vécues comme une menace existentielle. N’est-ce pas à cette indépendance, de vue, d’esprit, de comportement, que Poutine entend aujourd’hui mettre fin par la force ?

C’est clair. Il y a une frustration qui n’est pas digérée, dont les origines remontent effectivement à loin. Mais si j’ai bien tout compris, si on suivait son raisonnement, ce serait plutôt l’Ukraine qui devrait appartenir à la Russie, et non l’inverse. Le locataire du Kremlin est un produit de l’URSS, il voudrait faire oublier l’Holomodor, cette terrible famine génocidaire qui a fait des millions de morts en Ukraine dans les années 30. On peut bien critiquer l’OTAN, mais il s’agit tout de même de l’exercice de la démocratie et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. On voit bien que l’émergence d’une opposition en Russie comme en Biélorussie, est impossible, tous les candidats sont assassinés, emprisonnés ou forcés à l’exil.

« La prise de conscience des Européens aidera peut-être à sauver l’Ukraine, empêchera peut-être le nouveau tsar d’aller jusqu’à Berlin ».

Le voilà qui voudrait faire passer l’Ukraine pour un pays nazi. Là aussi, pour faire oublier le pacte germano-soviétique de 1939 ? La comparaison est plus intéressante avec la guerre du Kosovo. Que se passerait-il si les évènements des années 90 se déroulaient aujourd’hui ? Tout ce qui se passe en Russie, jusqu’à la récente liquidation de Memorial, est en œuvre depuis des années, mais ça ne gênait pas le bizness. Et quant à la troisième guerre mondiale, je ne suis pas certain que cela dépende principalement de nous. Je rappelle quand même qu’il n’y a pas si longtemps, la Turquie -membre de l’OTAN- a dézingué un Mig russe au-dessus de la Syrie et que tout est rentré dans l’ordre autour d’une bonne tasse de thé…

 

Depuis les années 90, vous publiez et mettez en scène en France les principaux auteurs dramatiques contemporains d’Europe centrale, ukrainiens, tatars, russes, biélorusses, Caucasiens, arméniens, etc. Vous êtes pour ainsi dire leur porte-voix. Depuis l’invasion de l’Ukraine quel message avez-vous adressé aux auteurs ukrainiens ?

Nous leur avons bien sûr immédiatement envoyé un message pour leur dire qu’ils étaient les bienvenus chez nous, sur le Larzac, où nous sommes installés depuis 2017 (ci-dessus). Je me réjouis de constater que beaucoup d’entre nous sont sensibilisés et sont super-actifs, ça fait chaud au cœur. On essaie aussi de leur prendre le moins de temps possible, car bien sûr ils ont beaucoup de problèmes très concrets et immédiats à régler. Le gouvernement ukrainien a interdit la sortie du territoire des hommes de 18 à 60 ans, il ne peut pas être simple pour les femmes de simplement partir. Beaucoup d’entre elles sont encore sur place et ne veulent abandonner ni leurs proches, ni la résistance.

 

La guerre, hélas, nous fait prendre conscience de l’importance du combat que vous menez depuis des années pour les faire entendre.

Oui, c’est souvent du militantisme, mais je ne le regrette pas, et nous allons continuer à le faire. Continuer à leur donner la parole, à faire la promotion de ce qu’ils ont à nous dire, à publier leurs écrits. C’est encore plus vital en période de guerre. Mais effectivement, ce n’est pas facile tous les jours. Après la guerre de Bosnie, nous avons publié deux auteurs de Sarajevo. A l’époque de la guerre, des dizaines de metteurs en scène, dramaturges, comédiens se sont rendus là-bas, un grand nombre de pièces ont été écrites et jouées en France sur ce conflit. Mais -sauf erreur de ma part- aucune production d’une pièce bosniaque n’a jamais vu le jour dans l’espace francophone, malgré des lectures dans bien des endroits prestigieux. Comme si les bosniaques eux-mêmes n’étaient pas les premiers capables de raconter ce qui leur arrivait. Ça restait plus exotique que ce que nous en disait les Australiens.

Dans toute cette partie de l’Europe, c’est quasiment toujours la même chose : à chaque première d’une pièce de tel ou tel pays en France, ce sont des membres de la diaspora qui signent la production. S’agissant de l’Ukraine actuellement, celui qui travaille le plus sur les écritures ukrainiennes, c’est Clément Peretjatko (ci-dessus), un metteur en scène et marionnettiste lyonnais. Il était justement en train de faire la création à Kyïv de « Maïdan Inferno », un texte de Neda Nejdana (sa couverture ci-dessous), l’incontournable ambassadrice du théâtre ukrainien -texte lui aussi publié chez nous. Il a dû rentrer en catastrophe juste avant le début de l’extension du conflit.

Il y a un texte remarquable du macédonien Goran Stefanovski sur cette question « Quand étions-nous sexy ? » que nous publions cet été, et une phrase célèbre du grand écrivain yougoslave Danilo Kiš : « Tout ce qui se passe ici, dans la culture, en politique, en littérature, c’est mon monde, une partie du moi, c’est ma culture. Je connais tous les noms de la culture française. Je vis avec eux, je leur parle, ils me répondent. Mais eux ne vivent pas avec moi. Entre nous, aucune référence n’est possible à ma culture, à ses grands thèmes. Leurs thèmes sont les miens, mes thèmes ne sont jamais les leurs. »

La semaine dernière, j’essayais de faire la promotion, dans un groupe montpelliérain sur un réseau social, de notre avant-dernière parution, un texte d’un auteur afghan. D’abord on m’a dit : « ça va pas être possible, c’est un livre, c’est pas du théâtre ». Alors j’ai expliqué que, en fait, il y avait une pièce de théâtre, à l’intérieur… J’avoue avoir manqué de forces pour expliquer que cet auteur avait risqué sa vie bien des fois pour pratiquer le même art que lui. Enfin non, pas le même. Parfois je me disais, « Domi, t’as vraiment un sale caractère, tu ferais mieux de lâcher l’affaire ».

J’ai fait un bout de chemin avec un acteur célèbre, originaire des Balkans qui faisait des gros cachets et avait donc table ouverte un peu partout, et m’a raconté : comment, à la première phrase : « Machin, j’ai un projet à te proposer », le visage du directeur s’illuminait et puis à la deuxième :

C’est un texte d’un auteur des Balkans qui…” . Et là, c’était terminé, on l’avait perdu, fin de l’entretien.

Dans la magnifique pièce « Saleté », du hongrois Béla Pintér, le personnage qui représente l’abruti de service est un producteur de théâtre français. Alors, pas de confiture pour les cochons.

 

Si je vous comprends bien, c’est à une croisade éditoriale que vous vous livrez depuis plus de 30 ans, un peu seuls contre tous ?

Oui, on peut dire ça comme ça -malheureusement. J’ai commencé en 1989, l’année de la chute du Mur. J’étais un peu jeune, j’ai découvert qu’il y avait un mur, et puis j’ai dû prendre une brique sur la tête, et j’ai eu envie de voir ce qu’il y avait derrière. J’ai compris plus tard que cette brique, c’étaient les œuvres saisissantes du peintre balkanique Omër Kaleshi, un artiste absolument extraordinaire, un grand maître à mes yeux. Je suis parti en Albanie où j’ai rencontré, entre autres, un jeune peintre du nom de Edi Rama, aujourd’hui Premier ministre. Il m’a envoyé vers un auteur de légende, Kasëm Trebeshina, vingt ans de prison sous les communistes et sous les fascistes au compteur, et dont j’ai monté un texte en 1991.

« C’était la première fois qu’une pièce albanaise était traduite et montée en Français, et j’étais quand même un peu surpris d’avoir fait ça, presque par hasard ».

Ensuite j’ai découvert qu’un bon nombre de langues d’Europe n’avait simplement aucune œuvre au répertoire du théâtre francophone, alors j’ai continué dans cette direction. Au départ, je suis allé voir des éditeurs, sans grand succès. Les rares éditeurs qui acceptaient de publier ces textes, estimaient qu’ils leur faisaient déjà un cadeau en les faisant connaître au pays des lumières, et enchaînait : « Vous ne voulez pas non plus qu’on leur fasse un contrat et qu’on leur paie des droits d’auteur ? » Et dans les théâtres, c’était la même chose : « ça n’ira pas pour mon public ». C’est cet accueil qui a motivé notre envie de lancer les éditions l’Espace d’un instant et ouvrir un théâtre à la Maison d’Europe et d’Orient à Paris. Nous voulions pouvoir travailler avec eux sur des bases équitables, et les remercier d’enrichir le répertoire du théâtre français. Et c’est ainsi que nous avons arpenté bien des cultures d’Europe orientale depuis la fin des années 90, avec une attention particulière pour celles qu’on essaye de faire disparaître au gré des guerres européennes qui n’ont quasiment pas cessé, -n’en déplaise à certains- depuis 1945. Depuis quelques années, nos activités se développent aussi vers le nord-ouest, par exemple avec la première publication d’un dramaturge contemporain islandais, Tyrfingur Tyrfingsson et vers le sud-est de la Méditerranée, avec l’israélien Gilad Evron ou la syrienne Wadiaa Ferzly, qui était au festival Arabesques à Montpellier, en septembre dernier. Il nous arrive aussi -à titre exceptionnel mais régulier- de publier des auteurs français. Ainsi le projet de la montpelliéraine Sarah Fourage, sur les descendants de harkis de Lodève, nous a immédiatement convaincu.

 

L’Espace d’un instant, votre maison d’édition, va fêter ses 20 ans cette année avec à son actif, plus de 300 textes de 250 auteurs (ci-dessus, son “théâtre dans la forêt” à Partlages). Racontez-nous cette épopée.   

En 2002, c’était avec « Les Taches sombres » du dissident albanais Minush Jero, que nous nous jetions dans l’aventure éditoriale. « Une œuvre significative et symbolique, qui dénonce la façon dont les régimes totalitaires en arrivent à tuer l’art, briser les artistes, asphyxier l’esprit moderne et novateur, et faire silence sur la vérité », en disait l’écrivain, journaliste et diplomate albanais Luan Rama dans sa préface. Nous en avions entendu parler dans… « Marie-Claire » (!) à l’occasion d’un numéro spécial sur l’Albanie. Ce qui est très significatif aussi.

« Depuis, nous avons passé deux décennies en compagnie des auteurs les plus turbulents de leur communauté, des grands maîtres de la dramaturgie européenne contemporaine, sans oublier les grands classiques ».

La quasi-totalité des textes que nous publions proviennent du réseau Eurodram, le plus important réseau de traduction en Europe, qui rassemble 300 professionnels du théâtre dans une trentaine de langues, et fait circuler plusieurs centaines de textes dramatiques chaque année. C’est comme ça que j’ai décidé de publier les « Exercices pour genoux solides » du grec Andréas Flourakis, simplement en constatant qu’il était déjà traduit et joué un peu partout et la Comédie-Française devait être de notre avis, puisqu’elle en a organisé une lecture.

 

La Maison d’Europe et d’Orient a collaboré entre autres, avec Danielle Mitterrand. Mais votre engagement et le théâtre que vous défendez reste en sursis ?

Oui. A Paris, nous disposions de notre propre théâtre, d’un centre culturel, d’une librairie, d’une galerie, où nous avons pu produire toutes ces pièces exotiques grâce à un vrai soutien de la Ville de Paris et de la région Île de France, qui nous finançait à une hauteur qui permettait une dizaine de permanents. Mais à l’arrivée de Valérie Pécresse à la tête de la région, tout s’est arrêté et nous avons dû déménager. Parlatges, ce hameau, la maison, le petit théâtre de poche que nous y avons reconstitué, ont été un coup de cœur. J’ai grandi dans la région, j’ai pu y renouer des liens.

Nous avons créé à Parlatges la Maison d’Europe et d’Occitanie, présidée par Jean Claude Fall, l’ancien directeur du théâtre des 13 Vents à Montpellier, afin de reprendre toutes les activités parisiennes en province et même les étendre.

« Pour l’instant, cependant, les soutiens locaux nécessaires, de la Communautés de communes, du département, de la région, ne sont pas au rendez-vous ».

On me demande de déménager l’ensemble de mon activité ici, de renoncer à toutes autres subventions extérieures avant même d’examiner mon projet. J’ai parfois l’impression que l’histoire se répète et d’être pris pour un abruti…

Pourtant, il y a un vrai potentiel. Le CDN, les 13 Vents, la Baignoire, des personnalités à l’université Paul Valéry font déjà un travail magnifique pour faire connaître et diffuser les écrits contemporains, ceux également de la Méditerranée. Par exemple, nous avons essayé d’organiser ensemble des lectures de dramaturges albanais et géorgiens, car ce sont les plus grosses communautés étrangères à Montpellier (si on met à part les plus anciennes, arabes et kabyles…) Sauf qu’il n’y avait personne. Sans doute par manque de communication. Nous disposons d’un budget annuel de 20 000€, et avec moins de 1000€ de rentrées par mois, c’est difficile pour nous de faire plus. Mais il y a aussi un manque de curiosité de la part du public qui est regrettable.

 

Quels seraient vos conseils de lecture ukrainiens pour mieux comprendre et soutenir ce pays en lutte pour sa survie ?

J’ai publié une anthologie des écritures théâtrales d’ukrainienne contemporaines « de Tchernobyl à la Crimée » qui contient la seule œuvre traduite du « Tatare de Crimée », un très beau texte, assez court, très délicat, que je recommande vivement. 

« Incontournable pour comprendre l’Ukraine d’aujourd’hui,  L’hymne à la jeunesse révolutionnaire de Serhiy Jadan, poète, essayiste, écrivain culte dans son pays : il est l’un des piliers de la littérature ukrainienne post-soviétique ».

Il y a aussi le magnifique texte de Neda Nejdana, écrit au printemps 2014, alors qu’elle était en résidence chez nous et que se déroulaient les évènements en Ukraine. La pièce met en scène des étudiants, un musicien, une journaliste, une infirmière, un prêtre qui participent aux actions de protestations contre les crimes du gouvernement alors en place, mais aussi ce qui se passe sur les réseaux sociaux…  On est dedans et dehors. « Maïdan Inferno » a été la première œuvre dramatique traduite de l’ukrainien à entrer au répertoire du théâtre francophone.

Pour finir, peut être avez-vous vu le film, « Bad Roads », sorti l’an dernier et sélectionné pour l’Oscar du meilleur film international, qui raconte les évènements du Dombass ? Il est tiré de « Mauvaises routes » de Natalka Vorojbyt dont la traduction sortira prochainement chez nous également.

 

 
 
La littérature ukrainienne

Soirée de lecture, le mardi 8 mars à 19h aux 13 Vents/CDN de Montpellier, organisée par les éditions l’Espace d’un instant. Présentation de la littérature dramatique ukrainienne contemporaine avec la lecture d’extraits de textes de Pavlo Arie (Lviv), Rinat Bektashev (Simferopol), Serhiy Jadan (Kharkiv), Neda Nejdana et Natalka Vorojbyt (Kyïv), entretien (via zoom, sous réserve) avec des auteurs en Ukraine avec la participation de la Troupe Associée des 13 Vents, de la Cie des Nageurs de nuit…

La soirée sera suivie d’un point d’information sur les autres actions de solidarité auxquelles il est possible de participer.

L’event sur Facebook, ici

 

Les photos de haut en bas : Dominique Dolmieu / la maison d’édition / Clément Peretjatko, metteur en scène de référence du théâtre ukrainien / la couverture du livre de Neda Nejdana, « Maïden Inferno », première œuvre dramatique ukrainienne traduite en français  /  le “théâtre dans la forêt” / Serhiy Jadan, auteur de « L’hymne à la jeunesse révolutionnaire », un des piliers de la littérature ukrainienne post-soviétique / Bad Roads », le film sur le Dombass de Natalka Vorojbyt tiré de son livre.

 

Le site de la maison d’édition L’espace d’un instant, co-production de Culture Partlages basée à Saint-Pierre de la Fage dans le Lodévois et de la Maison d’Europe et d’Orient à Paris, ici

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