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La contraception masculine enfin bandante !

Un livre qu’on recommande “Contraceptés, une enquête sur le dernier tabou”, un podcast montpelliérain qu’on adore “Porte tes couilles” : ça bouge dans la contraception masculine et c’est tant mieux !

Oui, c’est vrai : ce soir-là on parlait de contraception à la librairie le Grain de Mots, et comme souvent avec cette thématique, il y avait dans le public plus de femmes que de mecs. Sauf qu’on parlait contraception masculine, et qu’il y avait pas mal d’hommes, quand même. 

Contemporaine assemblée, jeune, tout comme le sont les auteurs de Contraceptés – Une enquête sur le dernier tabou”. À travers cette BD autobiographico-scientifique, Guillaume Daudin et Stéphane Jourdain se penchent sur notre relation à la contraception, et c’est jouissif, si l’on peut dire. Journalistes respectivement à l’AFP et France Inter, les auteurs racontent l’histoire d’un homme qui réalise qu’en fait, il ignore complètement comment sa compagne gère le sujet. Troublante ignorance, point de départ d’une enquête menée avec brio par les deux auteurs, pour un résultat qui n’est pas sans rappeler les œuvres génialissimes de Liv Strömquist, mélange de culture, de science et d’humour. 

Le Godot de la Testicule 

En ce qui concerne la contraception masculine, on serait tentés de parler de “non relation”. En fait, dans notre société, la contraception masculine, c’est un peu l’Arlésienne ou plutôt, l’Arlésien de la verge, le Godot de la testicule, l’éternelle anticipation d’un événement maintes fois annoncé, mais jamais arrivé. Pourtant, les années 70, déjà, voyaient l’avènement de ces hommes prêts à participer à l’effort contraceptif. Mais de capotes en vasectomie, de slip chauffant en piqures de testostérones, ils ont fini par lâcher l’affaire. Les femmes, elles, n’avaient pas ce choix.  

Ce soir-là, au Grain de Mots, Gersende Marseau, spécialiste de la contraception masculine au Planning familial de Montpellier, est, elle aussi, présente. On lui doit notamment le génial “Porte tes couilles” (ci-dessous) série de podcasts sur la contraception masculine. Elle confirme : depuis plus de 40 ans, on promet régulièrement que c’est pour bientôt, la pilule pour les hommes. Sauf qu’entre-temps, les effets secondaires des contraceptions féminines ont fait des dégâts, parfois mortels, les paternités non désirées ont continué, et la société a continué de faire porter aux femmes toute la charge de la protection contre les grossesses non voulues. L’histoire ou plutôt les histoires des tentatives scientifiques avortées sont racontées dans le livre, et c’est passionnant. Passionnant car elles en disent long, aussi, sur notre rapport à la procréation, tout comme sur la répartition des rôles et des responsabilités dans les couples. 

Illustré par Caroline Lee qui réussit le tour de force d’être précise sans être vulgaire, cet ouvrage devrait même être utilisé en cours de SVT. On y trouve d’ailleurs des sortes de planches thématiques parfaitement adaptées, et -osons le dire – qui donnent envie. On y apprend même que de nos jours, l’anneau reste le moyen le plus efficace tout en étant pas trop contraignant.

Bon, c’est vrai, en sortant, y’en a un que j’ai entendu murmurer à sa compagne : 

“Je suis drôlement content que tu sois ménopausée, en vrai !”

Pour les autres, “Contraceptés” peut changer leur(s) rapport(s) au sein du couple. 

Et la virilité dans tout ça ?

Hasard du calendrier ou coïncidence karmique, toujours est-il que la veille, à la Brasserie le Dôme, avait eu lieu un Bar des Sciences autour du passionnant sujet : “Qu’est-ce que la virilité ?”. Autant le dire tout de suite, ce soir-là, personne n’est ressorti avec une définition de ce concept clé en main. Ce qui donne raison à Maxime Potard, artiste-auteur qui racontait la genèse de son questionnement. Ado, disait-il, on lui “reprochait” ainsi son manque de virilité : “sans pouvoir me montrer ce que c’était concrètement, autour de moi.”

L’endocrinologue Françoise Paris a bien pu apporter des réponses éclairantes sur l’aspect hormonal de la “virilité”, et Marion Polge, maître de conférences à Montpellier Management, avait beaucoup de choses à raconter sur les rapports hommes/femmes en entreprise. Mais on ne sait toujours pas ce que c’est, “être viril”.

Une nouvelle génération d’hommes

Ce que l’on voit en revanche, après ces deux soirées axées testostérones, c’est que la nouvelle génération d’hommes existe. Et qu’elle s’interroge, se prend en charge, et place hommes et femmes sur un pied d’égalité, jusque dans ce domaine si intime de la contraception. En tout cas l’homme nouveau essaye. Viril ou pas selon les critères plus ou moins stéréotypés, on s’en moque, en tout cas il est là. Il est dans ces mecs qui s’assument, parlent ouvertement de leurs doutes, n’ont peur de rien et surtout pas du ridicule (on pense avec un certain effroi aux premières tentatives de slips chauffants). Et c’est franchement une bonne nouvelle. 

C’est vrai, il reste encore du chemin à faire, et les hommes contraceptés sont encore rares, en France. D’après les chiffres du Planning Familial, sur 21 000 consultations sur la contraception en France, 200 environ s’intéressent à la variante masculine. C’est encore peu, mais trois fois plus qu’en 2018. Et de plus en plus d’hommes entre 18 et 30 ans en parlent. 

C’est un début, et en attendant que ça s’accélère, ben, il reste les capotes…

 

Contraceptés”, par Guillaume Daudin, Stéphane Jourdain et Caroline Lee (illustrations). Editions Steinkis, 2021

Plus d’infos : 

Collectif pour tous ceux qui souhaiteraient contracepter : contraception-testiculaire@lebib.org

Planning familial, ici.

Le podcast Porte tes couilles, ici

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