RANOK : un front photographique ukrainien

Les montpelliéraines Sonia Gaspard et Clara Malet ont fondé le collectif socl:e à Kiev où elles produisaient des expositions sur la photographie ukrainienne contemporaine. Le 11 mai au Bar à photo dans le cadre des Boutographies, le 13 au Discopathe et le 20 à la halle Tropisme, elles organisent des performances et DJ-sets, une vente caritative de posters, et une dégustation de mets traditionnels, en soutien à l’Ukraine sous le titre de RANOK.

La sororité de Sonia Gaspard et Clara Malet est troublante. Complicité et tendresse profonde, l’une finit la phrase commencée par l’autre. Elles sont amies depuis le lycée Joffre, puis se sont suivies à Paris, Sonia étudiante à la Sorbonne pour un master de conception de projets culturels, Clara à l’école du Louvre. C’est Sonia, la première qui est tombée amoureuse de l’Ukraine, après avoir vécu en Russie – elle travaillait à l’Institut français de Saint-Pétersbourg. Attirée par “la vivacité de la scène artistique” de Kiev, elle s’y installe, s’y marie. Clara la rejoint ensuite et tombe sous le charme de “la fraîcheur, de l’enthousiasme” du monde artistique.

C’est passionnant de les entendre parler de l’Ukraine, de la différence abyssale avec la mentalité russe, des “récits familiaux tragiques”, de “l’impasse identitaire et historique” d’un pays russe par la force. Des copains là-bas à qui elles envoient de l’argent par Western Union ou Paypal, avec lequel il s’achètent des gilets pare-balles. De leur inquiétude, au plus fort des bombardements à Kiev, quand tel ou tel ami n’avait rien posté depuis plusieurs jours. Elles ont lu la correspondance entre Mathilde Monnier et Viktor Ruban dans LOKKO, qui, lui, connaît très bien “Metaculture”, le lieu, dans le quartier de Podil, où elles ont organisé des expositions de photos pour ce public grouillant d’amateurs d’art qu’on trouve à Kiev d’une friche industrielle à une autre. Sans les avoir croisées.

Pour ces événements artistiques, elles ont ce mot-drapeau : “UGLY” qui veut dire “moche”. “Il nous a semblé que la photo ukrainienne relevait d’un genre un peu trash, proche de l’esthétique des années 90, en rupture avec des formes plus lisses. On aime mélanger les genres, de la photo de pub à la pure photo créative, sans abuser du jargon curatorial”, explique Clara qui fait des allers-retours entre Kiev et Paris. “L’uglification, c’est une tendance actuelle que nous avons remarquée chez les artistes, tant en France qu’en Ukraine, allant intentionnellement à l’encontre du bon goût afin de questionner les paradoxes de notre époque”, complète Sonia. En appoint de ces expos sont organisées des “défilés d’artistes laids”.

Sonia, depuis, a fui l’Ukraine avec son mari. Non sans angoisse. Elle raconte l’interrogatoire d’un officiel du FSB à la frontière. Elles se sont retrouvées à Montpellier où elles sont désormais les agents des artistes rencontrés à Kiev, certains étant accueillis aux Rencontres de la photographies à Arles. Un important mécène de Montpellier a récemment hébergé des artistes de leur connaissance. Malgré “le front artistique ukrainien” évoqué par le président Zelensky, beaucoup sont tentés de quitter le pays.

C’est depuis la France qu’elles organisent aujourd’hui une exposition et une vente caritative de 150 posters au bénéfice direct de leurs réseaux ukrainiens par le biais de leur association socl:e, lancée en 2018 à Kiev. Cette série d’événements s’apelle RANOK en souvenir “de ce petit matin du 24 février, à 5 heures, où la guerre a commencé, mais RANOK signifie aussi le renouveau de l’art ukrainien, c’est notre horizon et notre espoir quand la guerre sera finie”.

En savoir + : RANOK | socl:e (soclecollectif.com)

Une reproduction des photos dans cet article feront partie de la vente caritative, crédits Julie Poly (1) et Pavlo.Borshchen (2,3). Portrait à la UNE : Justine Colin. 

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