“House of the Dragon” sur les traces du phénoménal “Game of Thrones”

Trois ans après la fin de l’épopée “Game of Thrones”, HBO nous replonge dans la mythologie de l’écrivain américain de Fantasy George R.R. Martin : “House of the Dragon”. Alors que l’épisode 4 sort aujourd’hui (*), l’épisode précédent a pulvérisé les records d’audience en installant devant leur poste 16 millions de téléspectateurs dans le monde.

Trois ans plus tard, HBO remet le couvert

L’épisode final de “Game of Thrones” s’était fini en apothéose avec 19,3 millions de spectateurs, marquant ainsi la fin de la série heroic-fantasy tant décriée sur sa dernière saison. Et pour cause, George R. R. Martin, auteur de la saga dont est tirée la série, fut frappé par une panne d’inspiration qui l’empêcha de conclure son récit depuis 2012. Privés de la matière grise du romancier, les showrunners ont fait cavalier seul pour conclure leurs multiples arcs narratifs, souvent dans la précipitation, rarement dans la finesse. Il s’agissait donc de se racheter.

Trois ans plus tard, HBO, la filiale du groupe Warner Bros Discovery et devenue entre-temps une plateforme de streaming connue sous le nom de HBO Max, a jugé plus prudent de se tourner vers le passé, soit 200 ans avant les événements de la série originale. Et pour développer son nouveau propos, la production s’est appuyée sur une partie du roman “Feu & Sang” de son auteur fétiche sorti en 2018 : la chute progressive de la maison Targaryen, gangrénée par les complots. Cette série de querelles mènera au point culminant de la série : la célèbre Danse des Dragons, guerre pour la succession au Trône de Fer. Les enjeux sont de taille pour HBO : parvenir à renouer avec la puissance spectaculaire et tragique de son aïeule, tout en s’en émancipant suffisamment pour développer son propre propos. 

Des dragons à 200 millions 

Sur le papier, le pitch est vendeur, et donne envie. Il tend la main aux fans de l’univers, et les ramène en terrain conquis, puisqu’il redonne vie aux ancêtres de Daenerys Targaryen, dernière de sa lignée, et héroïne de “Game of Thrones”. Et puisque l’on parle des Targaryens, on pense évidemment aux dragons, montures qui mettent le royaume à feu et à sang, et symboles d’effets visuels de haute volée. Ryan J. Condal, showrunner de la série, n’a pas caché ses ambitions : il y aura 17 dragons dans le spin-off (contre trois dans “Games of Thrones“). Pour réussir ce challenge d’envergure, il fallait puiser dans les caisses.

Le royaume de Westeros n’a pas de prix. Le groupe américain a mis le paquet en dépensant environ 20 millions de dollars par épisode pour produire sa première saison, constituée de 10 épisodes au total, soit un budget colossal de 200 millions de dollars, quand HBO dépensait deux fois moins pour produire “Game of Thrones” à l’époque. 

Pourquoi changer une recette qui marche ? 

Une grosse prise de risque ? Pas tant que ça. Les dragons se vendent cher, mais à merveille. Les Targaryens aussi. Ces derniers sont constamment mythifiés dans Game of Thrones, et HBO va cette fois-ci creuser dans le folklore de la saga littéraire de Martin pour les sortir de leurs tombeaux, et les mettre en conflit. Si les événements narrés se situent bien avant ceux de la série-mère, ils prennent place au sein du même univers : le continent Westeros, et plus précisément à Port-Réal, haut lieu du pouvoir. Agréable friandise consommée à chaque début d’épisode de “Game of Thrones”, le générique minimaliste fait son retour, sauf qu’à la différence de la mappemonde de Westeros, c’est l’arbre généalogique de la famille Targaryen qui est dépeint. Et quoi de mieux que le retour de la bande-son tonitruante (récompensé aux Emmys) pour l’accompagner. On comprend que Ramin Djawadi est encore à la baguette, et c’est tant mieux. Enfin, l’intrigue est brillante. Viserys est nommé roi, mais sa succession est contestée. L’échiquier politique se déplace, les complots se forment, la descente aux enfers de la famille efficacement racontée. La recette reste sensiblement la même dans le fond. 

Une version augmentée de GOT

“House of the Dragon” doit-elle être uniquement considérée comme une petite sœur suivant scrupuleusement les pas de son aînée ? Pas tout à fait. Les 3 premiers épisodes sortis prouvent à quel point la série est bien fichue. Les décors sont grandioses, les costumes, la photographie sont superbes, et les effets spéciaux numériques, (ou VFX) à la hauteur de ce que l’on espérait. En témoigne une scène incroyable de l’épisode 2 sur les murailles de Peyredragon, alors que le frère du roi Daemon Targaryen et sa nièce Rhaenyra sont en conflit, tout ceci sous les yeux menaçants de leurs dragons respectifs. 

C’est finalement une sorte de version augmentée de “Game of Thrones” (“GOT” pour les intimes) avec un challenge de taille : la gestion d’une chronologie très étendue. À la différence deGOT”, qui s’étalait sur 7 ans (une année par saison), la seule première saison du nouveau joyau d’HBO se déploie sur 28 ans. S’impose dès lors une question : comment étendre son intrigue sur près de 30 années (et plus par la suite), tout en permettant aux fans de s’attacher suffisamment aux personnages, afin de mieux les envoyer dans un cercueil par la suite ? 

On voit une belle carrière à cette extension de “Game of Thrones” qui conserve les codes narratifs pour raconter l’effondrement d’une maison tant fantasmée, avec beaucoup plus de dragons.

Rendez-vous ici sur OCS.

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