Le chiffon rouge de Fugain : retour sur une chanson engagée

Du Gilet jaune au chiffon rouge : en 1977, répondant à la demande de la municipalité communiste du Havre, Michel Fugain composait une chanson de révolte populaire. Nouvelle chronique de la rubrique « Vintage » de Jean de Laguionie. 

« Accroche à ton cœur un morceau de chiffon rouge
Une fleur couleur de sang
Si tu veux vraiment que ça change et que ça bouge
Lève-toi car il est temps
Compagnon de colère, compagnon de combat
Toi que l’on faisait taire, toi qui ne comptais pas
Tu vas pouvoir enfin le porter
Le chiffon rouge de la liberté
Car le monde sera ce que tu le feras
Plein d’amour de justice et de joie« 

En ces temps où le Gilet jaune constitue un moyen pour se reconnaître/s’identifier entre même opposants, il faut se souvenir ou découvrir qu’il y a un peu plus de 40 ans, un signe distinctif similaire consistait à accrocher et agiter, à l’antenne de sa voiture, ou à son balcon, ou autour de son cou, un morceau de chiffon rouge.

« Allons droit devant vers la lumière
En levant le poing et en serrant les dents
Nous réveillerons la terre entière
Et demain, nos matins chanteront« 

Cette chanson est en fait une commande de la ville du Havre. Nous sommes en 1977 et la municipalité, avec à sa tête le communiste André Duromea (qui a été élu 6 ans plus tôt, il restera maire 23 années durant) passe commande au chanteur déjà très connu pour ses succès comme « Je n’aurais pas le temps » mais surtout pour le méga-tube de l’été 72 « La belle histoire ». Natif de Grenoble, Fugain est connu aussi pour la création du Big Bazar comptant aussi nombre de succès à son répertoire : « C’est la fête », « Fais comme l’oiseau »…
Mais le chanteur d’alors 35 ans est aussi le fils de Pierre, résistant, commandant en second pendant la seconde guerre mondiale, du réseau de renseignement « Reims-Coty » des Forces Françaises Combattantes pour L’Isère. Arrêté et incarcéré en 1941 pour diffusion de propagande communiste, il parviendra à s’échapper en 1942. C’est dire si Fugain-fils n’aura aucun mal à répondre à la demande municipale pour cette création s’inscrivant dans le cadre de la manifestation annuelle « Juin dans la rue ».

De cette chanson Michel Fugain dira lui même : « Le chiffon rouge, que les radios giscardiennes n’ont jamais passé sur leurs antennes, a toujours accompagné des hommes qui se sont battus pour leurs droits et le droit à une vie meilleure, comme en témoignage de ma présence à leurs côtés et c’est une de mes plus grandes fiertés« . 

Le guitariste montpelliérain Gérard Pansanel se souvient lui aussi et particulièrement de cette époque : « J’étais à la guitare derrière Fugain et le Big Bazar ou la Compagnie au Havre pour cette énorme création de 1975 à 79 avec eux, des centaines de concerts autour du monde et franchement que de bons souvenirs …« .

Un succès qui excèdera bientôt et très vite les contours de la cèlèbre ville portuaire entièrement détruite pendant la guerre. Elle sera reconstuite par l’architecte Auguste Perret et gagnera une audience nationale en 1979 pendant la lutte des métallos lorrains contre la fermeture des hauts fourneaux, particulièrement grâce à leur radio libre « Lorraine Coeur d’Acier ».
Anedocte supplémentaire et quelque peu cocasse, la ville portuaire aura toujours été à gauche jusqu’en 1995 où elle passe au RPR (devenu ensuite « Les républicains »), l’actuel premier ministre occupant les fonctions de premier magistrat de 2010 à 2017.

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