A Sète, la déception Ostermeier

Le TMS -Théâtre Molière de Sète- était la seule scène en région à accueillir « Retour à Reims » dans la mise en scène de Thomas Ostermeier (en photo ci-dessus).

Intellectuel proche de Michel Foucault et de Pierre Bourdieu, auteur de nombreux essais sur l’homosexualité, le sociologue Didier Eribon a abordé la question de ses origines sociales ouvrières dans « Retour à Reims » en 2009. Entre essai et biographie, le livre évoque le choc des retrouvailles avec sa famille à la suite du décès de son père [« Je ne l’aimais pas. Je ne l’avais jamais aimé »].

Reims, la ville de l’insulte

Ce retour aux origines, dans « la ville de l’insulte » [« PD ! »] lui inspire une méditation sur sa double honte sociale et sexuelle : ce « fils de la honte » selon l’expression de l’écrivaine Annie Ernaux a souffert de son homosexualité dans cette classe ouvrière en mal de repère après l’effondrement du Parti communiste, et désormais tentée par l’extrême-droite. Mais il n’avait jamais fait le lien jusqu’alors. « Pourquoi n’ai-je jamais écrit sur la domination sociale après l’avoir tant fait sur la domination sexuelle ? »

Tirailleurs sénégalais et Gilets jaunes

On accourt littéralement à Sète, mardi 6 novembre, pour voir ce qu’en a fait Thomas Ostermeier. La star du théâtre allemand a un parti-pris qui croise les modes narratifs tout en se présentant comme une forme assez simple sur scène : il raconte l’enregistrement d’un documentaire sur le livre de Didier Eribon. C’est Irène Jacob qui en assure la voix off dans un studio, tout en mettant elle aussi en perspective -et en cause- ses analyses.

On voit donc une proposition minimaliste. Une bonne partie de la pièce est passée à regarder la vidéo : d’une facture étrangement classique et moyenne, elle ajoute à des portraits de Didier Eribon dans le TGV entre Paris et Reims, une discussion avec la mère autour de photos d’enfance et des archives historiques. Par intermittence, c’est le retour au « réel ». Une actrice, le réalisateur et le patron du studio occupent le devant de la scène, s’appropriant les débats du sociologue et militant gay.

« Ça va Sète ? »

Quelle surprise de voir ce dernier se mettre à faire du rap tandis que le réalisateur du documentaire joue les chauffeurs de salle : « ça va Sète ? ». Rupture de ton, surgissement burlesque assumé. On a du mal, comme « Télémara », à voir « la force inouïe » de ce théâtre politique qui nous laisse dans la nostalgie d’un « Ennemi du peuple », un des morceaux de bravoure de l’allemand. Appropriation culturelle, racisme d’État, homophobie, montée de l’extrême droite, élection de Mitterrand, Tirailleurs sénégalais et Gilets jaunes : les thèmes se succèdent dans un propos didactique qu’on croirait taillé sur mesure pour des séances scolaires, pour l’édification du grand public, alors même que les places se sont vendues à Sète à 33 euros. Tant de belles intentions émoussent la radicalité d’un « Retour à Reims », puissant aveu d’un traître à sa classe sociale et à son genre.

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