120 soignants du CHU photographiés

LOKKO a la primeur de la série photographique de Cédric Matet (photo ci-contre) sur le CHU. 120 soignants [médecins, infirmiers et infirmières, aide-soignant(e)s] des hôpitaux Lapeyronie et Saint-Eloi ont été pris en photo en pleine pandémie. Un travail qui a permis de libérer une parole, de soulager et qui sera bientôt visible publiquement, le long des grilles du CHU. Cet article est nourri par de longs entretiens avec Cédric Matet et le Professeur Xavier Capdevila, directeur du pôle urgence du CHU de Montpellier.

 

 

Nous révélons ici une trentaine de ces photos. 4 séries des 4 services qui se sont prêtés au jeu.

Pour commencer, l’unité du professeur Xavier Capdevila (ci-contre), département Anesthésie-Réanimation et Soins Critiques, Anesthésie urgences, responsable du pôle Urgences au CHU/hôpital Lapeyronie.

5 heures d’entretien

Ce que je vais commencer à écrire demanda préalablement 5 heures d’entretiens avec Cédric Matet et le Professeur Xavier Capdevila. Je vis l’un le 2 juillet, dans un café, pour le petit-déjeuner ; je rencontrai l’autre, le lendemain, au CHU Lapeyronie. Les deux hommes que j’écoute sont impliqués. Très. Je parle peu, j’écoute, je prends des notes. Dans mon ordinateur : 9 pages de notes, format calibri 12.

L’an passé, j’avais interviewé Cédric au sujet de son exposition Les Gardiennesallégories urbaines à l’Espace Bagouet. Nous sommes restés en contact. Il y a quelques mois, il m’annonça qu’il s’était lancé dans un nouveau projet photo, quelque chose de singulier. Il me dit qu’il photographie des travailleurs dont on ne parle pas, il photographie le visage de travailleurs sociaux à la Protection de l’enfance, ceux du Foyer départemental Enfance Famille. Il photographie aussi leur espace de travail. La pandémie débarque. La planète entière s’immobilise peu à peu. Le coronavirus donne des baffes à décoiffer un géant. Le temps et les disponibilités manquent, la situation est complexe, le projet reprendra plus tard. Alors Cédric repense à son allégorie de la Médecine et se tourne vers le CHU.

L’intime et le professionnel

Le principe qui préside au projet du photographe Cédric Matet dont LOKKO a la primeur : révéler et magnifier l’intime et le professionnel, valoriser le personnel médical. « Pas de misérabilisme avec des personnels épuisés dans les couloirs. » Alors, que dévoileraient ces visages dont le métier nous est familier et, pourtant, finalement, dont nous savons si peu ? Les Professeurs Gérald Chanques de Saint Eloi, Xavier Capdevila de Lapeyronie accueillirent la proposition sans réserve : « Il était temps de faire des portraits des personnels ». Cédric me dira que lui et Chanques furent à l’initiative de ces portraits au CHU : « Gérald a aussi été un facilitateur formidable ». Le quatuor emporta l’adhésion d’importants alliés auprès des Professeurs Mustapha Sebbane et Patrice Taourel. Le premier exerce au service des Urgences SAMU. Il a géré la « tente covid » devant l’hôpital. A l’aide de l’imagerie médicale, le second poursuit des recherches sur le virus. Montpellier, ville de premier plan au niveau de la recherche médicale ! Enthousiaste, Thomas Le Ludec, Directeur Général du CHU de Montpellier, donna son feu vert pour les portraits du personnel médical des services sous la direction des 4 Professeurs cités plus haut. Amateur de comics, j’ai presque envie d’écrire: des Fantastic Four.

La démarche de Cédric : raconter un moment exceptionnel. Raconter ce qui est en train de se passer au CHU de Montpellier pendant que les salles de réanimation se remplissent. Raconter, par le visage capté, ce qui se passe dans la vie physique et psychologique des hommes et des femmes travaillant au CHU. Nous les voyons, toutes et tous, à un moment de notre existence, ces travailleurs des hôpitaux.

Raconter en interaction avec les personnes que Cédric Matet photographie. Il photographia 120 et quelques faces. Peut-être a-t-il ainsi pu répondre aux questions personnelles qu’il se posa : « A quoi est-ce que je sers, en tant qu’artiste, quand des hommes et des femmes sont en première ligne, lorsque des caissières bossent et que je suis chez moi ? Et représenter l’humain, ça sert à quoi ? »

Une ambiance Grey’s Anatomy

J’avais rdv, avec Xavier Capdevila, à 10 heures, au niveau – 1 de l’hôpital, Département Anesthésie Réanimation et Soins Critiques. J’arrive à 9h50. Son assistante, Hélène Verdié, m’indique où je dois l’attendre. Ce sera devant une salle de réunion. Une dizaine de minutes plus tard, un groupe d’internes, de chefs d’équipe, de patrons de service, d’infirmières en sortent. Ils passent devant moi, dans le brouhaha joyeux de leurs paroles que je devine légères. Dans un nuage de bonne humeur, ils tournent à l’angle. Tout un monde de séries télé US, Grey’s Anatomy, Urgences, Docteur House passe devant moi. Un monde que le petit écran a rendu diablement sexy. On se dit : « Voilà de bons partis ! »

J’apprendrai, d’ici 40 minutes, que la vie de couple, pour une personne travaillant dans les services de réanimation-anesthésie, où, rappelons-le, la
mort rôde, ça peut être compliqué. « On donne une bonne partie de notre vie dans ce service », dira le Chef de Pôle Hospitalo-Universitaire Urgence que je viens de rencontrer. « Mais il n’y a rien de plus heureux que revoir un patient guéri qui revient pour remercier. Voir la vie gagner, voilà des émotions très fortes ! »

Ces femmes et ces hommes ont disparu de ma vue; cependant je les entends rire, plus loin, le timbre des voix est détendu. Je m’attends presque à entendre une blague de carabin, comme j’ai pu les fantasmer via les films gores que j’aime tant, comme ceux de la franchise des Rea-Animator : une main coupée laissée dans la poche d’une blouse d’un bleu. Tout à l’heure, Xavier Capdevila m’apprendra d’où viennent cette énergie, cette force et cette paix apparentes. Je ne serai que plus admiratif de leur solidité et de leur bonne humeur face à l’immense fatigue et au stress qui sont les leurs.

Médecin et joueur de rugby

Maintenant, l’homme se tient devant moi, il est  imposant. C’est un joueur de rugby. « Bonjour, Professeur Capdevila. » Je me présente : « Lionel Navarro. LOKKO. » Je me dis que ça serait bête de prolonger par un : « Moi aussi, je suis aussi professeur. De français et d’histoire-géo. Dans un lycée pro. » C’est la première fois que, dans un hôpital, je rencontre un médecin pour autre chose que mon propre état de santé.

J’allume mon ordinateur portable : « Je vais surtout vous écouter, Monsieur Capdevila ». L’homme est un bon client : il a l’habitude de la prise de parole. Au fil de l’interview, le Professeur passera de sa position de ponte au CHU prenant soin de toute son équipe à celle de l’individu qui évoque, de manière plus intime, son parcours, sa vie, ses réussites, ses difficultés.

Dans son bureau, de l’autre côté de la table de réunion, il me dit : « Il y a deux façons de faire voir l’hôpital. D’un côté, il y a le cliché médiatique : montrer des personnels au travail, travaillant dans des conditions difficiles ; et, de l’autre, il y a la démarche de Cédric : faire une œuvre d’artiste dévoilant, par une sensibilité, un moment dans la vie d’un individu sur son visage. On voit dans un bon portrait ce qui s’est passé dans la vie des photographiés ». Il rajoutera, plus tard : « Le drame humain est le quotidien du médecin-réanimateur et des infirmières dans le service de réanimation d’urgence ».

Des photos qui font du bien

Ce qui a plu au CHU, personnels et direction : chaque portrait montré sera accompagné d’un commentaire du photographe. Ces commentaires seront le fruit de la discussion, pendant la séance photo, entre ce dernier et chaque individu photographié. « Être vu et être écouté ont permis la libération de la parole. Certains sont même venus principalement pour ça. » Chaque fois que Cédric prenait quelqu’un en photo, une partie de l’endroit où il se trouvait devenait une salle d’attente, un espace pour la discussion. Plusieurs services s’y trouvaient rassemblés et pouvaient, durant ce temps privilégié malgré la furie des heures de travail, enfin se parler, avoir un peu de temps pour se parler.

Le 2 juillet 2020, Matet me dit : « Je ne suis pas un documentariste. Je ne suis pas un journaliste. » En pleine période noire de la covid-19, Lapeyronie et Saint Eloi lui attribueront un espace rien que pour lui et son matériel. Pour Saint Eloi, c’était un couloir. Pour Lapeyronie, c’était dans le secrétariat du service réanimation.

Le photographe boit son café brûlant : « Mon sujet, c’est l’Homme qui s’occupe de l’Homme, qui s’engage pour l’Homme. Toute période de crise révèle le courage et le professionnalisme des uns et des autres. Je veux aussi montrer aux Montpelliérains leurs médecins, toutes les personnes qui s’occupent d’eux quand ils sont hospitalisés. » Cédric Matet s’est « mis au service de… », comme il dit. Il n’a pas voulu se faire plaisir en tant qu’artiste : « Je me suis refusé aux réflexes du photographe qui a l’habitude des portraits. Faire joli, choisir le bon profil, m’intéresser à la photogénie. Je me suis efforcé de m’éloigner de l’égotisme et de l’égocentrisme de l’artiste au travail ». Cédric aborde ce paradoxe : l’artiste, c’est un égo et « l’égocentrisme de l’artiste doit parler au plus grand nombre tout en parlant de lui-même ». Il laissa aller quelques mots qui me font rigoler à propos de certains artistes qui sont prioritairement des poseurs qui ne réfléchissent jamais, sinon qu’avec des clichés, à mes oreilles bozardiens, à la place et aux pouvoirs de leur art dans la société.

 

Professeur Chanques, Chef de service-adjoint au département d’Anesthésie-Réanimation, CHU/hôpital Saint Eloi.

Team spirit

A la fin de notre entretien du 3 juillet, je demanderai au Professeur Capdevila s’il a découvert des traits de caractère, chez les membres de son équipe, en regardant les portraits : « Je n’ai pas été très surpris de ce qui en ressort. J’ai vu les fragilités et les forces que je leurs connais. Nous passons beaucoup de temps ensemble, eux et moi ». Dans la bouche de l’homme de 60 ans, fils d’ouvriers, plusieurs fois, ces mots : team spirit. L’esprit d’équipe : en réanimation, les médecins, les infirmières, les infirmiers voient des choses terribles, choquantes. « La réa, c’est l’urgence pour sauver des vies. Nous n’avons que 10 minutes pour sauver un patient. Les médecins vivent, au quotidien, des chocs psychologiques. » L’homme a souci des membres de son équipe : « Un médecin réa ne peut pas travailler sans ses infirmiers, ses infirmières, ses aides-soignantes. Un médecin réa seul ne fait rien. » Il me rappelle que les membres de son département œuvrent, pendant des heures, dans un lieu clos. Les unes et les autres passent des nuits de garde ensemble à veiller, parfois, sur des enfants physiquement très abîmés et dans le coma.

Au moment de nous quitter, dans deux heures, Capdevila me montrera une salle de réanimation vide. A voir tout le matériel, tous les boutons, tous les tubes, je luis dis que ce que je vois me fait penser à un orgue d’église, à une cabine de pilotage. Au sol, des marquages de couleurs différentes, bleue, rouge, verte, jaune. Il me dit : « Ici, chacun sait ce qu’il a à faire ». Quand il y a une vie humaine à sauver, chacune et chacun se tiennent dans l’espace qui leur est assigné. Je repense à ce qu’il m’a dit plus tôt : « La réa, c’est une équipe de rugby. Il faut que le groupe porte celui qui va marquer l’essai, qu’importe son physique : petit, grand, gros ». Ici, tout est chronométré, millimétré, prêt au combat pour la vie.

Des séances de 20 minutes

Maintenant, un flash-back, retour au café de la veille, le 2 juillet : tout en mangeant ma formule « p’tit déj » à 5,50 euros, je tape sur mon clavier les paroles de Cédric. Son expérience de portraitiste influence sa manière d’accéder par l’image à l’humain. « Pour chaque personnel venant se faire prendre en photo, la séance durait 20 minutes. Ces personnes se vulnérabilisent devant l’objectif. » Face aux hommes et aux femmes qui venaient librement se faire photographier, dans l’état où elles se trouvaient, Cédric se devait d’être mentalement très disponible et délicat : « Les femmes ne sont pas maquillées. Elles arrivent en tenue de travail, masquées, pas coiffées, fatiguées. Elles se placent devant l’appareil photo parce qu’elles ont confiance. Elles veulent que quelqu’un montre leur métier. Je les photographie démasquées ».

Matet ne fera que des retouches minimales : il gomme les effets de la fatigue, les reflets, la transpiration, les boutons sur la peau du visage. Les rides, les grains de beauté, les cicatrices des êtres devant l’objectif de la caméra sont conservés  : « Il s’agit d’eux ». Matet se refuse au pas de retouche, au pas de photoshop « tellement à la mode ». Tout en avalant un mini-pain au chocolat, Cédric me parla du pouvoir des miroirs sur les consciences. Il pointa une des conséquences de la possible obsession sociale pour l’image ! « C’est comme si la photographie rendait les gens profondément superficiels par rapport à leur rapport au monde, au regard des autres. L’œil analyse peu, Lionel. Le premier contact avec l’image n’est pas lié à la matière grise. C’est toujours du ça plaît ou du ça plaît pas. Dans ce projet, il ne s’agit pas de faire ou d’être beau ou moche. »

Photographier l’exemplarité

Buvant une gorgée de son jus d’orange : « Pendant le shooting, je n’ai pas fait beaucoup de prises. J’attendais que les personnes devant l’appareil soient prêtes à être photographiées ». Cédric m’explique : « Je ne cherchais absolument pas le résultat. J’étais, à la fois, passif et prédateur. Après tout, je demandais à quelqu’un que je ne connais pas de donner son image ». Et pourquoi donner son image ? C’est aussi une manière, pour lui, de questionner l’art du portrait, la représentation de l’Homme par l’Homme. Matet revient quelques instants sur ses références esthétiques dont il m’avait déjà parlé pour ses Gardiennes : les portraits de Fayoum, l’art byzantin. « Je veux représenter l’Homme par son exemplarité. Je veux représenter un métier par l’homme ou la femme qui le fait. »

Le lendemain, Xavier Capdevila abondera dans ce sens : « Dès le début, le projet a très bien été accepté par les équipes. On connaît la surexposition médiatique des médecins qui sont au travail. On ne parle pas assez de l’hôpital qui se meurt, des politiques publiques qui détruisent l’hôpital public ». Xavier Capdevila a été président de la Société Française d’Anesthésie-Réanimation, la SFAR, pendant deux ans, jusqu’en début juin dernier. Il exerce au Pôle Urgence du CHU de Montpellier.

Il y a eu des morts parmi nous

Un homme au cœur du monde hospitalier : « Avec la surexposition médiatique, pendant le confinement ou les attentats terroristes, les problèmes de l’hôpital ont surgi dans les journaux et l’espace public. Ça a été très mal vécu par les équipes. Faut-il qu’il y ait la guerre pour qu’on reconnaissance qu’il existe des soldats ? L’hôpital public travaille en sous-effectif pour les personnels. Il faut défendre les hommes et les femmes qui ont une tâche à accomplir, un sacerdoce. Ils sont là pour s’occuper des patients. Ils ne rechignent à rien et pratiquent tous les gestes médicaux, avec sérieux, jusqu’à la toilette des malades. Des soignants donnent une partie de leur vie à leur métier. Globalement, la France s’est aperçue qu’elle avait des soignants qui vont au combat, sans protection parfois. Avec la covid-19, il y a eu des morts parmi nous. »

La tournure de l’entretien devient soudainement plus personnelle : « J’ai adoré ma vie. Personne ne m’a rien donné. Ma réussite professionnelle, je l’ai obtenue à la force de ma volonté et de mes bras ». Son histoire ressemble à celle d’autres réanimateurs de réa lourde : « J’ai divorcé. Je n’ai pas vu grandir mes enfants. On bosse 70 heures par semaine en réa lourde. Le calcul a été fait : sur 40 ans de carrière, 8 années de sa vie sont données à l’hôpital par un anesthésiste-réa. ». Ce Coordonnateur du Département Anesthésie Réanimation et Soins Critiques raconte : « Pendant la crise de la covid, les infirmières n’ont pas compté leurs heures. Elles n’ont fait aucune réclamation. Elles estiment normal d’être présentes, mais il faut arrêter de les prendre pour des esclaves ou des sœurs à cornette ».

Je regarde Xavier Capdevila; je vois un homme solide qui a dû être confronté, durant sa carrière, à des choses épouvantables. Il me le dira d’ailleurs. C’est le lot du monde hospitalier. Le degré est sensiblement plus fort en réa lourde. Il poursuit : « Les portraits de Cédric, accompagnés du ressenti des photographiés, pourront être comme des messages durant certaines manifestations comme des congrès, des expositions. En aucun cas, ils ne serviront de manifeste ». Il me dit : « Quand on a la grille de lecture pour analyser les portraits, on voit ce qu’est un réanimateur et sa vie. »

L’hôpital français malade

Je comprends que le Professeur Capdevila a un message clair à transmettre au plus grand nombre. Il insiste longuement sur plusieurs points : « Les Français peuvent être fiers de leur système de santé même si, à ce sujet, par manque de moyens, la France est passée, au niveau mondial, de la 2de place à la 7e en quelques années. Tous les pays scandinaves sont aujourd’hui devant nous, Monsieur Navarro ». Mon interlocuteur dresse un constat inquiétant qui devrait jeter tous les Français dans la rue : « Dans les services de réanimation, au Danemark et en Norvège, vous trouvez 1 infirmière par malade. En France, c’est 1 infirmière pour 2,5 malades. Pour un sas de 4 chambres, il y a 1 infirmière fixe et 1 infirmière volante ». Je vois qu’il me laisse comprendre que c’est très peu de monde pour prendre correctement soin d’individus en détresse. « Il faut le souligner : en réa et en anesthésie, en France, les infirmières sont très bien formées. Durant la période noire du coronavirus, il a fallu former très rapidement du personnel déplacé d’autres services. Des anesthésistes-réanimateurs du bloc opératoire sont venus en réa lourde pour prêter main-forte ».

Le professeur Capdevila ne cache pas les efforts gigantesques accomplis en très peu de temps : « La France a été capable de modifier ses hôpitaux grâce à ses personnels de santé et leur direction. Au départ, les hôpitaux français avaient 5400 lits en réa lourde à disposition. Les années précédentes, 600 lits avaient été fermés par manque de personnels et de moyens. En 2 ou 3 semaines, dans le pays, nous avons pu accueillir 10 à 11 000 patients avec de gros problèmes médicaux dus à la covid. Les administrations du CHU ont beaucoup travaillé avec les personnels de santé. Elles ont ont été très efficaces et présentes. Les administratifs ont aussi subi la crise ». Il conclut : «  La France peut être fière de son hôpital public ».

Cédric Matet arriva, au CHU, en mars dernier, au moment où l’on mettait des respirateurs destinés aux blocs opératoires en réa lourde : ces respirateurs ne sont pas les mêmes que ceux utilisés en réa lourde ; et des vies, pourtant, furent sauvées. S’adapter avec les moyens du bord et aux moyens du bord. Pour Xavier Capdevila, des difficultés demeurent toujours : l’incompréhension du monde politique pour le monde de la santé publique et la méconnaissance, par une large partie de la population, d’un « hôpital qui soigne tout le monde sans grands frais, -le ticket modérateur est remboursé-, avec les connaissances médicales du jour. L’hôpital ne doit pas être considéré comme un dû. Le public doit respecter son hôpital ».

 

L’équipe du professeur Sebbane, responsable du service Médecine d’urgence, responsable de l’équipe médicale, Urgences adultes, CHU Montpellier.

Des coulisses humaines

Voilà, je me suis retrouvé avec 9 pages de notes tapées sur mon ordinateur portable durant les deux entretiens avec Cédric Matet et le Professeur Xavier Capdevila. Voilà, enregistré sur ma clef USB, un sacré morceau d’informations et de réflexions à méditer ensuite pour écrire ce reportage qui me met au défi d’articuler deux longues et riches interviews. Elles ont leurs points communs : le projet photographique, les portraits. Je dois y intégrer un discours d’alerte sur l’état de l’hôpital public parce que c’est aussi l’enjeu du projet mené par un photographe et le CHU de Montpellier. Sans aucun doute, me voilà avec le plus gros morceau journalistique à écrire depuis que j’écris pour LOKKO.

Je sais que je ne pourrai pas tout retranscrire de ce qui m’a été dit : il faudrait plusieurs épisodes, et je sais pertinemment que je vais encore écrire long, les lectrices et lecteurs le savent et, peut-être, s’en désolent !

Avec Cédric Matet et Xavier Capdevila, nous avons parlé d’art photographique, de la place de l’artiste dans une société malade, de la crise de la covid-19, de l’état de l’hôpital, des demandes du personnel hospitalier, du très insatisfaisant Ségur de la santé, « une mascarade ». Nous avons parlé de ce que c’est que photographier les visages des personnels hospitaliers, médecins et paramédicaux. Nous avons parlé de la vie des personnes travaillant dans le monde soignant.

Pour prolonger cet article, je me suis promis d’inviter Xavier Capdevila, à la radio, pour la 3e saison de l’émission que j’anime, Le fil du faire, sur Radio FM Plus – 91 FM. La proposition s’adresse aussi aux Professeurs Chanques, Sebbane et Taourel. Voilà, maintenant, 2 interviewes intenses, passionnantes et longues. Il faut que j’écrive mon reportage. Je pensais n’écrire que sur un projet artistique ; et c’est aussi, par le biais de ce projet au cœur de l’urgence, sur les coulisses professionnelles et humaines des hôpitaux, sur leur splendeur et leur misère que j’écrirai.

 

L’équipe du Professeur Taourel, département Imagerie médicale, Imagerie viscérale-sénologie, responsable de l’équipe médicale Missions transversales, CHU/hôpital Lapeyronie.

UNE EXPOSITION EN SEPTEMBRE

Le CHU a décidé de montrer, fin septembre, 50 panneaux dévoilant les photographié(e)s de Cédric Matet. Ils seront exposés hors les murs, le long des grilles, à la limite entre le tumulte du dehors et le monde discret, si ce n’est invisible, des soignants et des malades. Cette exposition sera aussi une manière de remercier les donateurs et les mécènes du Fonds Guilhem soutenant les projets à financer du CHU de Montpellier.

 

 

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2 commentaires sur “120 soignants du CHU photographiés”

Lokko

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