Le Montpelliérain Bruno Samper co-signe la magnifique dystopie “Vesper Chronicles”

Grand succès critique pour ce film post-apocalyptique, où une jeune fille – Vesper – détient le secret capable de redonner vie à une nature mourante. Ambiance de conte à la Grimm et tableau hyperréaliste de lendemains moyenâgeux, “Vesper Chronicles”, digne d’un cinéma d’anticipation européen que l’on n’espérait plus, est aussi un manifeste écologiste. Tourné en Lituanie dans des décors naturels, il est co-signé par le scénariste montpelliérain Bruno Samper et la réalisatrice lituanienne Kristina Buyozyte.

Une fable futuriste entre “Star Wars” et “The Witch

À l’heure où nos forêts brûlent, où nos paysages content l’automne en été, où les canicules s’enchaînent, comment ne pas flipper d’aller voir un énième film de science-fiction post-apocalyptique.

Ici il ne s’agit pas d’un blockbuster américain à gros budget tel que “Dune” mais d’un film indépendant franco-belge-lituanien de la réalisatrice Kristina Buyozyte et du scénariste montpelliérain Bruno Samper. Il y a dix ans, le duo signait le splendide “Vanishing Waves”. Dans ce dernier opus, l’héroïne Vesper, interprétée par la jeune actrice Raffiella Chapman, témoigne du courage de la génération Z qui doit se construire une vie dans un monde anéanti. L’environnement unique fait de robots mi-humains mi-Wall-E, de désert peuplé de vaisseaux abandonnés, de gardes aux allures d’un Dark Vador fantomatique et de forêts macabres, classe le film au croisement entre fantastique, SF et horreur.

L’histoire se déroule dans un univers écologiquement dévasté par l’humain et ses tentatives vaines d’user des technologies génétiques pour faire face à l’extinction de l’humanité. Nous sommes dans un “nouveau Moyen-Âge” comme décrit dans l’introduction, où un système féodal est régi par les oligarques, réfugié.es dans des citadelles impénétrables, laissant le commun des mortels vivre dans la misère et contrôlant les ressources. C’est un monde sans pitié où règne la violence et la peur. D’une nature devenue hostile et d’une nature humaine retranchée dans sa noirceur. Une perspective d’avenir peu enviable qui nous glace le sang deux heures durant.

Un manifeste pour la sororité

Dans ce système cruel qui exploite et viole les enfants devenu.es “pondeuses” pour échanger leur sang contre des graines fertiles, Vesper lutte pour survivre et maintenir son père en vie. Sa mère rêvant d’une meilleure vie les a abandonné.es, poussant Vesper à grandir trop vite pour assumer la charge du foyer. Mais elle cultive en secret son espoir de liberté : un labo de biologie organisé entre les débris d’une ancienne vie à la fois féérique et rudimentaire. Il s’agit de saisir la rareté de la vie, de respecter le vivant et de s’ouvrir à l’ennemi.e. Puisque l’arrivée d’un vaisseau et de la jeune Camélia (jouée par Rosy McEwen, à droite sur la photo) apportera un peu de douceur et de sororité dans cet environnement viriliste qui ne permet pas la vulnérabilité. Nombreuses sont les scènes entre elles qui redonneront le sourire et émouvront la salle : entre une découverte enfantine et joyeuse des animaux disparus, à leur désir d’émancipation féministe à souhait jusqu’au baiser d’adieu empli d’un amour adelphe. Leur alliance héroïque montrera que malgré la férocité de l’existence, ensemble, on peut changer l’ordre des choses et renverser les systèmes les plus totalitaires. Puisqu’à la fin, seules les femmes, les insoumis.es et les enfants survivront.

Un personnage marquera les esprits en symbolisant un point de rupture dans la trame du film, quand le peuple perd toute humanité. Même si son apparition sera malheureusement écourtée par une mort d’une violence abominable causée par un enfant sous le joug de l’atroce chef du village, Jonas (interprété par Eddie Marsan). Il s’agit de Melanie Gaydos (photo) incarnant un “Jug” : créature créée en laboratoire pour servir d’esclave aux oligarques. Son apparence hors-normes – jugée monstrueuse – n’est en rien le fait de maquillage ou d’effets spéciaux puisque la modèle américaine est atteinte de dysplasie ectodermique, un trouble génétique rare qui affecte le développement de ses dents, ongles, cheveux ainsi que son cartilage. Elle sera déshumanisée pour justifier ce crime dans le film. Un manifeste pour l’actrice qui a dû lutter contre le rejet de son apparence dans sa vie et imposer son image envers et contre tous les diktats de notre société. Une performance poignante.

“Just a wawe” par Yorina, et une somptueuse BO

Il m’aura fallu quelques jours pour digérer ce moment intense. Et c’est la si poignante musique du générique “Just a wave” par Yorina qui me replongera dans l’émotion de cette fable futuriste faisant tristement écho à notre réalité. Elle nous parle de terres infertiles, d’espoir perdu, de fonte des glaces et de pourriture humaine. Espérons que pour nous aussi, il s’agira “juste d’une vague” qui s’échouera sur le rivage sans tous.tes nous engloutir.

Au final, il apparait que la souffrance peut enlever jusqu’à l’humanité des êtres mais il suffit d’une rencontre, d’une graine plantée ou d’une personne aux grandes valeurs pour guider un peuple vers la voie de la guérison. Entre la bande originale hypnotique et épique – aux cordes et synthé lyriques – signée Dan Levy du groupe The Dø et la forte personnalité de chaque caractère, ce film est de ceux qu’il faut voir dans sa vie. Les mystérieux.ses “pèlerin.es”, mes favori.es, aux grandes robes couvrant le visage, rappelant les Sans-Visage du “Voyage de Chihiro”, illustreront le combat pour la dignité humaine, la justice sociale, les enjeux du pouvoir et les rêves qui se transforment au fil des réalités. Grâce à une fin aussi ouverte qu’insoumise, il s’agit d’annoncer une suite pour les Chroniques de Vesper. Un grand moment de poésie cinématographique, à suivre…

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