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Capitale européenne de la culture : la fin d’un rêve pour Montpellier

Le jury européen a fait un choix : favoriser le plus petit candidat au titre de Capitale européenne de la culture pour 2028. Bourges plutôt que Montpellier, Clermont-Ferrand ou Rouen. Une ville moyenne plutôt qu’une métropole. Une orientation pour ce label européen qui date déjà de plusieurs années. D’un côté la joie du “Petit Poucet”, de l’autre, la tristesse après l’allégresse autour d’une candidature montpelliéraine très engagée. 

De vrais cris de joie ! La délégation de Bourges a exulté au Ministère de la culture à Paris, ce mercredi vers 18h30, quand la présidente du jury Rossella Tarantino a annoncé le vainqueur. Une surprise. Montpellier craignait plutôt Clermont-Ferrand qui se préparait depuis dix ans, mais c’est le “Petit Poucet” qui l’a emporté comme l’a commenté le maire de cette préfecture du Cher de 60 000 habitants, la seule de moins de 100 000 habitants encore en lice. Des “larmes” ont coulé, carrément, selon France Bleu.

C’est un geste fort qu’a fait le jury présidé par Rosella Tarantino, une économiste italienne spécialisée dans les politiques de revitalisation territoriale par la culture, qui avait conduit la candidature de la ville de Matera, au sud de l’Italie, désignée Capitale européenne de la Culture pour l’année 2019. Une aubaine pour cette petite ville italienne inconnue, de la taille de Bourges, que le label a permis de “situer sur une carte touristique mais aussi culturelle” selon les termes de la présidente du jury.

La victoire des villes “moyennes”

La visite à Montpellier de la Ministre de la culture française, le 18 novembre dernier, avait donné un indice. Franche comme souvent, pas loin de mettre les pieds dans le plat, elle avait eu cette formule : « en fait, vous êtes déjà la capitale européenne de la culture. C’est une qualité, qui peut aussi devenir un défaut ». Le choix des deux autres capitales, tout aussi modestes, partageant le label en 2028 -Skopje en Macédoine et Ceske Budejovice dans le Monténégro-, avait déjà informé sur cette tendance. Ou encore la désignation, en 2016, de Timisoara en Roumanie. Une orientation vers des villes sous dotées de plus en plus claire depuis quelques années pour ce label européen. Et qui pourrait dissuader à l’avenir les grandes métropoles de concourir. 

Bourges présentait une candidature centrée sur les musiques actuelles (c’est la ville du Printemps du même nom) avec une forte dimension écologique. Une candidature “bas carbone” qui invitait les visiteurs, faute d’aéroport, à venir en train de nuit. Rien de révolutionnaire en soi mais un positionnement clair de ville moyenne, sans TGV, enclavée, comme modèle alternatif voulant “exister à côté des métropoles” selon la formule de son commissaire général, Pascal Keiser. “Un monde rural qui a droit à la culture” avait plaidé le maire socialiste Yann Galut. Ce que le géographe Christophe Guilluy appelle “La France périphérique”. C’est un choix absolument pas anodin de l’Europe qui porte en lui l’idée d’un rééquilibrage, qu’il n’est pas nécessaire de trop en donner aux ogres urbains que sont les métropoles. 

La présidente du jury composé de 12 experts européens venus de 9 pays ne s’est d’ailleurs pas attardée à détailler en quoi Bourges répondait le mieux aux “six critères d’évaluation” de l’Europe (*) qui avait des attentes complexes et contradictoires, comme le soulignait Emmanuel Négrier dans un entretien donné à LOKKO, récemment. “Un vrai choix de jury a été fait” a commenté Fabrice Manuel qui portait le dossier de Sète, associée à Montpellier dans l’aventure. Dès l’annonce des résultats, la présidente et la vice-présidente du jury se sont précipitées vers Michael Delafosse en soulignant “l‘excellence” de la candidature montpelliéraine. Ce geste a laissé penser à la délégation montpelliéraine que la finale se serait jouée entre Montpellier et Bourges (sur cette photo, les 4 maires, le soir des résultats à Paris **). “Un choix entre deux visions, deux définitions d’une capitale européenne de la culture. Pour ce qui nous concerne, la conviction que l’Europe a besoin de capitales qui lui donnent de la force”, ajoute Fabrice Manuel.

Des jeux olympiques culturels

A Montpellier, c’est peu de dire qu’on est déçus. Deux années de boulot, des centaines de consultations. On y avait cru jusqu’au bout, surtout après la dernière prestation de la délégation et une intervention très applaudie de Michael Delafosse, la veille de la proclamation du résultat. Ce 13 décembre, sous les lambris du Ministère, il y avait des mines approchantes des soirs de défaite électorale. Fin des jeux olympiques culturels de Montpellier qui resteront comme un point culminant du mandat. Aucun projet n’est venu à ce point disrupter les frontières territoriales et politiques. 154 communes travaillant ensemble (représentant 900 000 habitants), c’est inédit. Fin aussi de la parenthèse enchantée pour le secteur culturel qui a bénéficié de 1,4 million d’euros d’aides exceptionnelles pour 80 projets, avant même la désignation. Et combien pour la com ? 

La candidature montpelliéraine a été ambitieuse, de très haute tenue. On a beaucoup entendu de commentaires sur la novlangue, le goût des concepts d’un dossier brillant aux 3 thématiques artistiques dont le sens échappait un peu : “L’eau qui nous relie”, “Le Futur en séries” et “Trans”. Et se réclamant du “design with care, une méthode de conception créative basée sur les usages et sur la prise en compte des fragilités individuelles, sociétales et environnementales”.

Mais, au-delà de la forme, une question : championne en France des dépenses par habitant dans le secteur culturel, Montpellier avait-elle vraiment besoin d’un électro-choc ? D’un boost équivalent à Marseille qui avait reçu 11 millions de visiteurs en 2013 ? La “surdouée” n’a pas attendu l’Europe pour mettre en place une puissante diplomatie des villes, réussissant un mémorable sommet Afrique-France suivi d’une Biennale euro-africaine, ou encore des “Water Days” avec le centre Unesco sur l’eau, de niveau mondial. Sans doute peu de villes en Europe sont venues plaider leur cause avec des ambassadeurs africains lors de leur ultime audition (photo ***) dans un audacieux grand écart diplomatique.

Durant 2 années intenses, Montpellier s’est livrée corps et âme dans cette aventure. Elle est toute entière dans le dossier : de ses cultures patrimoniales, occitane ou gitane, aux événements marquants de son histoire comme le premier mariage pour tous en France jusqu’aux florissantes industries culturelles et créatives. Ville et métropole avaient mis 75 millions d’euros de dépenses sur la table. Et rallié deux partenaires de poids : France Télévision et Radio-France.

Avec une double approche : valoriser des projets existants comme Mille formes, le futur musée Pompidou pour les enfants, la Cité européenne du théâtre au domaine d’O, l’art sur ordonnance du MOCO, les lectures dans une boulangerie de la Paillade de Nourdine Bara. Et engager des projets neufs : une Mostra des œuvres audiovisuelles portée par France Télévision, 2000 chanteurs amateurs à l’opéra (“We are Europe”) ou encore une Biennale Afrique Europe de la danse.

Et maintenant ?

La ville perd l’occasion d’un événement d’ampleur mais surtout se voit privée du soutien financier pour ses grands chantiers comme l’extension du musée Fabre, la rénovation de la maison de Frédéric Bazille au domaine de Méric ou la restauration de l’église Sainte-Anne, tous intégrés au projet européen. L’état, la Région, l’Europe et des mécènes privés étaient venus en renfort dans le budget d’investissement qui s’élevait à 124 millions d’euros. Il faut tout revoir.

Les points positifs ? Le “fighting spirit” du Maire, sa foi dans la culture, ses qualités de rassembleur mais avant tout une tentative de faire de la culture autrement. 800 acteurs sociaux, culturels, associatifs, éducatifs avaient été mobilisés. Une horizontalité appréciable et nouvelle dans l’élaboration d’une offre culturelle. Une ville-centre sortie de ses murs de manière inédite. Une petite révolution à laquelle il manquait peut-être un grand projet emblématique, incarné. Et, à ce stade de la compétition, une véritable adhésion populaire.

Malgré l’assurance du Maire de Montpellier de poursuivre “sous des formes différentes”, en maintenant l’activité de l’association Montpellier 2028 dont un prochain CA se réunit en janvier, qu’en restera-t-il une fois que tout le monde sera rentré à la maison ?

(*) C’est-à-dire la connexion entre le projet et la stratégie de développement à long terme de la ville, le contenu culturel et artistique, la dimension européenne, l’implication des citoyens, et notamment des minorités et des jeunes, la capacité d’assurer une base financière, institutionnelle et de gestion solide pour le projet, et enfin une capacité d’accueil des visiteurs attendus.

(**) de gauche à droite, le soir des résultats, Michael Delafosse, maire de Montpellier, Yann Galup, maire de Bourges, Olivier Bianchi, le maire de Clermont-Ferrand et Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen. 

(***) De gauche à droite, Stéphane Sitbon Gomez, directeur des antennes et des programmes de France Télévisions, Nicolas Dubourg, directeur artistique de M28, Virginie Nieddu, responsable artistique du Collectif Le Baril, co-directrice du festival Clapotis, François Commeinhes, maire de Sète et président de Sète Agglopôle Méditerranée, Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole, Sophie Léron, directrice générale de M28, Clesh Atipo‑Ngapi, premier vice‑président par intérim du Conseil départemental et municipal de Brazzaville, premier adjoint au Maire, Yvette Tabu Inangoy, commissaire en charge de la culture et des arts de la Ville de Kinshasa, la chanteuse lyrique Adèle Charvet, présidente de l’association Montpellier 2028, Claire Fita, vice-présidente de l’association M28, vice-présidente de la Région Occitanie en charge de la culture.

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Wilder Françoise
Wilder Françoise
2 mois il y a

Vous montrez clairement les nombreux feuillets de cette candidature.Je souhaite que le travail de projet porte ses fruits dès maintenant .

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