Fabcaro nous a reçu chez lui à Bédarieux

Rencontre à Bédarieux, son fief, avec Fabrice Caro, dit Fabcaro. Le dessinateur de bd prolixe, auteur multiprimé de «  Zaï, Zaï, Zaï » s’est remis aux roman. Douze ans ans après « Figurec », qu’on croyait être un « one shot » chez Gallimard, il a écrit un livre fascinant qui navigue entre rire et émotion le temps d’un repas de famille.

Lundi matin, jour de marché à Bédarieux. Plutôt que de rencontrer Fabcaro dans un café bruyant, je l’ai retrouvé à la croisée du chemin de Cantalaures et de Clairac. Assis sur des murets de pierres sèches, nous avons discouru dans le vent léger du « Discours » son deuxième roman qui vient de sortir chez Gallimard.

Quand on lui demande si ce livre est autobiographique, il éclate d’un rire joyeux, en disant « heureusement que non », puis, en y réfléchissant, il se dit que peut être bien que ce héros timide et introverti lui ressemble étrangement.

Par quel miracle ce dessinateur de bd et écrivain prolifique s’est retrouvé sur les causses de Bédarieux ? « Ma femme est instit et a été mutée au début des années 2000 à Bédarieux. Je me suis d’abord dit que j’allais déprimer dans ce trou perdu. » Ce trou perdu l’a happé et il n’en est plus reparti. L’auteur de « ZaïZaïZaïZaï », énorme succès de librairie qui l’a propulsé dans le peloton de tête des auteurs de bd, aime ce causse qui se mérite, ces murets de pierres, les collines douces qui se découpent dans le ciel des hauts de l’Hérault et ces chemins sauvages où sa pensée suit son cours en toute liberté comme dans « Le Discours ».

« J’ai écrit ce livre en quelques mois entre plusieurs projets, mais toujours d’un seul jet. Je me mettais à ma table de travail plusieurs heures par jour et j’essayais d’écrire comme on pense, suivant le chemin de la pensée. Enfin, j’ai essayé car on n’écrit jamais réellement comme on pense. Mais en tout cas, je voulais écrire en temps réel, c’est à dire que le temps qu’on mette à lire le livre soit le temps du repas.»

« Bédarieux ? Je me suis d’abord dit que j’allais déprimer dans ce trou perdu »

« ZaïZaïZaïZaï », énorme succès de librairie qui a propulsé Fabcaro dans le peloton de tête des auteurs de bd français. Un livre publié par 6 Pieds sous terre, maison d’édition montpelliéraine.

« Dans les livres que je lis, si à un moment ou à un autre ça ne parle par d’amour, je m’emmerde ! »

Fab Caro est en dédicace, avec Fabrice Erre, le 21 décembre à « En Traits libres », 2 rue du Bayle, Montpellier.

Un sms envoyé à 17h24 à Sonia qui vient de le quitter pour « faire une pause » et qui reste sans réponse est le fil rouge de ce roman hilarant qui décrit tout en aparté un repas de famille banal. Mais derrière la banalité des propos et des rapports de la mécanique familiale dont son héros, Adrien, analyse cyniquement les contours, se cache beaucoup de tendresse. Quand on parle à Fabcaro de cette distance très fine et en même temps très cruelle dont il se sert pour parler de la famille, il confie une grande tendresse pour sa propre famille.« La distance permet de parler pudiquement des choses et de l’amour. »

Entre les bribes débridées du futur discours qu’Adrien devra faire pour le mariage de sa sœur et les raisons qu’il s’invente, toutes plus baroques les unes que les autres, pour excuser son ex de ne pas répondre à son sms, se dessine l’itinéraire touchant et désabusé d’un amoureux déprimé dont les angoisses et les regrets d’un amour qui prend l’eau nous touchent et nous font rire.
« Je ne pensais pas du tout faire un livre drôle ! Je voulais faire un livre sur le chagrin d’amour et tous les retours de lecteurs que j’ai ne parlent que de la drôlerie de ce livre. » Quand on fait remarquer à l’auteur de « Et si l’amour c’était aimer » qu’il y a toujours une histoire d’amour planquée dans ses livres, il avoue :« L’amour il n’y a que ça de vrai et dans les livres que je lis, si à un moment ou à un autre ça ne parle par d’amour, je m’emmerde ! »

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