Le MOCO : centre d’art « éco-responsable »

« Approche frugale » de l’architecture, un bâtiment réformé, pas de collections propres mais des collections importées et recyclées. Comment faire de l’art contemporain en période de crise budgétaire ? Comment être prestigieux avec peu ? Le futur centre d’art de Montpellier innove avec une approche muséale « éco-responsable ». On est très loin des 150 millions de la tour de Frank Gehry à Arles. Malgré cela, son coût fait polémique.

C’est LE grand projet culturel montpelliérain né d’une reconversion du Musée de l’histoire de France en Algérie en une « destination plus contemporaine et moins problématique ». Lors d’une conférence de presse, Philippe Saurel a annoncé son ouverture officielle, le 29 juin. C’est dans l’hôtel particulier de Montcalm avec parc, tout près de la gare, que se tiendra le HUB d’un dispositif englobant ce futur MoCo, l’Ecole des Beaux Arts et la Panacée, sous la direction de Nicolas Bourriaud.

Les collections des autres

Celui que son directeur appelle « un quasi-musée » est un « centre d’art ». Dans la discipline, cela veut dire qu’il n’aura pas de collections à lui. Et donc pas à débourser des sommes colossales pour faire l’acquisition d’œuvres d’artistes majeurs. Par exemple, la collection japonaise qui va l’inaugurer est estimée à 15 millions d’euros. C’est cette politique d’accueil des « collections des autres » qui en est un trait distinctif.

Une approche architecturale « frugale »

Même chose pour le projet architectural. « Nous avons eu une approche frugale du projet. Nous faisons avec ce qui est déjà en place, avec le leg » souligne l’agence de Philippe Chiambaretta. Seule modification d’ampleur : la surélévation d’une partie du bâtiment, l’enfilade des pièces de l’hôtel particulier n’offrant pas « les minimas requis » pour une institution muséale.
« Modestie de l’équipe », enfin, selon le mot de Nicolas Bourriaud : 6 curateurs ont été recrutés pour s’occuper des 9 expositions annuelles de la Panacée, des 3 grandes expositions par an du MoCo, des projets hors-les-murs de l’Ecole des Beaux-Arts, ainsi que de l’opération « 100 artistes dans la ville ».

« Novateur »

« Pour être remarquable, il faut être différent, a souligné le grand artiste Bertrand Lavier, concepteur du jardin du MoCo, le jour de la conférence de presse. Il faut inventer des modèles. Ce qui est fait à Montpellier est novateur. C’est mieux que de reproduire des modèles qui s’essoufflent ». C’est cette innovation qui fait l’objet, actuellement, d’une campagne de communication parisienne.

Quand même… un projet-ogre ?

C’est un tout autre son de cloche sur le territoire. Les chiffres impressionnent. Malgré le principe éco-responsable du recyclage du bâtiment et des collections, l’opération a un coût. Depuis le début de la rénovation du lieu, 22,5 millions d’euros ont été engagés dont 6 millions pour sa « transmutation » en centre d’art. Une bonne partie a déjà été payée : 3 millions sont crédités sur l’année 2019 + un coût de fonctionnement qui grimpera à 6 millions d’euros pour les 3 structures de l’ensemble MoCo : nouveau centre d’art/Beaux-Arts/Panacée. La question est complexe. Elle a été posée par des élus socialistes. Elle prend à rebours le monde culturel. Derrière la proclamation vertueuse d’une ambition culturelle -assortie de moyens- pointe la légitime et cuisante question de l’équité et de la redistribution. Cet effort budgétaire impactera-t-il le reste des subventions au secteur culturel ? Philippe Saurel est resté évasif, évoquant un engagement « conservé » pour le secteur. Sensible…

Le site du MoCo : moco.art

Les chefs d’oeuvre de la collection Ishikawa
Pour inaugurer le MoCo : une sélection d’oeuvres de la collection Ishikawa, initiée en 2011 par l’homme d’affaires japonais Yasuharu Ishikawa. Le commissariat en a été confié à Yuko Hasegawa, directrice artistique du Musée d’art contemporain de Tokyo (MOT). Personnalité du monde de l’art au Japon, elle a réuni une cinquantaine d’œuvres de 20 artistes internationaux : On Kawara, Félix Gonzales Torres, Pierre Huyghe, Tino Sehgal, Simon Fujiwara…

100 artistes dans la ville
Du 8 juin au 28 juillet aura lieu une pré-inauguration du MoCo, avec une ZAT, Zone artistique temporaire [cette manifestation éphémère qui s’incarne, chaque année dans un quartier différent]. Cette fois, 100 artistes régionaux, nationaux, recrutés par divers canaux (et non par un appel à projets unique) investiront la ville des rues aux vitrines des magasins, entre la gare et les Beaux-Arts.

Combien de visiteurs ?
2 millions de voyageurs par an avec la SNCF, 200 000 par jour pour le tram. Très étonnant (ou très prudent) : aucune prévision de fréquentation du futur Centre d’art n’a été communiquée. Sinon la fourchette optimiste donnée par Philippe Saurel : entre 500 000 et 1 million de visiteurs par an. Sachant que le solide et prestigieux musée Fabre peine à dépasser les 300 000 visiteurs annuels. Autre indication : la Panacée [qui se spécialisera dans l’art émergent, tandis que le MOCO donnera dans le très haut de gamme], accueille 120 000 visiteurs par an.

Nicolas Bourriaud au moins jusqu’en 2020
Il est là jusqu’en 2020. Initialement engagé jusqu’à l’ouverture du MoCo en 2019, Nicolas Bourriaud, fondateur du Palais de Tokyo à Paris, a signé un contrat de 3 ans, en janvier 2018, au moment de la création de l’établissement public (EPCC) du MoCo [regroupant le nouveau Centre d’art + La Panacée + l’Ecole des Beaux-Arts].

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