PRINTEMPS DES COMÉDIENS : L’EFFET ADJANI

« Bientôt, il sera plus important de venir au Printemps des Comédiens qu’au festival d’Avignon » : cette petite phrase d’Adjani reprise sur les réseaux sociaux, on peut considérer qu’elle est un peu l’acmé d’un festival. Elle dit ce que tout le monde pense au sujet de cette édition 2019. Le festival monte les marches, d’année en année, avec une certaine force tranquille.

Un Printemps des Comédiens chinois

Il y a eu cet article du New-York Times [« A french festival where the actor is king »], le genre de baromètre très apprécié. Plein de choses : les très voyantes bannières rouge-théâtre de France Inter, le supplément des Inrocks, les transats Télérama attestent d’une montée en gamme auprès des médias nationaux. Pour la première fois, l’AICT, association internationale des critiques de théâtre, venus du Japon, de Suède, du Nigéria, y ont tenu une réunion. Mieux : une délégation de responsables culturels chinois est venue envisager le lancement d’une édition chinoise du Printemps des Comédiens à Pékin ! Le 12 juin, le soir de la première, Jean Varela maniait une puissante auto-dérision, sans doute pour désarmorcer l’esprit de sérieux qui guette. Dans l’entourage d’Isabelle Adjani, on apprécie que le Printemps des Comédiens offre la convivialité et « la pureté  des débuts d’Avignon ».

Star sous un chapeau de paille

Adjani. La voilà, justement, sous un beau chapeau de paille [qu’elle portait l’après-midi même pour une virée en Camargue comme l’atteste la photo], qui rejoint le cocktail donné dans un espace dédié, en bois, sous la pinède. Photos interdites mais on peut quand même lui parler. C’est un visage de porcelaine qui s’approche. Une énergie enfantine se dégage de ce monstre sacré aux yeux d’un bleu surprenant. Elle est comme suspendue, plus qu’irréelle, se trouvant encore dans cette phase vulnérable qui se situe entre la fin de la pièce, ce moment où il faut quitter le rôle et le retour à la réalité. Qu’est-ce qui s’est dit dans cet échange intimidant ? Difficile d’être très précis. On a parlé de Gena Rowlands qui a créé le rôle de cette actrice vieillissante aux prises avec ses démons. « Je suis aussi brune qu’elle est blonde !». De la perdition des actrices, qui « est un sujet pour toutes les actrices ». Des paroles de première, vite dissoutes dans le brouhaha des invités.

Des applaudissements hésitants

A quelques mètres, le grand Ariel Garcia Valdès, qui a fait du Conservatoire d’art dramatique de Montpellier une institution de renom, l’a trouvé « géniale ». Pourtant, ce sont des applaudissements mous qui ont accueilli la pièce, quelques minutes avant. Qui ont fini par se faire plus sonores et plus énergiques devant les saluts émus de la star. Pris d’assaut à la billetterie, ce mémorable « Opening Night » a été déroutant de bout en bout.

Le talentueux Cyril Teste a fait une proposition à triple fond sur les pas de John Cassavetes. Une actrice célèbre, devant jouer un rôle de femme éprouvée, est-elle même obsédée par la mort accidentelle d’une fan. Choquée, elle craque, devient imprévisible. C’est le thème du film du cinéaste-culte américain (1977) qui est donné à voir sous la forme d’une répétition théâtrale. Cette actrice borderline qui en interprète une autre s’enrichit d’un troisième personnage : celui d’Adjani, qui y imprime ses crises et ses doutes. Une vertigineuse mise en abîme encore renforcée par le travail filmique et sonore qui se fait en direct sur le plateau, laissant le spectateur dans un état d’inconfort, pris dans les méandres d’une forme mouvante entre théâtre et cinéma.

Un ange est passé

Dans ce jeu de masques et de miroirs, un acteur s’incarne à merveille, c’est Frédéric Pierrot dans le rôle de compagnon de jeu de cette vedette à la dérive. Tout en étant grandiose et aussi vibrante que possible, Isabelle Adjani a des excès et des postures qui peuvent bouleverser ou pas… Mais un ange est passé.

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