Michaël Delafosse : un nouveau souffle culturel

La culture est « au cœur de mon projet ». Donnant ses premiers mots devant une caméra, dimanche soir, le nouveau maire de Montpellier a fait une vibrante profession de foi. A l’initiative de la ZAT et de l’Agora des savoirs, il a été un élu à la culture inspiré et crédible de 2008 à 2011. Son mandat est clairement axé sur la culture dans l’espace public. Alternance oblige : quelques départs sont inévitables.

 

 

« BIENVEILLANCE » POUR LES ARTISTES

Mars 2014 : de nombreux acteurs culturels signent une lettre de soutien au candidat socialiste à la mairie de Montpellier, Jean-Pierre Moure. Sauf que c’est Philippe Saurel qui est élu… Et va faire payer cher ce ralliement à quelques-uns, en les privant de subventions. Cette affaire de la liste noire de la culture -un traumatisme- est un bon filtre qui aide à comprendre ce qui se joue aujourd’hui.

Durant le mandat 2014/2020, les évictions se multiplient : de Numa Hambursin du Carré Sainte-Anne puis de Régis Penalva de la direction de la Comédie du Livre, tous deux proches de Michaël Delafosse mais aussi de Valérie Astesano, directrice de la culture, de Jean-François Bourgeot, directeur de Cinemed… Elles ont aggravé le lourd contentieux de l’ancien Maire avec le monde culturel. Tant de mauvaises graines plantées ont fait pousser une forêt d’hostilité…

Juin 2020 : le temps de la « bienveillance ». Aucun artiste ne doit être « pris en otage » souligne à l’envi le nouveau maire socialiste qui se pose en élu réparateur et veut « sécuriser les parcours artistiques par un conventionnement pluriannuel ». Son mandat sera celui des artistes locaux. « Qu’on s’occupe de nos artistes locaux ! » réclame la DJ Zita Spagiari, très engagée à ses côtés dans cette campagne. C’est formidable sur le papier. Vertueux. Mais Montpellier flirte avec la tentation d’un souverainisme languedocien et d’un rabougrissement.

DES LIEUX

Demande constante du monde culturel : des lieux pour créer et répéter. Montpellier est à la traîne dans ce domaine. La ville devrait se doter de nouveaux tiers-lieux. Il est prévu de « transformer le Carré Saint-Anne (actuellement fermé) en résidences et ateliers d’artistes« .

LE MAIRE DE L’ESPACE PUBLIC

Une femme devrait avoir une grande place dans le dispositif : Fatma Nakib. Professionnelle des arts de la rue, elle conseillait la candidate écologiste Coralie Mantion avant la fusion des listes. Elle pourrait occuper les fonctions d’adjointe à la culture pour ce mandat placé sous le signe de l’espace public. Mais on parle aussi de la directrice de campagne, la socialiste et ancienne députée, Fanny Dombre-Coste à ce poste. Michaël Delafosse compte multiplier les événements dans les quartiers, les « grandes représentations de plein air » [y amenant l’orchestre par exemple], dans le parc Montcalm, sur la place de l’Europe, au Jardin des Plantes. Il a même parlé d’une saison « de musique ou de théâtre dans l’espace public ». Et d’une nouvelle ambition pour les Zones artistiques temporaires (ZAT), qui manquaient terriblement de vision depuis le départ de leur promoteur, Pascal Le Brun-Cordier.

CRÉATION D’UN FESTIVAL DES ARTS ET DE L’ÉCOLOGIE

Il devrait y avoir un nouveau grand festival à Montpellier. Même si c’est encore un peu flou, le programme du candidat fait état d’un «festival de l’art, de la culture et de l’écologie, chaque automne» dans « divers lieux emblématiques de la ville ». Ce nouveau projet permettrait de réunir « les amoureux du street-art, de l’écologie, et des musiques urbaines » et mêlerait artistes et chercheurs.

LA GALAXIE DELAFOSSE

Même si le monde culturel a peiné à se mobiliser et à retrouver le goût d’une expression libre, quelques personnalités se sont engagées auprès de Michaël Delafosse. En première ligne : des quadragénaires exclus du système Saurel, qui ont mis quelques cheveux blancs avant leur imminent retour aux affaires. Parmi eux, Régis Penalva, ancien directeur de la Comédie du Livre. Il devrait jouer un rôle de premier plan. Numa Hambursin aussi. On voit mal comment la mise à plat du projet MoCo, annoncée par le nouveau maire, pourrait se faire sans l’ancien directeur artistique du Carré-Sainte-Anne, actuellement chargé de la Fondation d’art contemporain du promoteur Helenis au sein de l’hôtel des Pourcel, place de la Canourgue. Julien Bouffier : proche de Michaël Delafosse, il était heureux, le soir de la fête entre militants sur l’esplanade, que le nouvel élu embrasse sa fille. Pour ce metteur en scène doué mais blacklisté, peut-être une heure venue. Tout aussi douée, la metteuse en scène Hélène Soulié, qu’on verra beaucoup à l’automne prochain, « tellement heureuse pour Montpellier ». Et de la même génération : quelques belles actrices -et metteuses en scène- montpelliéraines comme Vanessa Liautey, Claire Engel et Fanny Rudelle.

Un soutien de poids, même s’il pose question : c’est celui du président national du Syndeac, principal syndicat français du spectacle vivant, Nicolas Dubourg, également directeur du théâtre universitaire de la Vignette. On peut citer aussi Jean-Claude Fall. L’ancien directeur du Centre dramatique national a été très présent en arborant un tee-shirt de la liste « Montpellier Unie ». Nourdine Bara : bien qu’étant resté à distance, l’activiste de la Paillade a été tellement cité et couvert d’éloges par Michaël Delafosse qu’il devrait logiquement être récompensé de ses actions. Talaat El Singaby : grillé sous Saurel, le directeur des Internationales de la guitare, soutenu par la Région, devrait bénéficier d’un retour en grâce, après un ralliement tardif à Delafosse. Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou : les éditeurs du best-seller d’ « Indignez-vous » de Stéphane Hessel, bien que retirés au bord de l’étang de Thau, n’ont eu de cesse de fustiger la politique culturelle de Philippe Saurel et de soutenir ostensiblement Delafosse.

QUI PART ?

Nicolas Bourriaud ? En substance, pour la nouvelle équipe : le MoCo est « trop cher » et doit être reprogrammé. Dans l’entourage du nouveau premier magistrat, on ne s’en cache pas : si le directeur du MoCo ne coopère pas à la refonte du projet, il partira. Nicolas Bourriaud paraît s’y préparer. A LOKKO, il confie : « si on me vire, je le ferai savoir ! ». Lire notre précédent article, ici.
Florence Bouchy ? La journaliste, collaboratrice du « Monde des livres », qui s’était pleinement adaptée aux demandes de l’ancienne municipalité, ne devrait pas continuer à faire des allers-retours entre Paris et Montpellier pour diriger la Comédie du Livre si son prédécesseur, Régis Penalva, fait son retour.
Gilles Gudin de Vallerin ? Au cœur du conflit entre Philippe Saurel et Régis Penalva [dont il était le supérieur hiérarchique], le directeur des médiathèques de Montpellier ne devrait pas être totalement à son aise dans cette nouvelle configuration.
Valérie Chevalier ?
La nomination de l’ancien Préfet Jean-François Carenco à la présidence de l’OONM (Orchestre et Opéra national de Montpellier), plutôt apparenté à la Saurélie, qui ne croyait pas du tout à la victoire de Delafosse, ne constitue pas un atout pour la directrice de l’établissement. Mais son bilan plaide pour elle. Et on ne lui connaît pas de contentieux avec Michaël Delafosse, spectateur régulier de sa saison.
Jean-Paul Montanari ?
Dans le viseur de Philippe Saurel pendant la campagne des Municipales de 2014, le directeur de Montpellier Danse a sauvé sa peau. Il a été particulièrement discret durant cette dernière campagne. Très estimé dans la Frêchie qui fait son grand retour aux commandes à travers Michaël Delafosse et sa co-listière Julie Frêche, et intime de Claudine Frêche [la fille et la veuve de Georges Frêche], il devrait pouvoir, à 73 ans, gérer sa succession sans pression.
Gilles Mora ?
Même s’il est apprécié, le sort du directeur artistique du Pavillon populaire, paraît incertain dans l’hypothèse ou la structure de l’Esplanade serait annexée par son puissant voisin d’en face, le musée Fabre (lire ci-dessous).

LES SECTEURS QUI BOUGENT

Cirque. Il manquait un lieu à cette discipline. La nouvelle équipe envisage de faire des Halles des 4 saisons à la Paillade un lieu de référence pour les arts du cirque.
Street-art. C’est le grand gagnant de ce nouveau mandat. Pour les artistes d’un secteur florissant, et injustement ignoré (notamment par le MoCo), c’est la sortie du Verdanson qui se prépare.
Arts plastiques. Si le MoCo est dans le collimateur, le musée Fabre sort consolidé de ces élections. Le Pavillon populaire, espace dédié à la photo, deviendrait un département du prestigieux musée montpelliérain dirigé par Michel Hilaire. Avec la constitution d’une collection de photos d’art.
Musiques actuelles. L’autre grand gagnant. Les lacunes et la fragilité financière de la salle Victoire 2, qui bénéficie pourtant du statut national de SMAC (Scène des musiques actuelles) sont le sujet de bien des conversations. La salle devrait « être rénovée ou peut-être renaître ailleurs ».
Théâtre. Pas de souci à se faire pour le Centre dramatique national, engagé et solidaire. Nathalie Garraud et Olivier Saccomano paraissent raccord, tout comme Jean Varela au Printemps des Comédiens. Une information a été donnée durant la campagne : « le théâtre doit retourner à l’Opéra-comédie » plutôt réservé à la musique classique jusqu’ici.
Danse. Une question risque (enfin !) d’être posée au grand jour : la sous-utilisation du théâtre de plein air de l’Agora, rue de l’Université. Un outil extraordinaire qui sert seulement quelques jours par an, pendant le festival Montpellier Danse.
Culture scientifique. Un nouveau « Musée de la connaissance » permettrait de protéger et valoriser des collections scientifiques en partenariat avec les universités montpelliéraines.
Montpellier Capitale internationale de la culture. Après Lille en 2004 et Marseille en 2013, Philippe Saurel avait envisagé la candidature de Montpellier comme Capitale européenne de la culture en 2028. Mais « rien n’a été fait et il est trop tard » a déjà tranché le nouveau Maire.

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