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Marie-Cécile Zinsou, l’Amazone blanche de l’art africain

Invitée des rencontres de Pétrarque, ce jeudi 8 juillet sur le thème de la restitution de l’art africain (lire ci-dessous), Marie-Cécile Zinsou est à la tête de la fondation Zinsou, à Cotonou au Bénin, dont une centaine d’œuvres sont actuellement exposées au MOCO. Portrait d’une des femmes les plus influentes dans le domaine de l’art en Afrique qui a vécu une partie de son enfance à Montpellier.

 

 

Elle a « un peu grandi, ici » avec sa grand-mère et ne cachait pas son bonheur lors de l’inauguration de l’exposition dédiée à sa fondation, le 2 juillet dernier. C’est une femme à l’énergie joyeuse, blanche de peau et noire de cœur. Un teint qu’elle doit à sa mère vosgienne, et professeure de français. « Vu ma taille, on m’a souvent prise pour la fille du général de Gaulle à mon arrivée en Afrique » aime-t-elle plaisanter.

De l’Afrique, elle ne connaissait que ce que lui en disaient ses parents, de son art, seulement ce qu’exposaient les musées français. Elle est née en 1982 à Paris durant l’exil de sa famille. Marie-Cécile Zinsou est la petite nièce de l’ancien président du Bénin, Emile Derlin Zinsou condamné à mort par contumace par le président marxiste-léniniste Mathieu Kérékou à son arrivée au pouvoir en 1974.

Lionel Zinsou, son père et mécène

Elle a 20 ans quand elle foule le sol béninois pour la première fois. Elle ne quittera plus son deuxième pays, faisant des aller-retours entre sa villa de Cotonou, remplie de statuettes africaines, et son domicile parisien de Saint-Germain-des-Prés aux coussins en wax sur les canapés.

En 2005, elle ouvre sa fondation avec l’aide financière de son père, lui aussi, éminente figure béninoise. Lionel Zinsou a été premier Ministre du Bénin entre 2015 et 2016 et candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2016 face à Patrice Talon, l’actuel dirigeant du pays. Economiste réputé, il a été conseiller de Laurent Fabius alors premier Ministre, est passé par la banque Rothschild, et préside actuellement le think-tank français d’obédience sociale-libérale, Terra Nova. Son premier fan. Il la surnomme « l’amazone », en référence aux guerrières des rois africains représentées par l’artiste béninois Cyprien Tokoudagba.

Le premier musée d’art contemporain africain

Au Moco, vendredi dernier, elle a raconté en quelques mots l’aventure de cette prestigieuse fondation, une référence en Afrique : « A l’époque, tout le monde nous disait : mais enfin, si l’Afrique s’intéressait à son art, ça se saurait ! On ne savait même pas ce qu’était un accrochage. Et nous n’avons pas osé mettre le mot musée sur le fronton de notre fondation. Aujourd’hui, c’est un mot que nous avons apprivoisé. » Désormais, la fondation est une place-forte du boom actuel de l’art africain. Pour “soutenir les artistes qui ne sont pas du tout aidés en Afrique », elle fait l’acquisition d’oeuvres et s’est ouverte à des artistes non-africains. En 2013, Marie-Cécile Zinsou ouvre à Ouidah, ancien port négrier, le premier musée d’art contemporain africain sur le continent.

A la mort de Jacques Chirac, elle avait rendu un vibrant hommage à l’ancien président sur France Inter en racontant qu’il avait rapatrié des œuvres béninoises du musée du quai Branly au bénéfice de sa jeune fondation, il y a quinze ans, anticipant le débat actuel sur la restitution de ses oeuvres à l’Afrique. Une question relancée par le discours de Emmanuel Macron à Ougadougou en 2017 appelant à “un nouvel imaginaire entre France et Afrique” suivi d’un rapport, un an plus tard, intitulé “Restituer le patrimoine africain : vers une nouvelle éthique relationnelle”. Au MOCO, l’historienne de l’art s’est dite heureuse du « nouveau dialogue sur la restitution » engagé avec l’Elysée. « Ce n’est pas un honneur pour la France d’avoir dans ses collections des œuvres qui ont été pillées dans leur pays d’origine » a t-elle souligné en militante du droit des Béninois de ne “plus avoir à faire 5000 kilomètres pour voir leur histoire”.

Au Bénin, son chauffeur l’appelle « patron ». Désormais, la réputation des Zinsou en Afrique est liée à un prénom féminin, à cette grande blanche que les enfants de Cotonou appellent “fondation”.

 

“C’est la première fois qu’on est aussi contents d’être en France “

Elle a maintes fois montrée sa collection de mille pièces un peu partout dans le monde mais a tenu à insister sur la qualité de l’accueil montpelliérain, en particulier de l’équipe du MOCO : « C’est la première fois qu’on est aussi contents d’être en France ». A Montpellier, on retrouve des stars de l’art africain comme le congolais Chéri Samba, les photographes maliens Malick Sidibé et Seydou Keïta qui ont si bien documenté l’Afrique, un monument de la peinture africaine : le béninois Cyprien Tokoudagba jusqu’à la nouvelle génération notamment la spectaculaire sud-africaine, déjà vue à Arles, militante de la cause LGTB, Zanele Muholi ou encore le jeune photographe ivoirien Ishola Akpo et sa stupéfiante série sur sa mère en reine détournée, enfin Rotimi Fani-Kayodé, photographe gay dont les portraits d’hommes Yoruba ont de somptueuses teintes caravagesques.

Cosmogonies, Zinsou, une collection africaine jusqu’au 10 octobre au MOCO/Page d’accueil | MO.CO. (moco.art).

Photo ci-dessous : Pierre BODO, Sape, 2006, Peinture acrylique sur toile, 99 x 119 cm, Collection Zinsou, Courtesy Fondation Zinsou / photo © Jean-Dominique Burton.

 

Marie-Cécile Zinsou aux Rencontres de Pétrarque

L’art africain doit-il rester en Afrique ?

La restitution du patrimoine culturel africain reste un sujet d’actualité. Mais les rapports entre l’Afrique et l’Europe en matière d’art ne se résument pas à la seule question des spoliations. Les œuvres circulent d’un continent à l’autre. Suffisamment ? Avec Pap Ndiaye, historien ; Marie-Cécile Zinsou, présidente de fondation, franco-béninoise militante et Philippe Dagen historien de l’art et critique.

Jeudi 8 juillet à 18h15, cour du Rectorat, gratuit.

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