“Luzzu”, une fiction maltaise magistrale

Présenté au festival Cinemed en octobre dernier, “Luzzu” d’Alex Camilleri propose le portrait magnétique d’un pêcheur traditionnel maltais.

Le long métrage d’Alex Camilleri est rare tant l’industrie cinématographique maltaise se consacre principalement à l’accueil de superproductions hollywoodiennes. Son sujet est inédit : un pêcheur voguant sur luzzu, une barque traditionnelle vouée à la disparition sur  l’archipel.

Dans une réalisation très néo-réaliste, où les acteurs sont de vrais pêcheurs, repérés lors d’un casting sauvage à Għar Lapsi, Alex Camilleri vient chercher l’authentique substance de savoir-faire transmis par des générations entières, jusqu’à aujourd’hui. Son personnage principal, Jesmark (Jesmark Scicluna), évolue face à ce point de rupture, avec autant de douleurs que de panache. Héros ordinaire, comme il en existe encore dans les ports méditerranéens, ce dernier conjugue instinct de survie et attachement viscéral à une tradition maritime torpillée par les politiques économiques de l’Union européenne (Ndlr : l’entrée de Malte a eu lieu le 1er mai 2004).

Le contraste entre la photographie lumineuse et les scènes de nuit d’ailleurs sert la trajectoire de Jesmark, tiraillé entre perpétuation et abandon d’une activité de moins en moins rémunératrice et de plus en plus amère.

À bien des égards, cette narration d’un drame contemporain revêt forcément les accents d’un cinéma social comme l’a abordé Ken Loach, la dimension poétique en supplément. Sur le plan formel, chaque scène tournée par Camilleri puise dans l’immuabilité méditerranéenne, dont les littoraux disent quelque chose d’entêtant et magnétique. C’est en cela que le personnage de Jesmark ne pense jamais partir, chercher un ailleurs, tant le pays originel ne peut être quitté. Quand il rejoint le marché noir comme en entre en lutte, se joue une partition troublante, mélange magistral de survie et de dignité, brillamment incarnée par Scicluna.

Avec une grâce évidente, nourrie de séquences de la vie quotidienne plus vraie que nature, Luzzu conte combien il coûte de s’accrocher à sa natale Méditerranée.

 

“Luzzu” d’Alex Camilleri, sortie française le 5 janvier 2022.

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