Au festival Tropisme, Kiddy Smile, le prince français du Voguing

Kiddy Smile a développé en France cette danse de combat, issue de la communauté noire et gay américaine, où l’on bouge comme dans un défilé de mode. Portrait d’un artiste engagé, révélé au grand public par une fête de la Musique sur le perron de l’Elysée, à l’occasion de sa venue au festival Tropisme, ce samedi 7 mai.

Avril dernier, Kiddy Smile fusille la société avec son dernier clip Spreat It. En particulier, les violences policières dont sont victimes les membres de la communauté LGBTQIA+. Sur un Banger house drapé d’un clip coup de poing à la photographie léchée, on voit l’artiste couché au sol se voir affubler de : “Alors, tu fais moins le malin ? Tu t’es cru au cirque ? Espèce de fils de chien”. C’est un nouveau message adressé à la face du monde. Encore sur la difficulté d’être un homme noir et gay.

Ce n’est pourtant pas son premier poing levé en public et directement adressé aux autorités et sa première polémique. Retour quatre ans en arrière, le 21 juin 2018. Alors qu’il donne un concert sur le parvis de L’Élysée à l’occasion de la Fête de la Musique, Kiddy Smile s’affiche avec un t-shirt frappé du slogan “fils d’immigrés, noir et pédé”. Une prise de position qui sera très mal reçue par la droite et qui vaudra un “Au secours” de la part de Marine Le Pen. Mais le président de la République n’a aucu mal à s’afficher publiquement sur Twitter en compagnie du sulfureux DJ et de sa troupe de danseurs.

Issu d’une famille originaire du Cameroun, Kiddy Smile a grandi dans la cité de Groussay à Rambouillet en banlieue parisiennne. Pas évident d’imaginer sur de telles bases devenir en 2018 une icône du mouvement LGBTQIA+, tourner pour Gaspar Noé, être reçu par Emmanuel Macron et s’afficher en figure de proue de la scène voguing parisienne. Passionné de chant et de danse dès son enfance, il a pris des cours de danse contemporaine, s’est essayé aux battles de hip-hop, a auditionné pour être danseur sur la tournée Sticky and Sweet Tour de Madonna. Si l’expérience ne s’est pas concrétisée, elle a fait naître en Pierre-Édouard Hache, de son vrai nom, les premiers désirs d’une carrière musicale.

Le voguing : une danse politique

Préalablement nourri aux sons de feu DJ Mehdi, de Frankie Knuckles, ou de l’univers house, Kiddy Smile force les portes du milieu de la nuit parisienne, riche de sa grande carrure, de son look flamboyant, et de son parcours atypique. Une silhouette et un style qui tape dans l’œil des pontes du milieu de la nuit, l’entraînant vers la scène du voguing : une danse issue de la culture ballroom new-yorkaise sur des beats house des années 90. Suite à la chanson “Vogue” de Madonna, en 1990, le mouvement parodie la revue célébrissime à laquelle la communauté gay et noire ne pouvait avoir accès, en bougeant et dansant à la manière des mannequins de mode. Tout lui correspond : la danse, l’effet mode, les sonorités groovy, mais aussi et surtout la dimension politique, sexuelle et sociale qui en découle. Il est à l’origine du développement en France de ce mouvement d’émancipation issu de la communauté LGBT noire américaine.

Le voguing, c’est un espace politique dans lequel on peut être ouvertement homosexuel et de couleur“, a affirme Kiddy Smile au Parisien. Il se sent faire partie des “opprimés”. “Mon quotidien, c’est la France, un pays qui n’arrive pas à assumer son racisme ambiant“, à l’oeuvre “même à l’intérieur de la communauté LGBT. Et en plus de ça, il faut gérer toute l’homophobie“.

Il twerke au milieu des barres HLM

Après une mauvaise expérience au sein du label parisien Because, Kiddy Smile choisit la voie de l’indépendance. Grâce à ses relations, l’artiste fait alors appel à une quarantaine de ses copains et copines vogueurs et vogueuses, à son ami le styliste Guy Tahi ainsi qu’au chorégraphe Hakim Ghorab pour la production d’un clip : Let a bitch know sorti en 2016. En plein cœur de la cité des Alouette à Alfortville dans le 94, lui et sa troupe twerkent en plein milieu des barres HLM en affirmant leur culture, tout en se réappropriant tous les codes de la banlieue.

Enjeu pour ces artistes : se réapproprier un territoire qui leur appartient, et affirmer leur orientation sexuelle. Ce qui n’est pas du goût des habitants du quartier : détritus lancés depuis les fenêtres des immeubles, insultes, menaces de mort, le tournage et les mois qui suivent la diffusion du clip sont vécus comme un enfer par le DJ et ses partenaires. La cité Alouettes devient la risée des autres quartiers pour avoir laissé ces vogueurs danser sur leur bitume.

Mais le message est passé. Le clip fait 1,8 million de vues sur Youtube et a marqué les esprits, puisqu’il a fait évoluer la visibilité de la communauté LGBTQIA+ en France, et participe à la démocratisation de la scène Voguing.

Aujourd’hui DJ, producteur, styliste, danseur, organisateur de soirées, et coqueluche des créateurs de mode, Kiddy Smile est consacré dans Paris is Voguing, un documentaire en immersion au cœur de la scène voguing à Paris et diffusé le 28 avril dernier sur France 4. C’est un artiste considérable dans son genre qui est l’invité ce samedi à la halle Tropisme.

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