Nous sommes tombés amoureux de l’Uruguay

De Sète à Ushuaïa. 13 500 km, 84 jours de navigation, 16 escales. Navigateurs et parents d’un petit garçon de 6 ans, les Montpelliérains Jean-Luc Tollemer et Sandrine Locci ont décidé de témoigner de la richesse de la planète et de ses océans en allant, en voilier, à la rencontre de leurs habitants.
Le périple a commencé le 17 septembre 2018 à Sète. La famille navigue à bord du voilier Luna Blu, propriété de la société Carbone-free, partenaire de cette aventure initiée par Planète en commun à Montpellier. Après le Brésil, ils sont actuellement en Uruguay. 

« Si tu oses, tu gagnes. » Cette petite maxime que nous a récemment confiée Jojo et Roro, un couple de tourdumondiste français retraité et installé à La Paloma, me trotte dans la tête.
Question audace, il y a longtemps que le plus petit pays d’Amérique du Sud, quiché entre le géant Brésilien et le mastodonte Argentin, n’a plus rien à apprendre à l’ancien monde. Et nous l’avons vérifié. Sur les dunes de Cabo Polonio comme dans la pampa uruguyennes, il souffle un petit vent de liberté, juste ce qu’il faut pour se tenir droit et affronter debout l’existence même ou surtout quand elle est un peu rude, comme le gaucho son béret noir sur le front, perché sur son caballo qui dirige sans lever le petit doigt son troupeau.
Nous, à part oser rouler en réserve avec notre voiture de location dont le passage a sans doute fait tourner la tête d’une ou deux vaches, on n’a pas beaucoup brillé cette semaine par notre audace. Et pourtant, n’en déplaise à Roro et Jojo on a gagné sur toute la ligne. Le jack spot, la barraca ! Car l’Uruguyen, en plus d’être audacieux est généreux et partageur. Bref un mouton ou plutôt une vache à 5 pattes dont on est tombé raide dingue. Et ça, c’est à cause de Eliana et Juan Andres, deux audacieux urugayens.
Notre histoire a débuté quelques jours après notre arrivée. On avait déjà noyé nos doutes dans un maxi asado (1) au restaurant du coin, goûté aux empañadas (2) et aux buňelos de algas (3), fait fricasser une livre de crevette de la laguna Rocha (4), harpenté les immenses plages de La Paloma et acheté 100 leçons d’espagnol à Babel (5), quand on a croisé leurs sourires sur le quai du port de La Paloma devant leur petit voilier sans âge. Chance !
Une famille avec 3 enfants qu’on a aussitôt invitée à « tomar una cerveza » (6). Et 24 heures plus tard on a accueilli sur le Luna Blu, Eliana, 34 ans, Juan Andrès, 42 ans, Pilar, 9 ans, Juana, 7 ans et Juan José dit Titito, 3 ans. Et là, pendant que les mômes détruisaient les cabines, on a bu des bières, mangé des chips et fait connaissance. Et ce sont les baillements de nos enfants qui ont sonné la fin de la soirée vers 23h.
Une soirée animée, sans temps mort, avec des éclats de rires et des échanges passionnés sur la voile, le port de La Paloma, les enfants, la politique, les asados, les pamperos, le salaire moyen, la France et l’Uruguay, le travail, les vaches, le voyage, les gauchos, la planète, les riches de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres, nos espoirs et nos doutes.
Et comme on s’était pas tout dit, Juan Andres et Eliana nous ont proposé de venir manger un asado, chez eux dans leur petite maison dans la prairie, à côté de Rocha. Un premier road trip-camping en Uruguay et 24h de tempête dans le port de La Paloma plus tard, nous fêtions autour du brasero les 80 ans de Casimirio, le papa de Eliana, dans une famille presque la nôtre. Celle qui surveille Romiro, le petit dernier qui joue avec les grands, celle qui vous fait reprendre 3 fois d’un plat parce qu’il faut tout finir, celle qui s’interroge sur le mouvement des Gilets jaunes et le montant des fonds collectés pour Notre Dame alors que des enfants n’ont rien à manger, celle qui vous lave votre linge, celle qui vous ouvre sa porte en grand et ses bras aussi et qui pleure en vous disant « à bientôt ».
Un anniversaire comme on en connait tous finalement, un moment précieux et un peu plus pour nous à 10 000 km de notre pays, la tête en bas, avec vue sur la campagne urugayenne. Nous sommes le lundi 29 avril 2019, il est 8h00 du matin à La Paloma en Uruguay et tout va bien à bord du Luna Blu.

Sandrine LOCCI

(1) L’asado est le plat national et une institution en Uruguay. Le plus souvent ce sont des morceaux de boeuf, d’agneau, de la saucisse et du boudin et aussi des abats grillés au feu de bois ou cuits au four. En Uruguay, les vaches sont toute l’année dans la pampa. (2) Chaussons salés à la viande, au poisson, aux crevettes ou à d’autres ingrédients. (3) Beignets d’algues. (4) En Uruguay, on trouve plusieurs lagunes d’eau douce dont certaines sont riches en crevettes. Les lagunes sont des sites protégés. Rocha est le nom du département dans lequel se situe La Paloma. C’est aussi le nom de la commune principale. Elle compte plus de 30 000 habitants. (5) Babel est une application payante d’apprentissage de langues. Idéal pour les débutants ou pour se remettre à une langue. Indispensable pour pouvoir échanger avec les habitants d’un pays. (6) Prendre une bière.

LES PLUS HAUTES DUNES D’AMÉRIQUE DU SUD

A notre arrivée en Uruguay, nous avions reconnu les dunes et les petites maisons de Cabo Polonio depuis la mer. Cette semaine, nous avons visité ce site exceptionnel, protégé depuis 2009 : des dunes à perte de vue qui seraient les plus hautes d’Amérique du Sud, accessibles uniquement en buggie, sans voiture, ni eau courante, ni électricité. Elles sont habitées par les descendants de ceux qui les ont découvertes il y a un siècle et ceux qui depuis y ont développé une activité liée au tourisme. Cabo Polonio fait actuellement l’objet d’un plan public de sauvegarde très controversé par les habitants. Cabo Polonio abrite aussi une colonie de lions de mer que l’on peut observer depuis la côte. Grognements et odeurs garantis.

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