Jean-Pierre Suc, l’homme du midi qui n’avait pas trouvé sa place au soleil

Encore une semaine pour voir la belle expo consacrée au très méconnu Jean-Pierre Suc (1927-1960) à la Halle Tropisme : guitariste de jazz, chanteur, auteur de plus de 60 chansons, peintre et fondateur du Cheval d’Or, fameux cabaret chansonnier de la rive gauche. Riche initiative que l’on doit à Thierry Verdier, enseignant à Paul Valéry.

 

 

Le cheval d’or, lieu mythique et insolite

Pour les amateurs de chanson et pour les connaisseurs de la rive gauche, le nom de Jean-Pierre Suc n’était pas inconnu. Le natif du Clapas, dans le quartier Candolle, a été co-directeur du cabaret du « Cheval d’Or » (avec Léon Tcherniak, il faisait passer les auditions aux artistes), rue Descartes, dans le Vème arrondissement de Paris, à côté de la petite place de la Contrescarpe. Un célèbre cabaret parisien, contenant 35 places assises, qui pendant une quinzaine d’années accueillera des débutants nommés Raymond Devos, Anne Sylvestre, Ricet Barrier, Pierre Etaix, Pauline Julien, Pierre Perret… Un endroit insolite fréquenté aussi par les autres héraultais Georges Brassens, Bobby Lapointe, qui y a fait ses débuts, et l’homme de lettres Jean-Claude Carrière. Le bar, taillé dans une chaire d’église, s’inspirait de la cathédrale Saint-Pierre de Montpellier. Des chaises d’école pour s’assoir et sur les murs : les signatures des visiteurs de prestige dont une certaine Juliette Greco… Et un serveur à moustache, Léon, avec une tête de moujik. Sur la photo : le duo Serre et Suc au Cheval d’Or à Paris où Jean-Pierre Suc (à droite) était aussi directeur artistique.

Le duo avec Henri Serre, le Jim de « Jules et Jim »

Jean-Pierre Suc était aussi la face A du duo Suc & Serre. Serre, de Henri Serre, natif de Sète que l’on découvre à l’écran, en 1962, incarnant Jim dans le film éponyme de François Truffaut « Jules et Jim ». Serre, qui aura 90 ans en février prochain, de 4 ans le cadet de JPS. Ils s’étaient rencontrés à Saint-Jean du Bruel dans l’Aveyron et se sont retrouvés à la capitale.

Disciple du peintre Camille Descossy

Avant de partir à Paris, Jean-Pierre Suc a été le disciple du fameux peintre Camille Descossy : premier mari de Suzanne Ballivet dont LOKKO a parlé récemment (ici) et qui a été à partir de 1939 le directeur de l’école des Beaux-Arts, là où est désormais installée la Maison des Relations Internationales, au bout de l’esplanade. Mais aussi de Georges Dezeuze, autre fameux artiste du panthéon montpelliérain. C’est le premier mérite de cette exposition : nous faire découvrir les toiles peintes de cet artiste complet. Des copies certes mais aussi des œuvres originales au trait puissant. [Ici : « Le poisson », huile sur toile, 60 x 73, Collection Mireille Suc, Photo © Mireille Suc].

Des débuts dans le jazz à Montpellier

A Montpellier, Jean-Pierre Suc a aussi fondé en 1951, l’Original Jazz Gang, un orchestre de style « nouvelle-Orléans » dans un club qui restera dans les annales pour avoir accueilli un certain « Satchmo », autrement dit Louis Armstrong en personne : « La Cave » au sous-sol d’un café de l’Esplanade.

Brel : « pour moi, il n’y a que deux auteurs de chansons : Brassens et Suc ».

Il débarque à Paris en 1952, à 25 ans et plonge en plein quartier Mouffetard, c’est-à-dire dans la partie Est du quartier-latin. Autant dire un point névralgique du Paris de l’immédiat après guerre et qui pense, vit, et fait la fête ! Lui écrit des chansons. Une soixantaine. Le grand Jacques (Brel) a dit de sa plume : « pour moi, il n’y a que deux auteurs de chansons : Brassens et Suc ». Venant de la part de l’auteur du « Plat Pays », on réalise l’immensité du compliment.

Il se donne la mort dans un train
Un triste jour de mai 1960, alors qu’il s’apprêtait à rejoindre pour quelques temps sa terre natale, cet artiste complet qui « rêvait d’un tube » (selon René Fallet dans l’archive INA, ci-dessous) s’enferme dans les lavabos du train assurant la liaison Montpellier-Paris pour en finir avec la vie à l’aide d’un pistolet d’infortune. Il n’avait que 33 ans.
D’évidence, il avait encore bien des choses à nous offrir. Le premier et immense mérite de cette exposition est de réhabiliter un artiste à 100%, 60 ans après son départ. Cela n’avait jamais été fait.

 

Le catalogue de l’exposition riche de quelques 380 pages est à emporter aussi après visite (35 euros) et à conserver précieusement.

Expo à découvrir jusqu’au 4 octobre, du mardi au samedi de 14 à 20h et le dimanche de 12 à 18h. Tarif : 2 euros (accès libre pour les enfants).
Halle Tropisme, 121 Rue Fontcouverte, Montpellier Tél : 0467040810.

Une archive de l’INA sur Le cheval d’or.

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