LIRE LUC JULIA POUR NE PLUS AVOIR PEUR DE L’IA

Peu connu du grand public, Luc Julia est une figure mondiale de l’innovation. L’invention de Siri, le logiciel qui permet de commander son iPhone par la voix, c’est lui. Il a été aussi l’un des fondateurs de Nuance, aujourd’hui leader mondial de la reconnaissance vocale. Il est actuellement vice-président de l’innovation chez Samsung. « L’intelligence artificielle n’existe pas », à la fois livre de vulgarisation et autobiographie, insiste sur les vertus de l’intelligence artificielle, qui laissera du temps pour soi. 

Quand j’étais enfant, je ne rêvais pas aux robots ; je ne me demandais pas, non plus, si les robots rêvaient à moi ou à des bêtes à tondre, je n’avais pas encore eu vent des trois lois de la robotique d’Isaac Asimov, je n’aimais pas ça, la science-fiction, j’aimais la fiction et « Le Journal de Mickey » mais pas la science comme je tentais de l’apprendre, de manière presque désespérée, à l’école.

Comme pas mal d’autres gamins, j’avais ouï parler d’Atari et de ses consoles -j’en avais même vue une chez l’un de mes copains de classe. Encore moins que les autres gamins de mon âge ou un peu plus vieux que moi, je n’avais jamais demandé de console avec des jeux vidéo à mes parents. Ce qui ne veut pas dire que je n’étais pas intrigué par les « Pac-Man », « Centipède », « Arkanoid » et autres « Donkey Kong ». J’étais un gosse des livres pris par les lectures très tardives, le bouquin et la lampe de poche sous les draps ; et mes rêves à moi, ceux qui procurent de l’émotion forte, donc les cauchemars, n’était pas du genre ‘les robots et les automates nous remplacent’ mais plutôt : les hordes de morts-vivants sont à ma poursuite, allez savoir pourquoi, car je n’avais vu alors aucun film de George A. Romero. Longtemps je mettais mes doigts devant les yeux. Aujourd’hui, comme je suis myope, je n’ai qu’à enlever mes lunettes. A chaque fois, toute ma famille passait entre les mâchoires des bouffeurs de cerveaux et de chair ; et toute ma défunte famille, devenant ex-défunte, me pourchassait avec des grrrr et des gouargh terrifiants. Ça revenait régulièrement, ce mauvais rêve. La crainte enfantine de l’abandon ? Ma cervelle produisait de drôles de connexions, un peu comme l’IA ? A la fin, par un heureux hasard, je battais des bras ; je m’envolais. Bye-bye les « Bub », les amateurs du « Jour des morts-vivants » comprendront la référence. Puissance du songe. L’Humanité toujours en quête de solutions aux désastres qui l’assaillent.

Mes trois plus vieux souvenirs concernant l’Intelligence Artificielle, l’IA donc, sont des souvenirs de cinéma. Il y a « WarGames » de John Badham, 1983, avec sa guerre thermonucléaire mondiale dont le compte à rebours a été déclenché accidentellement par un lycéen qu’interpréta le ‘cute’ alors Matthew Broderick, éternel Ferris Bueller devant l’Eternel. Par erreur, ce hacker avant la date se branche, pas de chance, ce n’est pas pour un plan drague, avec le supercalculateur du NORAD, un truc militaire important, le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord. L’ordinateur, qui a pour nom WOPR, fait, ensuite, sa vie et il voit assez rouge pour vouloir, il a été programmé pour cela, dégommer les Rouges : 1983, c’est la Guerre froide, les mecs ! Quelque part dans le réseau de mes neurones, il y a aussi « Johnny 5 », 1986, « Short Circuit », en anglais, du même réalisateur que « WarGames » ; et il y a sa suite « Appelez-moi Johnny 5 » de Kenneth Johnson, 1988. Numéro 5 est un robot un peu plus évolué que les autres. Un jour, la foudre lui tombe dessus, zip ! zap ! le voilà doué de pensée donc d’une intelligence autonome, un WALL-E avant la lettre ou plutôt avant les algorithmes hyper complexes d’aujourd’hui et de demain. Mais ça, la technologie avancée et les mathématiques de haut niveau, ça me dépasse. WALL-E et Johnny 5 sont gentils et drôles ; si le premier tombe amoureux, tous les deux se sentent « ALIVE ! ». C’est toute l’obsession des humains face à leurs créatures électroniques, que ça vive. Julia n’hésite pas à aborder la question puisque, après tout, c’est LA question qui peut inquiéter l’espèce créatrice. En effet, Dieu, accordant la vie, accorderait liberté et autonomie. On voit ce que ça coûte à la planète, la liberté. Vaste abysse théologique.

Luc Julia, je l’ai vu à la télé. Il passait dans l’émission « C à vous ». Il y avait été invité pour présenter son livre L’Intelligence artificielle n’existe pas. Comme professeur avant d’être journaliste, l’intelligence, je la recherche tous mes jours travaillés. J’écoute. Quelques mois auparavant, je m’étais acheté un numéro de l’excellentissime revue Books ; ce numéro 94 a pour titre : « Intelligence artificielle : menace sur Sapiens ». Deux ans avant ma lecture de Books, j’avais vu, en 2017, au cinéma, la suite de « Blade Runner », Ridley Scott, 1982, réalisée par l’excellentissime Denis Villeneuve : « Blade Runner 2049 ». « Blade Runner », rapide rappel culturel, s’inspire du roman « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques », 1968, de Philip K. Dick. Le monde fantasmant les êtres artificiels remonte à loin, au moins à l’Antiquité, aux statues qui prennent vie, coucou, Pygmalion, coucou la littérature talmudique, Rabbi Loew et le Golem, mot hébreu qui signifie « embryon », « informe », « inachevé ». A Dieu avec sa boue plein les mains et la côte tirée d’Adam qui prennent vie ? Les machines sont programmées et restent dans les limites de leur programme. L’Humain, lui, a assez de liberté pour faire tout péter -à sa guise. Ou laisser tout péter.

Luc Julia est « un gars des environs de Toulouse qui a toujours adoré bricolé avec les mathématiques ». Depuis longtemps, maintenant, il vit dans l’ultra-fameuse Silicon Valley, vous savez bien, l’endroit qui accueille les sièges sociaux et les campus de plus de 6000 entreprises dont nous connaissons tous les noms : Google, Microsoft, Apple, Adobe Systems, eBay, Hewlett-Packard, Symantec, etc., sans compter toutes les autres entreprises dont on ne connaît pas, à ce jour, le nom et qui œuvrent et se vouent, dans leurs labos, à transformer, plus ou moins radicalement, notre vie si ce n’est notre existence, ce qui est un peu philosophique et anthropologique, n’est-ce pas ?

« A l’âge de cinq ans », écrit Julia, « je n’avais qu’une idée en tête devenir chercheur au CNRS ». Il passa donc par le CNRS, n’y resta pas : « Je faisais des recherches passionnantes dans cet endroit prestigieux, je travaillais beaucoup, j’échangeais avec des collègues d’autres laboratoires, et ça se passait très bien. Jusqu’au jour où ma directrice de recherche m’a dit que je devais arrêter de « trop » collaborer avec certains chercheurs d’une unité de recherche de Grenoble, pour une sombre histoire de budget et de réputation. […] Je voulais collaborer pour avancer et être stimulé, échanger pour faire progresser mon champ d’activité, mais j’ai réalisé qu’en réalité, chacun ne roulait que pour sa chapelle, avec une vision étriquée qui ne correspondait pas à l’idée que je me faisais de la recherche ».

Le 3 novembre 2013, selon ses calculs et une arithmétique familiale, lisez le livre pour comprendre, c’est un moment émouvant du livre, il devait mourir d’un cancer du côlon, comme son père et le père de son père et au même âge qu’eux. Luc Julia triompha de deux cancers. Outre posséder une énergie physique et un caractère en béton, son CV est impressionnant -adjectif facile ; néanmoins, c’est le cas, la carrière de l’homme est impressionnante : il est diplômé en mathématiques, a obtenu un doctorat en informatique à l’Ecole nationale supérieure des télécommunications de Paris, ça ce n’est rien que pour les études.

Comme le furet dans la chanson, il bouge pas mal : il est passé par le CNRS puis a été poussé à l’émigration par la bureaucratie française. A Boston, il entre au Massachussets Institut of Technology, le définitivement fameux MIT, puis fait un tour au SRI International, donne des cours dans les universités de Standford et de Berkeley, s’installe à la Silicon Valley, co-invente Siri, se marie, fonde une famille, monte des Start-ups qui font leur vie et d’autres qui se plantent, c’est la vie, etc., etc., etc. L’esprit nord-américain. Un chapitre a pour titre « [Re]Born in the USA » / [Re]Naître aux USA. Sur la page LinkedIn de Luc Julia, tout un chacun lit : « Making REAL people’s live better using technologies », traduction : rendre meilleure, par l’usage des technologies, la vie des vrais gens. C’est carrément mieux en anglais. Tout en espérant vous donner envie de lire ses expériences et ses idées, je vous invite à jeter un coup d’œil sur son profil professionnel en ligne. Nous savons qu’il y en a des comme ça, des comme Luc Julia, des tenaces et positifs malgré tout ; et je voudrais bien en voir plus parmi nous. Le professeur de lycée pro et l’animateur de l’émission radio Le fil du faire que je suis a le cœur réjoui par ce type balzacien-stendhalien de personnalité et d’énergie. Les forces qui vont, qui se destinent un destin, qui tombent et se relèvent, n’ont pas peur d’essayer et de rater, ils recommencent, ces forces hugoliennes qui vont ont, à mes yeux, un romanesque inspirant ET ancré dans le réel. Des exemples qui illuminent mes soirées après avoir entendu, tout le jour, devant moi, à la tv, des « je veux pas, je peux pas, je veux pas, je peux pas ».

Ce que je trouve épatant dans « L’Intelligence artificielle n’existe pas », c’est tout le chemin qui va vers son sujet central : il n’y a pas d’intelligence artificielle mais une intelligence augmentée. Ainsi, le professeur, en recherche quotidienne d’intelligence active dans ses classes, dodeline de la tête positivement ; c’est du miel à ses yeux que lire : « Je définirais l’intelligence comme la capacité de casser les règles, d’innover, de s’intéresser à ce qui est différent, à ce que l’on ne connaît pas. Pour moi, être intelligent, c’est avoir de la curiosité, des curiosités diverses. Mais je la vois aussi dynamique, globale, capable d’abstractions et susceptible d’évoluer au cours du temps ». L’auteur poursuit : « Ce qui est considéré aujourd’hui comme de l’intelligence peut ensuite être vu comme de la simple connaissance. J’ignore si elle ne concerne que les humains, mais je pense qu’elle est réservée au vivant. Est-ce que les fourmis innovent ? Est-ce que le chien est intelligent ? » Pour ma part, j’ai lu ou vu, quelque part, ce devait être sur un site de la BBC, que les chimpanzés et les singes seraient entrés dans leur Âge de pierre pour investir l’ère dans laquelle ils apprennent désormais à se servir d’outils minéraux. Fascinant. A quand l’IA, main dans la main, si je puis dire, avec la Planète des singes ? En tout cas, la science montre que le monde animal, dont nous sommes une part, ces chats et ces chiens que l’on bat et qui nous aiment quand même, ces bêtes à viande que l’on tue, sont doués de conscience. Je ne suis pas vegan ni végétarien ; mais je réfléchis à la condition animale et à mes interactions avec le vivant.

« L’Intelligence artificielle n’existe pas » met en lumière plusieurs tableaux d’une exposition, celle d’une vie et d’un caractère. Luc Julia se raconte aussi. Dans l’abc de l’existence, comme dans tout abc, cela commence par la lettre a, par les origines. La vie ? Les vies : de l’enfance à l’homme, du garçonnet curieux au chercheur averti, au vice-président innovation de Samsung monde. Un homme convaincu et qui exprime un positionnement entrepreneurial et économique clair. En tant qu’entrepreneur, Julia dit être encouragé par la politique française du retour au business proposée par Emmanuel Macron : rescapé deux fois du cancer, on peut donc le supposer athlète de la volonté et du combat à sa mesure, il a récemment installé un laboratoire d’IA à Paris. Son objectif : conserver et faire revenir de l’étranger les ingénieurs français hautement qualifiés, attirer les intelligences d’ailleurs dans l’Hexagone. Si les salaires, chez nous, pour certains ingénieurs et chercheurs, ne sont pas compétitifs par rapport à ceux des USA, les « benefits » propres à la France peuvent peser dans la balance du « où aller bosser et vivre ? » Les « benefits », c’est-à-dire tout ce qui n’est pas dans le salaire mais que proposent, à ses salariés, une entreprise, à ses habitants, un pays : sécurité sociale, scolarité gratuite ou peu chère pour les enfants, qualité de vie, frais médicaux, etc. La France a des atouts appréciables comme l’indiquait une jeune intervenante lors du Grand Débat avec les intellectuels.

Luc Julia ramasse, dans son livre, l’histoire de la recherche sur l’intelligence artificielle : de la Conférence de Dartmouth à nos jours. L’homme est un lettré, vous verrez ! « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », Rabelais, et hop, un de ces aphorismes faciles pour les copains et les repas de baptême, mais qui, sans en avoir l’air, peut être considéré comme l’amorce de la bioéthique. Julia pointe les malentendus d’hier, d’aujourd’hui, de demain, il éclaire son lectorat sur les enjeux de l’intelligence augmentée, il veut faire de nous des citoyens conscientisés, il explique la place du choix conscient dans le fait de partager ses données personnelles : état physique, habitudes alimentaires, économie de l’attention et publicités personnalités…

C’est pourquoi, Jean-Louis Gassée, créateur de la filiale française d’Apple, le préfacier, écrit : « Du divertissement à l’enseignement, de la médecine à la politique, du commerce électronique aux objets domestiques, plus rien ni personne n’échappe ou n’échappera aux diverses formes et aux tentacules de l’intelligence artificielle ». Monde « exaltant pour certains, anxiogène pour d’autres », les presque 300 pages révélatrices, pas de souci, le texte est imprimé gros, ont pour objectif de faire « des lectrices et des lecteurs ‘d’honnêtes hommes’ [au sens du XVIIIe siècle] mieux informés et mieux équipés pour naviguer dans un monde pénétré de technologies bouleversantes ». Ayant suivi des études universitaires en philosophie des sciences et des techniques, Luc Julia ne délaisse pas les questions d’éthique : « Plus vous restez [sur les réseaux sociaux, les messageries instantanées, et autres application], plus vous laissez de traces, et plus on peut collecter les données sur vous […]. Il faut bien comprendre que les gens qui biaisent les sources qu’ils utilisent ont toujours une idée derrière la tête. Et cette idée, c’est de récupérer un maximum de data pour pouvoir vous cibler, et en faire un enjeu de pouvoir ». Luc Julia laisse, par exemple, son équipement intelligent pour la course (sa montre qui mesure ses battements de cœur, etc.) collecter des données sur l’état de sa santé physique. Pour lui, un maximum de personnes offrant leurs données physiologiques, de manière réfléchie et en connaissance de causes et de conséquences, peuvent permettre à la science médicale de progresser. C’est Big data à l’œuvre pour les bonnes œuvres. Point d’interrogation pour bon nombre d’entre nous. Sujet ô combien sensibilissime.

L’intelligence artificielle n’existe pas capte l’attention -parce que, tout le long du livre, l’humain n’est jamais oublié. La machine est une création humaine au service des humains, de la planète, de la Nature. On le souhaite. Quoi de plus espèce humaine que la maison ? C’est un des très beaux thèmes de réflexion du philosophe Bachelard. Avec sa quatrième partie « Dans le monde futur », Julia déclare que « depuis 1999 [il] travaille à la construction de [sa] ‘maison intelligente’ ». Ensuite, sur 41 pages, Luc Julia nous installe dans un avenir « entre la réalité de 2018 et l’anticipation de 2040, pendant une journée entière de la vie de citoyens évoluant dans ce monde du futur. Des citoyens qui seront bientôt… vous ! ». Les assistants de l’IA vous accompagnent et vous aident -à être plus intelligents- sur une planète touchée par le changement climatique. Luc Julia n’oublie pas ce fait qui nous tombe dessus : bientôt, nous allons cuire et nous allons avoir soif. L’IA pourra être un soutien dans cette vie future compliquée. Tout y est, dans ce chapitre, de votre réveil à votre nuit, le choix de vos repas guidé par votre assistant intelligent, selon vos besoins personnels en calories du moment et vos efforts de la journée ; l’école des enfants appelés à devenir efficaces, tant en pédagogie collaborative que pour le travail individuel, de la voiture autonome à la soirée, avec la table du repas familial du soir qui est un écran où les enfants montrent aux parents leur progrès, leurs devoirs ; les profs moins accaparés par une classe complète et qui peuvent individualiser son travail pédagogique grâce à des assistants électroniques préparés aux besoins individuels de chaque élève ; l’appel du plombier par votre machine à laver qui aura détecté un élément bientôt défectueux : vous n’êtes pas présent, pas de souci, la maison est sous surveillance, le plombier déconne, son entreprise sera mise au courant et le contrat prendra fin ; les courses à faire ou à laisser faire que signale le réfrigérateur qui identifie ce qui manque et va manquer dans ses compartiments ; les drones qui déposent les commandes chez vous ; la relaxation à domicile : la musique que vous aimez qui vous attend, la température qui s’adapte juste avant votre arrivée, économie d’énergie, le bain, l’eau qui est recyclée, l’eau qui est mesurée exactement pour vos plantes et qu’un système hydrate, etc., etc., etc. On rêve à tout ce qui est dans les tuyaux en ce qui concerne une agriculture raisonnée. Tous les films de science-fiction en ont parlé et en parlent, de cette maison magique par les avancées scientifiques ! Et pourquoi pas ?

Ce que Julia avance : l’IA débarrassera l’humanité des contraintes évitables et donnera plus de temps aux hommes, aux femmes, aux enfants, aux adolescents, pour s’occuper de ce qui leur importe et fait du bien à leur existence : ne pas s’occuper du calcul des impôts, ne pas perdre du temps à conduire pour les individus qui n’aiment pas cela, le véhicule autonome, ne pas perdre du temps dans les bouchons, l’ordinateur qui calcule le meilleur parcours avec les informations qu’il aura reçues en direct quant à la circulation, se détendre, penser à sa journée et à ce qu’une IA ne pourra faire pour vous, parce que vous ne serez pas qu’un fainéant, il faudra bien bosser, penser à soi. « Ces systèmes informatiques nous libèrent peu à peu des tâches quotidiennes de la vie et des nombreux petits fardeaux qui, aujourd’hui, provoquent du stress et réduisent notre concentration mentale ». Zen, efficacité, productivité en vue ! « En nous appuyant sur cette intelligence augmentée, nous serons en mesure d’utiliser notre temps plus efficacement chaque jour, qu’il s’agisse de réfléchir en profondeur, de passer plus de temps à préparer un exposé ou une présentation importante ou simplement de prendre du temps pour nous ». Horizon d’attente ! Et pourquoi pas ?

Je soulève un point : combien ça coûtera ? Qui pourra se payer ce style de vie qui vous désembrouille la vie ? Au début, du moins. Toute technologie vouée à la consommation devient pécunièrement accessible, ce me semble. Ou bien, selon l’exemple des téléphones intelligents, ou smartphones, qu’importe le prix, on trouvera toujours quelqu’un pour sortir le nombre de billets nécessaires, ou la CB, ou bientôt autre chose de dématérialisé. Et puis, la liberté de choix ? Sera-ce une question puisque l’IA aura récolté toutes les données concernant vos goûts, vos dégoûts, vos habitudes, votre routine ? « C’est la récurrence de nos comportements qui favorise l’humanisation des machines ».

Dans deux paragraphes, et je compte celui-ci, c’est la fin chère lectrice, cher lecteur : je veux parler de quelque chose que je ne maîtrise pas, mais pas du tout, du tout. Luc Julia passe 18 pages de son livre sur la blockchain. J’avais vaguement entendu ce mot ci et là, et vous ? Et, quoique Julia soit très clair, je n’ai pas compris grand-chose à la manière dont elle fonctionne, cette blockchain, pas compris grand-chose à ce sujet apparemment vraiment important, voire capital, pour l’avenir dont il semble que nous ne nous préoccupons pas assez : il y parle de banques, de cryptomonnaies, des fameux Bitcoins, de données personnelles, de lutte contre le terrorisme, de santé, etc. Je suis incapable de rendre accessible ce que Julia s’efforce de rendre accessible. J’étais nul en sciences au collège et au lycée. Néanmoins, j’ai saisi ce passage : « Mais le principal problème de la blockchain, en plus de sa lenteur, est qu’elle nécessite une énorme puissance de calcul et donc une débauche d’énergie électrique : on estime qu’une transaction de la blockchain consomme 747KWh, alors une [sic] transaction par carte Visa utilise moins de 2 Wh ! Pour fonctionner à son plein potentiel, la blockchain aurait besoin d’une consommation électrique deux fois égale à celle des Etats-Unis… ».

Nous arrivons aux derniers mots de cet article emballé qui pourrait en dire plus : « L’intelligence artificielle n’existe pas, mais l’intelligence augmentée, elle, est en marche. Je fais le pari qu’elle nous ouvrira, dans les années à venir, de nouvelles perspectives, qui vont encore beaucoup nous surprendre, dans bien des domaines ». D’ici là, ma cervelle, plus littéraire, artistique que scientifique, aura, peut-être, l’occasion de produire d’autres nouvelles connexions en son sein et avec son environnement. Comme quand je rêvais, il y a longtemps, à des zombies familiaux. Si vous vous demandez ce que viennent ficher les zombies ici, c’est que vous ne vous souvenez plus du début de l’article. Un rappel : dans mes rêves, j’ai échappé tant de fois aux morts-vivants, je suis en vie, c’est formidable. IA, prends garde à toi !

L’Intelligence artificielle n’existe pas, Luc JULIA , First Editions, 2019, 17,95€.